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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Bibliotheca alexandrina. La Bibliothèque ? C’est beau, c’est un objet de fierté, mais on ne s’y rend jamais. Tous les Alexandrins n’ont pas rejoint la foule des intellectuels. Reportage.

Un lieu de promenade préféré

Il suffit de s’asseoir sur la corniche, juste en face de la Bibliothèque d’Alexandrie, pour avoir l’une des meilleurs vues de ce merveilleux bâtiment. « La Bibliothèque d’Alexandrie est l’un des plus beaux et plus importants bâtiments en Egypte. Les touristes viennent la visiter de tous les coins du monde », dit Moustapha Sobhi, un jeune Alexandrin d’un ton assez fier. Mais il ne faudrait surtout pas s’étonner de savoir qu’il n’a jamais, lui, pensé à s’y rendre.

La Bibliothèque représente sûrement une importance pour la majorité des Alexandrins, mais dans certaines limites. Ils parlent de sa construction magnifique, de son importance sur le plan international, de sa richesse mais souvent sans oser s’y approcher. Et ils répètent qu’elle s’adresse surtout aux élites. Des points de vue qu’ils échangent sans avoir la curiosité d’y pénétrer pour connaître la réalité de ces rumeurs. « J’ai bien sûr beaucoup entendu parler de la Bibliothèque. On en parle souvent à Alexandrie mais je n’ai jamais eu la curiosité d’aller la visiter », affirme Mona Riyad, femme au foyer qui se promenait avec son mari sur la corniche.

De l’autre côté de la Bibliothèque, à la rue Port-Saïd, la situation n’est pas bien différente. Des centaines d’étudiants remplissent cette rue étroite où se trouvent les facultés de lettres, d’économie, de droit, de pédagogie et de tourisme et hôtellerie. Tous étudiants soient-ils, ils restent à l’extérieur de la Bibliothèque, les gens se baladent, parfois ils jettent un coup d’œil mais toujours sans penser y entrer. « Si je vais sortir avec mes enfants, je crois que j’irai passer la journée dans un jardin public ou aller au cinéma plutôt que de venir les enfermer ici », lance Samah Nasser, employée dans une entreprise d’un ton moqueur.

Une grande barrière sépare fortement les Alexandrins de leur Bibliothèque. C’est uniquement ceux qui s’y rendent qui y sont influencés, mais pour l’homme de la rue, la Bibliothèque ne représente qu’un nouveau bâtiment, très bien construit qui est placé au centre de leur ville.

Un grand nombre d’entre eux qui ont visité la Bibliothèque n’ont pas pensé à y revenir. Même l’exception confirme la règle. Tamer Abdel-Salam, employé de banque, affirme qu’il s’est rendu par hasard pour un travail à la Bibliothèque, mais qu’il a été par la suite séduit. « Depuis, j’y vais régulièrement toutes les semaines. Je suis devenu un accro ». La crise culturelle bat son plein dans la rue. En effet, la direction est accusée par ce public alexandrin de ne pas présenter une diversité de livres. Ce sont uniquement des ouvrages de référence plutôt que des livres de divertissement. « La direction devrait faire en sorte d’essayer de répondre à tous les goûts. Actuellement, elle ne s’adresse qu’aux étudiants. Mais où sont les autres ? », réplique Sara Gamal, étudiante en troisième année de lettres. Raison qui explique peut-être pourquoi la présence de cette bibliothèque n’a réussi à toucher qu’une catégorie minime d’Alexandrins. Il y aurait peut-être une erreur de la direction qui n’arrive toujours pas à attirer un public autre que les étudiants, mais c’est peut-être le contraire, la mentalité des citoyens qui devrait s’ouvrir de plus en plus pour connaître la vraie valeur d’un tel endroit. Une chose est sûre : il reste encore beaucoup à faire pour que les Alexandrins puissent se rendre compte du grand intérêt que représente cette bibliothèque.

Plus on se rapproche de l’entrée de la Bibliothèque, plus on a des chances de rencontrer des gens qui s’y intéressent. Ici, on voit de nombreux groupes touristiques, des excursions d’écoles et des étudiants visitant le lieu. Les flashs des caméras clignotent dans tous les sens. De petits groupes de jeunes se dirigent vers les portes de la Bibliothèque. « Nous avons une recherche à faire pour la faculté alors on vient presque chaque jour à la Bibliothèque car elle contient des références qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs », remarque Asmaa Hassan, étudiante en troisième année de droit. Dans un autre coin, une grande famille de sept personnes attend les tickets. Un père de famille, Ahmad Al-Béheiri, a emmené toute sa progéniture, y compris l’oncle qui vient d’arriver du gouvernorat du Fayoum à la Bibliothèque : « La présence de cette bibliothèque ici dans notre ville nous honore et nous donne de la fierté. A chaque fois que nous avons un invité d’un autre gouvernorat, nous n’hésitons pas à l’emmener ici. Et d’ailleurs, ils ont tous été éblouis ». Une réaction très égyptienne somme toute. On est fier de nos pyramides, de nos temples et de bien d’autres, tout en pensant qu’ils sont là pour la parade : une bonne propagande en direction de l’étranger.

D’ailleurs, il ne faut surtout pas croire que tous ceux qui se trouvent dans l’entrée de la Bibliothèque s’y dirigent forcément. Un grand nombre d’entre eux n’est là que pour se balader. L’entrée de la Bibliothèque est devenue l’un des lieux les plus importants pour les rencontres amoureuses.

Il suffit de s’y asseoir un peu pour entendre les conversations entre couples. Voilà qu’une demoiselle appelle son fiancé sur son portable pour lui donner rendez-vous à la Bibliothèque tandis qu’une autre dit à son copain qui l’accompagne : « Tu sais bien que la Bibliothèque est le seul endroit où je peux te rencontrer. Je ne sors pas ailleurs ».

Chaïmaa Abdel-Hamid

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