Bibliotheca alexandrina.
La Bibliothèque antique est un symbole d’une recherche de la
connaissance. Sa création et sa disparition ont nourri bien
des légendes.
Des rouleaux expression du savoir humain
Capitale culturelle du monde hellénique, c’est-à-dire de la
Méditerranée. Telle était Alexandrie avec sa Bibliothèque et
aussi son Musée. Et que représente donc la Bibliothèque ? Un
peu partout se trouvaient des collections de livres. Mais
une grande bibliothèque qui rassemble la « totalité du
savoir universel fut ordonnée par le pouvoir », comme le
souligne Pascale Ballet : La Vie quotidienne à Alexandrie
331-30 av. J.-C., Edition Hachette. La Bibliothèque se
trouvait dans le quartier des palais. Elle contiendrait
quatre cent mille rouleaux composites comprenant plusieurs
œuvres et 90 000 rouleaux simples. Qui la fréquentaient ?
Les savants et les lettrés du monde grec. Baillet relève
aussi une annexe installée dans l’enceinte du Sérapeum qui
accueillait « des lecteurs moins prestigieux et qui
comprendrait (...) quarante-deux mille huit cents rouleaux,
constitués, semble-t-il, de doublons et des copies
imparfaites de volumes conservés dans la Bibliothèque
centrale ». Ainsi, si d’aucuns font le procès de la nouvelle
Bibliotheca Alexandrina pour un élitisme qu’elle
pratiquerait, on voit bien que la vocation de la
Bibliothèque, servant plus ou moins de modèle, était aussi
de privilégier la classe des lettrés, en tant que catégorie
agissante, tout en maintenant des liens avec ces lecteurs «
moins prestigieux ». Cela dit, on n’oublie pas les
différences d’époques, les conditions actuelles n’étant pas
les mêmes que celles de l’Antiquité.
Autre question que l’on soulève. Qui peut financer une telle
institution ? Les rois et bibliothécaires ont à cœur de
réunir la totalité du savoir. La tâche est immense et
l’histoire du fonds alexandrin reste obscure. A son sujet,
les textes anciens fournissent des informations
contradictoires et des versions parfois fantaisistes. « Des
rumeurs circulent sur la manière prédatrice dont les
Ptolémées dépouillent des collections entières », relève
toujours Baillet qui cite un récit selon lequel « on raconte
que Ptolémée, alors roi d’Egypte, était si fier de ses
livres qu’il avait ordonné que les livres de toute personne
qui débarquait lui soient apportés, qu’on en fasse une
nouvelle copie sur papyrus, et que ce soit la copie qui soit
restituée à leur propriétaire ».
L’épilogue est bien triste. La Bibliothèque devait
disparaître et des versions différentes sont propagées. La
plus populaire est qu’à la fin de la guerre civile entre
César et Pompée, après la bataille de Pharsale en -48, César,
vainqueur, pourchassa son rival jusqu’à Alexandrie où il le
trouva assassiné sur ordre du jeune Ptolémée XIII. Une
guerre s’engagea alors entre Ptolémée et César, ce dernier
voulant venger le sort réservé à Pompée. Le général romain
sortit vainqueur de l’affrontement, et détrôna le jeune
souverain au profit de Cléopâtre VII et du plus jeune de ses
frères. En -47, les troupes de Jules César incendient la
flotte d’Alexandrie ; le feu se serait propagé aux entrepôts
et aurait détruit une partie de la Bibliothèque. Cet
incendie et les différents affrontements (antérieurs ou
postérieurs) auraient mené à la perte d’environ 40 000 à 70
000 rouleaux dans un entrepôt à côté du port (et non pas
dans la Bibliothèque elle-même).
Par la
suite, les tensions croissantes entre le pouvoir impérial
romain paganiste et l’influence religieuse et politique
grandissante des chrétiens ont suscité des affrontements qui
se sont traduits, par exemple, par l’Edit de Théodose en
391, ordonnant, entre autres, la destruction des temples
païens. L’hypothèse avancée par certains auteurs est que la
Bibliothèque d’Alexandrie aurait finalement disparu au cours
de ces différents affrontements.
La
dernière hypothèse (sur le plan chronologique) impute la
destruction de la Bibliothèque au conquérant musulman de
l’Egypte, le calife Omar ibn Al-Khatab, qui aurait donné en
642 l’ordre de détruire la Bibliothèque à son chef militaire
Amr ibn Al-As. Cette dernière hypothèse continue de faire
l’objet d’une forte controverse. Plusieurs données
archéologiques récentes infirment de manière sérieuse cette
hypothèse est fausse, car on sait maintenant, selon les
historiens modernes, que la Bibliothèque n’existait plus
depuis déjà un certain temps. Ces récits figurent un peu
partout. Le retour de la Bibliothèque est donc salutaire.
Ahmed
Loutfi