Al-Ahram Hebdo, Egypte | La douce révoltée
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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Egypte

Hommage. Fatma Moussa, professeure de littérature anglaise qui a inculqué à de nombreux intellectuels les notions de liberté, vient de s’éteindre. Son souvenir et son parcours ne seront pas de sitôt oubliés.

La douce révoltée

Avec la mort de Fatma Moussa, disparaît l’une des figures éminentes du champ académique, de la littérature anglaise et du parcours de l’émancipation de la femme arabe. Lauréate du prix d’Etat en 1998, fait rare pour une femme, Fatma Moussa n’est pas seulement traductrice de Shakespeare (King Lear et Henri IV), mais aussi et surtout du Nobel égyptien Naguib Mahfouz vers l’anglais (Miramar). « Elle a lu, écrit, enseigné, cherché, traduit, revu et dirigé, en reprenant son travail avec une amabilité surprenante, même lorsqu’elle était censée recourir à une lentille et à un siège roulant. Modèle d’une femme libre, d’une mère, de prof d’université, d’une chercheuse chez qui l’esprit de la recherche habite l’âme, d’une citoyenne, offrant la connaissance à des milliers d’étudiants, dirigeant les études de centaines de chercheurs … », écrit la romancière Radwa Achour, en acte de condoléances, sur le site du 9 mars, mouvement et réseau de professeurs universitaires qui travaillent pour l’indépendance de l’université. Cette future professeure de littérature anglaise à l’Université du Caire, elle aussi, Radwa Achour compte parmi les nombreux disciples de la grande dame, comme également Samir Sarhane ou Abdel-Aziz Hamouda. Elle reconnaît à Fatma Moussa le sens de liberté, du savoir qu’elle a su lui inculquer, ayant passé son mémoire de magistère sous sa direction, elle se distinguait des autres professeurs qui imposaient la pratique de leurs théories à leurs étudiants, leur laissant la responsabilité d’une thèse et comment en être l’auteur.

Repliée sur ses études et recherches, elle ne s’est pas rangée dans le mouvement estudiantin des années 1940, se contentait d’observer de loin. Pourtant, elle a inculqué  l’esprit de la révolution à des étudiants comme Radwa Achour, et surtout à ses propres enfants Ahdaf Soueif, romancière de renom écrivant en anglais, et Leila Soueif, professeure de mathématiques à l’Université du Caire. Elle était au fond sceptique face au discours de gauche qui la laissait sans une véritable conviction. Ce n’est qu’à l’âge de  76 ans qu’elle participe à une manif, à Londres, accompagnée de sa fille Ahdaf contre la guerre. Fidèle à ses idées et à ses convictions, elle débattait sur d’autres terrains. Celui de la femme, lorsqu’elle a insisté à être nommée à l’université comme assistante alors qu’on interdisait aux femmes ce poste. Elle s’est distinguée aussi par la défense de la liberté d’expression lorsqu’elle présidait le Pen Club égyptien. Des acquis qui sont gravés dans son parcours.

Dina Kabil

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