Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Guerre d’enchères
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Monde Arabe

Iraq - Turquie. La situation à la frontière est de plus en plus tendue. Malgré les appels à la retenue, Ankara se dit résolue à écraser les rebelles kurdes à l’intérieur du territoire iraqien.

Guerre d’enchères

Une nouvelle escalade à la frontière turco-iraqienne a ravivé les craintes d’un embrasement régional alors que la situation, tendue depuis près de deux semaines, ne fait que s’aggraver. De violents combats entre l’armée turque et les rebelles kurdes ont éclaté dimanche. Selon les médias turcs, quelque 200 combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui se seraient infiltrés depuis le territoire iraqien, ont tué douze soldats. L’armée turque a par la suite tué 32 séparatistes dans les accrochages les plus violents de ces dernières années dans la zone très escarpée de l’embuscade contre les soldats, située à proximité de la frontière iraqienne, dans la province de Hakkari (extrême sud-est). Cette nouvelle escalade est intervenue quelques jours après le feu vert du Parlement turc à des incursions militaires turques contre les repaires des rebelles situés dans la montagne iraqienne.

S’agit-il donc d’une provocation de la part du PKK alors que le gouvernement turc, particulièrement exaspéré ces derniers temps, se dit prêt à tout pour écraser la rébellion ? Tout porte à croire donc que le choix de cette période par le PKK pour lancer une attaque d’une telle envergure n’est pas fortuit. En effet, pour les Kurdes de Turquie, la conjoncture actuelle est propice pour le maximum de pressions en vue de mettre en avant leurs revendications et éventuellement les obtenir. Avec la large autonomie dont jouit le Kurdistan iraqien, le chaos qui prévaut en Iraq, la position de Bagdad ainsi que celle des Américains qui en découlent, les Kurdes misent sur une chose : que Washington et la communauté internationale exercent davantage de pressions sur le gouvernement d’Ankara. Les Etats-Unis craignent qu’une intervention turque contre le PKK dans le nord de l’Iraq ne déstabilise la région contrôlée par leurs alliés kurdes iraqiens. En effet, face aux perspectives d’incursion militaire, les Etats-Unis et l’Union européenne ont invité la Turquie à la retenue, craignant qu’une opération de grande ampleur dans le nord de l’Iraq ne déstabilise davantage la région. Mais la situation est compliquée. Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, se trouve toutefois soumis à la pression grandissante de l’opinion et de l’armée. La Turquie respecte l’intégrité territoriale de l’Iraq mais « ne tolérera pas l’aide et le soutien au terrorisme », dit un communiqué officiel publié dimanche soir après une réunion de crise des hauts responsables civils et militaires du pays.

 

Les calculs des Kurdes d’Iraq

De l’autre côté de la frontière, c’est évidemment l’inquiétude qui règne. Le président iraqien, Jalal Talabani, un Kurde, a demandé au PKK de cesser le combat et de se muer en organisation politique. « S’ils persistent à vouloir combattre, ils devront quitter le Kurdistan iraqien », a-t-il déclaré. Mais Talabani a aussi pris le risque d’attiser la colère d’Ankara, jugeant impossible de livrer à la Turquie les chefs du PKK retranchés dans les montagnes. En même temps, le Parlement iraqien a voté dimanche une motion condamnant la menace militaire turque, tout en exigeant le départ du PKK de l’Iraq et en appelant le gouvernement à prendre « les mesures appropriées ».

De son côté, Massoud Barzani, dirigeant de la région kurde du Nord iraqien, qui jouit d’une large autonomie, a déclaré qu’elle se défendrait si les forces turques lançaient une incursion et attaquaient des objectifs kurdes. « Nous n’allons pas nous laisser entraîner dans la guerre entre le PKK et les Turcs, mais si la région du Kurdistan est visée, nous défendrons la population », a expliqué Barzani après avoir rencontré le président iraqien.

En fait, pour les Kurdes d’Iraq, il ne s’agit pas uniquement de défendre leur territoire, mais aussi leurs acquis. Les Kurdes d’Iraq sont convaincus que la tension actuelle avec la Turquie vise à faire table rase de leur « expérience », celle d’une région autonome et prospère, qui inquiète Ankara mais aussi le pouvoir central à Bagdad. Leurs responsables ont, ces derniers jours, répété que les menaces proférées par Ankara d’une incursion visant des rebelles kurdes vont au-delà de l’élimination du PKK. Massoud Barzani, s’est d’ailleurs déclaré « totalement déterminé à défendre notre expérience démocratique, la dignité de notre peuple et l’intégrité de notre territoire ».

Depuis qu’il a été placé sous protection des Etats-Unis en 1991 après la guerre du Golfe, le Kurdistan a pris ses distances avec l’Etat central iraqien. Il s’est doté d’un Parlement, d’un gouvernement et d’un président, et son autonomie est reconnue dans la Constitution de 2005. L’économie y est florissante, soutenue par la perspective de trouver dans le sous-sol de nouvelles ressources pétrolières. La sécurité y est assurée par environ 100 000 peshmergas (combattants), qui ont lutté depuis des générations contre le régime de Bagdad et n’entendent pas aujourd’hui lui céder la place. « La Turquie voit d’un mauvais œil l’expérience fédérale en Iraq et craint que ce fédéralisme ne débouche sur la création d’un Etat indépendant », commente l’analyste politique kurde et journaliste Sami Shorash, cité par l’AFP. « Les Kurdes craignent que la Turquie ne détruise leur expérience », assure-t-il, et qu’elle « n’interfère » dans un processus souhaité par les Kurdes qui devrait aboutir au rattachement de Kirkouk et de ses champs de pétrole à la province kurde.

Pour l’heure, les autorités iraqiennes ont été discrètes sur cette question, mais le rattachement de Kirkouk au Kurdistan est un dossier explosif qui ne peut que relancer les craintes d’un morcellement encore plus grand de l’Iraq au moment où les différends ethniques et confessionnels atteignent leur paroxysme.

Abir Taleb

 

 

 

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.