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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Bibliotheca alexandrina. Alaa Al-Aswani, romancier qui a obtenu plusieurs prix méditerranéens, estime que la Bibliothèque a négligé de se rapprocher de la culture méditerranéenne.

«La Bibliothèque doit jouer
 un rôle mondial plus marqué»

Al-Ahram Hebdo : Cinq ans après l’ouverture de la Bibliothèque d’Alexandrie, comment la voyez-vous ?

Alaa Al-Aswani : Au début, l’idée de faire renaître la Bibliothèque d’Alexandrie a été très ambitieuse. On rêvait de voir alors l’Egypte retrouver son vrai rang culturel. En fait, l’Egypte a été durant toute son histoire un canal de communication entre toutes les cultures. Elle est un pays arabo-islamique, mais pas seulement cela. Avant l’entrée de l’islam, elle faisait la liaison entre le Nord et le Sud. Le design aussi de cette nouvelle bibliothèque a été très révélateur. Mais voilà 5 ans sont passés et je pense que la Bibliothèque n’a pas pu aboutir aux horizons demandés.

Quels sont alors vos reproches ?

— Je pense que le rôle joué aujourd’hui par la Bibliothèque ne dépasse pas les limites de l’Egypte. Il ne suffit pas seulement d’organiser des colloques ou des conférences internationales, mais la Bibliothèque doit jouer un rôle mondial plus marqué.

Mais la Bibliothèque d’Alexandrie est considérée parmi les premières bibliothèques numériques au monde …

— Oui, C’est tout à fait honorable. Je ne serais pas équitable si je disais que la Bibliothèque n’avait pas joué de rôle. Moi-même, j’étais soucieux de m’y rendre pour présenter mon nouveau roman Chicago. Mais c’est insuffisant et ne correspond pas à la position historique et culturelle de la Bibliothèque. Mon reproche essentiel est qu’elle a négligé de se rapprocher de la culture méditerranéenne. La renaissance de cette culture est devenue, aujourd’hui, la grande préoccupation de l’Occident. En fait, l’histoire officielle de la Méditerranée est connue par être une histoire de guerres. Mais en dessous, il y avait une autre histoire humanitaire qui témoignait des interactions positives entre les cultures des pays de la Méditerranée. Et Alexandrie, nommée la Sirène de la Méditerranée, avait joué avec son ancienne bibliothèque un rôle prépondérant dans cette culture.

Que devrait, selon vous, faire la Bibliothèque dans ce contexte ?

— Il existe plusieurs projets culturels dans le monde qui visent à protéger cette culture méditerranéenne. J’ai reçu le prix de la Méditerranée pour la littérature à Naples. Je me demande la raison pour laquelle la Bibliothèque n’organise pas de tels concours mondiaux en matière de littérature et de cinéma. Pourquoi n’établit-elle pas une connexion quotidienne avec les autres bibliothèques des pays méditerranéens.

Qu’est-ce qui entrave la Bibliothèque de progresser de la sorte ?

— En fait, le problème réside dans la subordination de la Bibliothèque au gouvernement. On peut dire même qu’elle a été atteinte par les maux du pouvoir. Sinon comment interprétez-vous ce grand nombre de colloques et de réunions organisées par la Bibliothèque et concernant les amendements constitutionnels et le document de la réforme. La Bibliothèque risque de se transformer en une antenne du PND. Elle doit être un organe indépendant et purement culturel à l’écart de la politique pour ne pas perdre sa crédibilité.

Activer le tourisme avait été parmi ses objectifs. A quel point cela a-t-il été réalisé ?

— A mon avis, mêler entre les notions de la culture et le tourisme n’est pas acceptable. Ce qui est étonnant aussi, c’est que toutes les activités du ministère de la Culture mettent en avant le tourisme. Alors notre objectif ne devait pas être seulement d’activer le tourisme, de se contenter d’imprimer des brochures et de mettre la photo de la Bibliothèque sur des cartes postales pour attirer les touristes. Mais aussi d’assurer une véritable culture mondiale.

Propos recueillis par Aliaa Al-Korachi

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