Les Arabes et l’Iran : une relation ambiguë
Wahid
Abdel-Méguid
De nombreux dangers menacent le Moyen-Orient en conséquence
de l’écart entre les pays arabes modérés et l’Iran. Pour
combler ce fossé, il est indispensable d’engager un dialogue
entre les deux parties. Certains peuvent prétendre que le
dialogue ne figure pas actuellement sur l’agenda de Téhéran
et que l’échec du dialogue américano-iranien en est la
preuve. Cependant, ceci ne signifie pas inéluctablement
l’échec du dialogue arabo-iranien. La différence est énorme
entre la nature du conflit américano-iranien au Moyen-Orient
et la nature des différends entre les pays arabes modérés et
l’Iran. Ce premier, surtout durant le second mandat du
président Bush, se dirige vers une bataille nulle dans
laquelle une partie doit sortir victorieuse alors que
l’autre partie sera perdante. Dans ce genre de bataille, les
chances de trouver des compromis ou des règlements pour que
les deux parties ressentent qu’elles remportent chacune
quelque chose sont minimes. De toute façon, l’Iran ne peut
s’engager dans une telle bataille avec les Etats-Unis qui
représentent une superpuissance sans précédent dans
l’histoire des empires transcontinentaux. Cependant, il
aspire à ce que sa bataille nulle contre les Etats-Unis
prenne la même fin que celle de la guerre israélienne contre
le Liban l’année dernière.
Le différend entre les pays arabes modérés et l’Iran est
d’un autre genre. La concurrence arabo-iranienne représente
l’un des principaux traits de l’histoire contemporaine du
Moyen-Orient. Le régime des shahs était en conflit avec les
pays arabes radicaux avant que le régime de l’ayatollah
n’accède au pouvoir et ne commence à menacer les pays arabes
dans leur globalité de leur exporter la révolution. Par la
suite, il est devenu l’adversaire des pays arabes modérés.
Le conflit arabo-iranien, où se mélangent des éléments
ethniques (Perses et Arabes) et confessionnelles (chiites et
sunnites), est un conflit de pouvoir dans la région. Bien
que le pouvoir soit lui aussi le principal objectif du
conflit américano-iranien, la différence est que Washington
et Téhéran se disputent sur le genre de pouvoir alors que
les Arabes modérés et les Iraniens se disputent sur le
volume du pouvoir. En effet, aucune des parties ne peut
éliminer l’autre. Par conséquent, le principal objectif de
chacun d’eux est d’accroître son pouvoir par rapport à
l’autre et non de le soumettre.
Par conséquent, le dialogue arabo-iranien peut être plus
fructueux que le dialogue américano-iranien, surtout que ce
premier doit englober les divers sujets de différends et non
seulement le dossier de l’Iraq. Rien n’empêche l’engagement
de ce dialogue, surtout que l’Egypte a commencé à étudier
ses possibilités en accueillant le vice-ministre iranien des
Affaires étrangères.
Les chances de l’engagement d’un dialogue sérieux dépendent
du changement de la méthode iranienne. A plus d’une reprise,
Le Caire a tenté de jeter des ponts avec Téhéran, et vice
versa. Et à chaque fois, les rigoristes du régime iranien
faisaient pression pour avorter toute évolution survenant
dans la direction d’un dialogue constructif entre les deux
pays. L’Egypte se montre donc réticente à cause de ses
expériences ultérieures qui montrent que la politique de
l’Iran adopte deux langages différents à ce propos.
Cependant, les menaces croissantes qu’affronte Téhéran à la
lumière de son conflit avec les Etats-Unis et l’Europe
rendent indispensable l’engagement de ce dialogue avec les
pays arabes modérés. Par conséquent, si l’Egypte avance dans
cette direction, il sera possible d’engager un dialogue
sérieux, car l’Arabie saoudite a de fortes relations avec
l’Iran.
Les craintes arabes envers le programme nucléaire de l’Iran
ainsi que son rôle en Iraq doivent être le promoteur du
dialogue arabo-iranien si Téhéran est disposé à l’effectuer
et s’il y trouve un intérêt.
Cependant, pour que le dialogue arabo-iranien porte ses
fruits, il est indispensable que Téhéran revoie son projet
qui réunit le refus et l’islamisme politique, et qu’il
réalise que la coopération constructive avec les Arabes est
le seul moyen de mettre un terme au pouvoir américain dans
la région. C’est alors seulement que se réalisera le refus
d’une manière différente qui brisera le lien entre le refus
et l’islamisme politique qui suscite les craintes des pays
arabes modérés et suffit à faire avorter tout dialogue.
D’autre part, les pays arabes modérés doivent développer un
projet pour le Moyen-Orient. Un projet qui préserverait les
intérêts de ses pays ainsi que leurs droits et leurs
indépendances sans entrer dans un affrontement ouvert avec
les Etats-Unis. Ce projet implique un certain nombre de
fondements qui ne peuvent se réaliser qu’à travers des
réformes politiques, sociales et économiques pour créer une
force globale ne se limitant pas aux capacités militaires.
Il s’avérera alors que l’armement nucléaire n’est pas la
seule source de force et que sa possession sans d’autres
éléments peut mener à un résultat antinomique.
Il s’avère ainsi que les Arabes peuvent changer les
équations régionales actuelles, y compris le rôle iranien.
Et ce, s’ils parviennent à présenter un modèle pour
construire une force basée sur une participation populaire
libre, un développement économique solide, des connaissances
croissantes ainsi qu’une politique étrangère indépendante et
active. C’est alors que leur rôle prendra de l’ampleur et
comblera le vide que l’Iran avait occupé en leur absence et
que leurs relations prendront un autre tournant.