Echecs.
L’Egyptien Ahmad Adly a remporté le Championnat du monde
juniors qui s’est tenu en Arménie du 2 au 17 octobre.
Une
première.
Adly,
le nouveau roi
« Je ne
m’attendais pas du tout à cette victoire. Je visais la
cinquième ou la quatrième place tout au plus. C’est un
comble pour moi ». C’est en ces termes qu’Ahmad Adly s’est
exprimé après sa victoire, mardi 17 octobre, contre
l’Allemand Georg Meier lors de la dernière ronde du
Championnat du monde juniors d’échecs en Arménie. Une
victoire qui a permis au jeune Egyptien d’être le champion
du monde juniors de cette discipline. Un véritable exploit.
Adly
s’est imposé au terme d’un parcours tonitruant. Après une
défaite à la première ronde contre le Russe Kulakov
nettement moins bien classé, il aligne 6 victoires
consécutives et prend la tête du tournoi. Deux défaites,
contre le favori du tournoi le Chinois Wang Hao et le Russe
Popov, allaient le reléguer à la sixième place. Mais avec
ténacité et persévérance, Adly parvient à remonter au
classement en gagnant les trois dernières rondes contre le
Géorgien Jojua Davit, l’Indien Gupta Abhijeet et l’Allemand
Georg Meier. « Avant d’aller en Arménie pour jouer ce
championnat du monde, je me suis rendu en Angleterre pour un
tournoi de préparation, à mes propres frais. J’avais demandé
aux responsables de la fédération de m’accorder un billet
retour pour Le Caire pour que je me repose avant la
championnat, mais ils ont refusé. J’ai dû aller directement
en Arménie. J’étais exténué ce qui explique ma défaite à la
première ronde », explique Adly. Et de poursuivre : «
Ensuite, j’ai joué à fond. Je voulais donner le meilleur de
moi-même. Je savais que c’était ma dernière chance pour
faire un résultat chez les juniors, car l’année prochaine
j’aurai dépassé la limite d’âge. A un moment donné, j’ai eu
peur de tout gâcher. J’ai attrapé une grippe et je me suis
mis à mal jouer. Heureusement tout est rentré dans l’ordre
et j’ai pu décrocher cette victoire ».
Né en
1987, Ahmad Adly est l’un des jeunes talents des échecs en
Egypte avec Bassem Amin et Mona Khaled. C’est à 6 ans que
son père lui apprend les règles du jeu pour lequel il vouera
une grande passion. Hassan Khaled, le directeur technique de
la sélection, et l’entraîneur Amr Farag le remarquent lors
d’un tournoi et décident de lui fournir l’aide nécessaire.
Et les résultats ne tardent pas à venir. En l’espace de
quelques années, Adly obtient le titre de Maître
international (IM) puis à 17 ans, celui de Grand Maître
décerné par la Fédération internationale des échecs et
considéré comme la plus haute distinction dans cette
discipline. Il devient ainsi le premier Egyptien à porter ce
titre. Adly obtient aussi le titre de champion d’Egypte
seniors en 2003, champion arabe et champion d’Afrique en
2006. Il réalise une très bonne troisième place aux
Championnats du monde des moins de 18 ans en 2005 et obtient
trois médailles d’or aux derniers Jeux africains en Algérie.
Soutien
médiocre
Etre
champion du monde va ouvrir de nouveaux horizons pour Adly.
« Sur le plan professionnel, ce titre signifie des
invitations dans de forts tournois à l’étranger. C’est
important pour la suite de ma carrière », affirme Adly qui
envisage de mener une carrière professionnelle. Un choix
très difficile dans cette discipline. « Jouer à ce niveau
requiert une préparation théorique et physique spécifique.
Nous avons besoin d’entraîneurs et de matériel de
préparation (livres et programmes informatiques). Mais il
faut surtout jouer beaucoup de tournois pour maintenir un
certain niveau car contrairement à ce que pensent certains,
les échecs professionnels sont un sport à part entière »,
affirme Adly. Or, le soutien fourni par la fédération est
médiocre. Après l’acquisition de son titre, Adly recevra en
tout et pour tout une prime de 15 000 L.E. par le comité
national des sports. Une somme modeste si l’on considère les
dépenses requises pour les voyages et l’entraînement.
Lorsqu’il est devenu champion arabe, Adly avait reçu la
somme de 180 L.E. (!) à titre de récompense.
La
Fédération égyptienne d’échecs souffre de difficultés
financières avec un budget qui ne dépasse pas les 80 000 L.E.
par an. « La fédération soutient financièrement les joueurs
mais dans les limites du budget », assure Hassan Khaled. Il
affirme que le comité des sports a accepté de doubler le
budget de la fédération au cours des prochaines années. « Le
budget passera de 80 000 à 160 000 L.E. », affirme-t-il.
Mais cela reste clairement insuffisant pour bâtir un
champion d’envergure internationale. Le seul espoir pour
Ahmad Adly et ses jeunes collègues est de trouver un sponsor
ce qui s’avère difficile dans une discipline pas très
médiatisée. En attendant que la situation s’améliore, les
jeunes espoirs égyptiens ne peuvent compter que sur
eux-mêmes et sur le soutien de leurs familles.
Chérif Soliman