Al-Ahram Hebdo, Opinion |Wahid Abdel-Méguid, Les Arabes et l’Iran : une relation ambiguë
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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Opinion

Les Arabes et l’Iran : une relation ambiguë 

Wahid Abdel-Méguid 

De nombreux dangers menacent le Moyen-Orient en conséquence de l’écart entre les pays arabes modérés et l’Iran. Pour combler ce fossé, il est indispensable d’engager un dialogue entre les deux parties. Certains peuvent prétendre que le dialogue ne figure pas actuellement sur l’agenda de Téhéran et que l’échec du dialogue américano-iranien en est la preuve. Cependant, ceci ne signifie pas inéluctablement l’échec du dialogue arabo-iranien. La différence est énorme entre la nature du conflit américano-iranien au Moyen-Orient et la nature des différends entre les pays arabes modérés et l’Iran. Ce premier, surtout durant le second mandat du président Bush, se dirige vers une bataille nulle dans laquelle une partie doit sortir victorieuse alors que l’autre partie sera perdante. Dans ce genre de bataille, les chances de trouver des compromis ou des règlements pour que les deux parties ressentent qu’elles remportent chacune quelque chose sont minimes. De toute façon, l’Iran ne peut s’engager dans une telle bataille avec les Etats-Unis qui représentent une superpuissance sans précédent dans l’histoire des empires transcontinentaux. Cependant, il aspire à ce que sa bataille nulle contre les Etats-Unis prenne la même fin que celle de la guerre israélienne contre le Liban l’année dernière.

Le différend entre les pays arabes modérés et l’Iran est d’un autre genre. La concurrence arabo-iranienne représente l’un des principaux traits de l’histoire contemporaine du Moyen-Orient. Le régime des shahs était en conflit avec les pays arabes radicaux avant que le régime de l’ayatollah n’accède au pouvoir et ne commence à menacer les pays arabes dans leur globalité de leur exporter la révolution. Par la suite, il est devenu l’adversaire des pays arabes modérés.

Le conflit arabo-iranien, où se mélangent des éléments ethniques (Perses et Arabes) et confessionnelles (chiites et sunnites), est un conflit de pouvoir dans la région. Bien que le pouvoir soit lui aussi le principal objectif du conflit américano-iranien, la différence est que Washington et Téhéran se disputent sur le genre de pouvoir alors que les Arabes modérés et les Iraniens se disputent sur le volume du pouvoir. En effet, aucune des parties ne peut éliminer l’autre. Par conséquent, le principal objectif de chacun d’eux est d’accroître son pouvoir par rapport à l’autre et non de le soumettre.

Par conséquent, le dialogue arabo-iranien peut être plus fructueux que le dialogue américano-iranien, surtout que ce premier doit englober les divers sujets de différends et non seulement le dossier de l’Iraq. Rien n’empêche l’engagement de ce dialogue, surtout que l’Egypte a commencé à étudier ses possibilités en accueillant le vice-ministre iranien des Affaires étrangères.

Les chances de l’engagement d’un dialogue sérieux dépendent du changement de la méthode iranienne. A plus d’une reprise, Le Caire a tenté de jeter des ponts avec Téhéran, et vice versa. Et à chaque fois, les rigoristes du régime iranien faisaient pression pour avorter toute évolution survenant dans la direction d’un dialogue constructif entre les deux pays. L’Egypte se montre donc réticente à cause de ses expériences ultérieures qui montrent que la politique de l’Iran adopte deux langages différents à ce propos.

Cependant, les menaces croissantes qu’affronte Téhéran à la lumière de son conflit avec les Etats-Unis et l’Europe rendent indispensable l’engagement de ce dialogue avec les pays arabes modérés. Par conséquent, si l’Egypte avance dans cette direction, il sera possible d’engager un dialogue sérieux, car l’Arabie saoudite a de fortes relations avec l’Iran.

Les craintes arabes envers le programme nucléaire de l’Iran ainsi que son rôle en Iraq doivent être le promoteur du dialogue arabo-iranien si Téhéran est disposé à l’effectuer et s’il y trouve un intérêt.

Cependant, pour que le dialogue arabo-iranien porte ses fruits, il est indispensable que Téhéran revoie son projet qui réunit le refus et l’islamisme politique, et qu’il réalise que la coopération constructive avec les Arabes est le seul moyen de mettre un terme au pouvoir américain dans la région. C’est alors seulement que se réalisera le refus d’une manière différente qui brisera le lien entre le refus et l’islamisme politique qui suscite les craintes des pays arabes modérés et suffit à faire avorter tout dialogue.

D’autre part, les pays arabes modérés doivent développer un projet pour le Moyen-Orient. Un projet qui préserverait les intérêts de ses pays ainsi que leurs droits et leurs indépendances sans entrer dans un affrontement ouvert avec les Etats-Unis. Ce projet implique un certain nombre de fondements qui ne peuvent se réaliser qu’à travers des réformes politiques, sociales et économiques pour créer une force globale ne se limitant pas aux capacités militaires. Il s’avérera alors que l’armement nucléaire n’est pas la seule source de force et que sa possession sans d’autres éléments peut mener à un résultat antinomique.

Il s’avère ainsi que les Arabes peuvent changer les équations régionales actuelles, y compris le rôle iranien. Et ce, s’ils parviennent à présenter un modèle pour construire une force basée sur une participation populaire libre, un développement économique solide, des connaissances croissantes ainsi qu’une politique étrangère indépendante et active. C’est alors que leur rôle prendra de l’ampleur et comblera le vide que l’Iran avait occupé en leur absence et que leurs relations prendront un autre tournant.

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