Bibliotheca alexandrina.
Alaa Al-Aswani,
romancier qui a obtenu plusieurs prix méditerranéens, estime
que la Bibliothèque a négligé de se rapprocher de la culture
méditerranéenne.
«La Bibliothèque doit jouer
un rôle mondial plus marqué»
Al-Ahram Hebdo : Cinq ans après l’ouverture de la
Bibliothèque d’Alexandrie, comment la voyez-vous ?
Alaa Al-Aswani :
Au début, l’idée de faire renaître la Bibliothèque
d’Alexandrie a été très ambitieuse. On rêvait de voir alors
l’Egypte retrouver son vrai rang culturel. En fait, l’Egypte
a été durant toute son histoire un canal de communication
entre toutes les cultures. Elle est un pays arabo-islamique,
mais pas seulement cela. Avant l’entrée de l’islam, elle
faisait la liaison entre le Nord et le Sud. Le design aussi
de cette nouvelle bibliothèque a été très révélateur. Mais
voilà 5 ans sont passés et je pense que la Bibliothèque n’a
pas pu aboutir aux horizons demandés.
— Quels sont alors vos reproches ?
— Je pense que le rôle joué aujourd’hui par la Bibliothèque
ne dépasse pas les limites de l’Egypte. Il ne suffit pas
seulement d’organiser des colloques ou des conférences
internationales, mais la Bibliothèque doit jouer un rôle
mondial plus marqué.
— Mais la Bibliothèque d’Alexandrie est considérée parmi
les premières bibliothèques numériques au monde …
— Oui, C’est tout à fait honorable. Je ne serais pas
équitable si je disais que la Bibliothèque n’avait pas joué
de rôle. Moi-même, j’étais soucieux de m’y rendre pour
présenter mon nouveau roman Chicago. Mais c’est insuffisant
et ne correspond pas à la position historique et culturelle
de la Bibliothèque. Mon reproche essentiel est qu’elle a
négligé de se rapprocher de la culture méditerranéenne. La
renaissance de cette culture est devenue, aujourd’hui, la
grande préoccupation de l’Occident. En fait, l’histoire
officielle de la Méditerranée est connue par être une
histoire de guerres. Mais en dessous, il y avait une autre
histoire humanitaire qui témoignait des interactions
positives entre les cultures des pays de la Méditerranée. Et
Alexandrie, nommée la Sirène de la Méditerranée, avait joué
avec son ancienne bibliothèque un rôle prépondérant dans
cette culture.
— Que devrait, selon vous, faire la Bibliothèque dans ce
contexte ?
— Il existe plusieurs projets culturels dans le monde qui
visent à protéger cette culture méditerranéenne. J’ai reçu
le prix de la Méditerranée pour la littérature à Naples. Je
me demande la raison pour laquelle la Bibliothèque
n’organise pas de tels concours mondiaux en matière de
littérature et de cinéma. Pourquoi n’établit-elle pas une
connexion quotidienne avec les autres bibliothèques des pays
méditerranéens.
— Qu’est-ce qui entrave la Bibliothèque de progresser de
la sorte ?
— En fait, le problème réside dans la subordination de la
Bibliothèque au gouvernement. On peut dire même qu’elle a
été atteinte par les maux du pouvoir. Sinon comment
interprétez-vous ce grand nombre de colloques et de réunions
organisées par la Bibliothèque et concernant les amendements
constitutionnels et le document de la réforme. La
Bibliothèque risque de se transformer en une antenne du PND.
Elle doit être un organe indépendant et purement culturel à
l’écart de la politique pour ne pas perdre sa crédibilité.
— Activer le tourisme avait été parmi ses objectifs. A
quel point cela a-t-il été réalisé ?
— A mon avis, mêler entre les notions de la culture et le
tourisme n’est pas acceptable. Ce qui est étonnant aussi,
c’est que toutes les activités du ministère de la Culture
mettent en avant le tourisme. Alors notre objectif ne devait
pas être seulement d’activer le tourisme, de se contenter
d’imprimer des brochures et de mettre la photo de la
Bibliothèque sur des cartes postales pour attirer les
touristes. Mais aussi d’assurer une véritable culture
mondiale.
Propos recueillis par Aliaa Al-Korachi