Elections estudiantines. Plusieurs
centaines d’étudiants de tendance islamiste ont manifesté lundi à l’Université
du Caire pour protester contre la radiation de leurs camarades des listes
électorales.
Les frères exclus avant le vote
Lundi
22 octobre. Le campus de l’Université du Caire est en effervescence. Des
véhicules blindés sont stationnés devant l’enceinte. Et des policiers en tenue
ou en civil sont dispersés ici et là sur les lieux. A 11h30, plusieurs
centaines d’étudiants appartenant au courant estudiantin islamiste envahissent
les lieux et se mettent à scander : « Qui sommes-nous ? Qui sommes-nous ? Nous
sommes les étudiants radiés des élections. Oh sécurité de l’Etat, Où est la
sécurité ? Où est l’Etat ? Dites-le haut et fort, la fraude électorale est un
scandale ». A l’intérieur de l’enceinte, la tension est vive en ce jour
d’élections. L’annonce, la veille, de la radiation de 140 candidats du courant
islamiste qui, selon la direction, « ne répondent pas aux critères de
candidature », a soulevé la colère des étudiants qui dénoncent un « complot
manigancé par le gouvernement ». « Ce scénario ne s’était jamais produit. C’est
un vrai scandale », s’indigne l’un des étudiants du courant islamiste. Brandissant
des slogans de protestation, les étudiants ont installé des haut-parleurs à
l’intérieur de l’enceinte et ont appelé à la prière avant de se mettre à
nouveau à scander.
S’agit-il
d’un complot ? Les responsables de l’université affirment que les étudiants
radiés l’ont été, conformément au règlement de l’université. « Celui-ci stipule
que l’étudiant doit être de nationalité égyptienne, qu’il doit répondre aux
règles de bonne conduite et de discipline universitaire. Il doit en outre être
assidu, avoir réglé la totalité des droits d’inscription et n’avoir jamais
encouru de sanctions universitaires », selon un responsable de la direction
ayant requis l’anonymat.
Contexte particulier
En
réalité, ces élections estudiantines interviennent dans un contexte
particulier. Ce sont les premières élections après la polémique soulevée au
début de l’année par la démonstration de force des étudiants islamistes de
l’Université d’Al-Azhar. Vêtus de tenues paramilitaires et portant des
cagoules, les étudiants islamistes s’étaient livrés, en février 2007, à des
exercices d’arts martiaux dans l’enceinte de l’établissement, soulevant la
colère des autorités et un débat houleux sur la présence des islamistes au sein
des universités. D’autre part, les élections font suite à une vaste campagne
d’intimidation lancée par les appareils de sécurité contre les Frères
musulmans. Tous ces facteurs ont accentué le climat de tension entourant ces
élections. « Nous nous attendions à une campagne contre nous. Mais pas à ce que
tous nos candidats soient exclus de la sorte », lance un candidat islamiste.
Et
d’accuser les services de sécurité de l’Etat d’intervenir pour modifier le
cours des élections. « La direction de l’université accepte la candidature de
certains étudiants et en refusent d’autres en suivant les recommandations de la
sécurité ». Voulant éviter toute confrontation avec l’Etat, les Frères avaient
limité leur participation cette année à 140 candidats à l’Université du Caire
sur un total de 1 454. Le centre Sawasiya des droits de l’homme, qui a suivi le
déroulement du scrutin, affirme avoir recensé plusieurs anomalies. « La
direction de l’université a retardé délibérément la date du dépôt des
candidatures, fixée après les vacances du petit Baïram afin de ne pas donner
aux étudiants islamistes le temps de se préparer », assure Abdel-Moneim
Abdel-Maqsoud, directeur du centre. « Les employés de l’université ont achevé
les dossiers des étudiants pro-gouvernementaux sans même demander leur présence
», ajoute Abdel-Maqsoud. Et d’expliquer que la direction a eu recours à
d’autres astuces. « On a demandé à une foule d’étudiants pro-gouvernementaux de
se rendre dans les bureaux de dépôt des candidatures pour retarder ceux du
courant islamiste et les empêcher de participer aux élections », conclut-il. Une
campagne, d’un autre genre, bien ficelée.
Ola Hamdi