Al-Ahram Hebdo, Evénement | Des rouleaux expression du savoir humain
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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Bibliotheca alexandrina. La Bibliothèque antique est un symbole d’une recherche de la connaissance. Sa création et sa disparition ont nourri bien des légendes.

Des rouleaux expression du savoir humain

Capitale culturelle du monde hellénique, c’est-à-dire de la Méditerranée. Telle était Alexandrie avec sa Bibliothèque et aussi son Musée. Et que représente donc la Bibliothèque ? Un peu partout se trouvaient des collections de livres. Mais une grande bibliothèque qui rassemble la « totalité du savoir universel fut ordonnée par le pouvoir », comme le souligne Pascale Ballet : La Vie quotidienne à Alexandrie 331-30 av. J.-C., Edition Hachette. La Bibliothèque se trouvait dans le quartier des palais. Elle contiendrait quatre cent mille rouleaux composites comprenant plusieurs œuvres et 90 000 rouleaux simples. Qui la fréquentaient ? Les savants et les lettrés du monde grec. Baillet relève aussi une annexe installée dans l’enceinte du Sérapeum qui accueillait « des lecteurs moins prestigieux et qui comprendrait (...) quarante-deux mille huit cents rouleaux, constitués, semble-t-il, de doublons et des copies imparfaites de volumes conservés dans la Bibliothèque centrale ». Ainsi, si d’aucuns font le procès de la nouvelle Bibliotheca Alexandrina pour un élitisme qu’elle pratiquerait, on voit bien que la vocation de la Bibliothèque, servant plus ou moins de modèle, était aussi de privilégier la classe des lettrés, en tant que catégorie agissante, tout en maintenant des liens avec ces lecteurs « moins prestigieux ». Cela dit, on n’oublie pas les différences d’époques, les conditions actuelles n’étant pas les mêmes que celles de l’Antiquité.

Autre question que l’on soulève. Qui peut financer une telle institution ? Les rois et bibliothécaires ont à cœur de réunir la totalité du savoir. La tâche est immense et l’histoire du fonds alexandrin reste obscure. A son sujet, les textes anciens fournissent des informations contradictoires et des versions parfois fantaisistes. « Des rumeurs circulent sur la manière prédatrice dont les Ptolémées dépouillent des collections entières », relève toujours Baillet qui cite un récit selon lequel « on raconte que Ptolémée, alors roi d’Egypte, était si fier de ses livres qu’il avait ordonné que les livres de toute personne qui débarquait lui soient apportés, qu’on en fasse une nouvelle copie sur papyrus, et que ce soit la copie qui soit restituée à leur propriétaire ».

L’épilogue est bien triste. La Bibliothèque devait disparaître et des versions différentes sont propagées. La plus populaire est qu’à la fin de la guerre civile entre César et Pompée, après la bataille de Pharsale en -48, César, vainqueur, pourchassa son rival jusqu’à Alexandrie où il le trouva assassiné sur ordre du jeune Ptolémée XIII. Une guerre s’engagea alors entre Ptolémée et César, ce dernier voulant venger le sort réservé à Pompée. Le général romain sortit vainqueur de l’affrontement, et détrôna le jeune souverain au profit de Cléopâtre VII et du plus jeune de ses frères. En -47, les troupes de Jules César incendient la flotte d’Alexandrie ; le feu se serait propagé aux entrepôts et aurait détruit une partie de la Bibliothèque. Cet incendie et les différents affrontements (antérieurs ou postérieurs) auraient mené à la perte d’environ 40 000 à 70 000 rouleaux dans un entrepôt à côté du port (et non pas dans la Bibliothèque elle-même).

Par la suite, les tensions croissantes entre le pouvoir impérial romain paganiste et l’influence religieuse et politique grandissante des chrétiens ont suscité des affrontements qui se sont traduits, par exemple, par l’Edit de Théodose en 391, ordonnant, entre autres, la destruction des temples païens. L’hypothèse avancée par certains auteurs est que la Bibliothèque d’Alexandrie aurait finalement disparu au cours de ces différents affrontements.

La dernière hypothèse (sur le plan chronologique) impute la destruction de la Bibliothèque au conquérant musulman de l’Egypte, le calife Omar ibn Al-Khatab, qui aurait donné en 642 l’ordre de détruire la Bibliothèque à son chef militaire Amr ibn Al-As. Cette dernière hypothèse continue de faire l’objet d’une forte controverse. Plusieurs données archéologiques récentes infirment de manière sérieuse cette hypothèse est fausse, car on sait maintenant, selon les historiens modernes, que la Bibliothèque n’existait plus depuis déjà un certain temps. Ces récits figurent un peu partout. Le retour de la Bibliothèque est donc salutaire.

Ahmed Loutfi

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