Al-Ahram Hebdo, Egypte | L’union ne fait pas la force
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Egypte

Politique. Les principaux partis de l’opposition élaborent une « charte d’entente nationale » pour redéfinir le système politique égyptien. L’expérience n’est pas nouvelle, et les résultats en sont plus qu’incertains.

L’union ne fait pas la force

Les représentants de quatre partis de l’opposition, le Wafd, le Rassemblement, le Nassérien et le Front démocratique, se sont réunis samedi pour discuter leurs vues sur le document de la charte d’entente nationale qu’ils entendent adopter comme un mécanisme de changement démocratique. La charte contient les éléments d’une nouvelle Constitution, il s’agit d’une étape préparatoire précédant l’élaboration d’un projet de Constitution.

D’après les responsables de ces partis, les propositions qui seront mises en avant dans ce document concernent, outre la réforme constitutionnelle, la reconstruction des secteurs « défaillants » de la santé, de l’enseignement et de la sécurité sociale, ainsi que la lutte contre le chômage. En bref, il s’agit d’apporter « des solutions concrètes » aux problèmes de l’Egypte. Programme ambitieux qui dépasse les moyens de mobilisation de ces partis, estiment certains observateurs.

« Nous œuvrons pour la promulgation d’une nouvelle Constitution, nous discutons la forme du régime. C’est une revendication ancienne. Or, n’importe quel processus de démocratisation doit passer par une réforme constitutionnelle », affirme le président du parti du Rassemblement, Réfaat Al-Saïd.

Les récents amendements constitutionnels ont été sévèrement critiqués par l’opposition qui y a vu une institutionnalisation du pouvoir héréditaire et une consécration de la loi sur l’état d’urgence qui gère le pays depuis 25 ans.

Dans sa forme finale, la charte d’entente nationale sera composée de quatre parties qui définissent la nature de l’Etat, les fondements du régime politique et des systèmes social et économique, et la politique étrangère de l’Egypte dans les sphères arabes et internationales.

Après l’adoption formelle du texte par les présidents des quatre partis, ceux-ci entendent « élargir le cadre du dialogue » pour impliquer d’autres partis, des syndicats, des organisations de la société civile et l’opinion publique en général. « Des conférences seront organisées dans les divers gouvernorats pour débattre de la charte, mais il est trop tôt pour préciser qui des autres acteurs politiques nous rejoindra », affirme Wahid Abdel-Méguid, un cadre du parti Al-Wafd.

Selon lui, « l’équation binaire et antagonique qui sévit hypothèque l’avenir de l’Egypte. Notre objectif est de la remplacer par un système pluraliste et concurrentiel ».

Mais cette bonne volonté affichée par les acteurs impliqués dans cette initiative ne permet pas à elle seule de s’attendre à ce que celle-ci aboutisse à un résultat concret.

 

« Répétition d’un échec »

En fait, les partis de l’opposition se mettent rarement d’accord sur une position commune : lors des élections présidentielles en 2005, les partis d’opposition étaient déterminés à exprimer leur refus de « la mascarade » à travers le boycott. Mais au dernier moment, le Wafd a investi Noemane Gomaa comme candidat officiel face au président Moubarak. Un scénario pareil s’est reproduit cet été quand le parti du Rassemblement a décidé d’adopter une attitude « positive » en participant aux élections du Conseil consultatif, malgré le boycott des autres partis. Des divergences qui donnent souvent lieu à des accusations mutuelles, formulées en demi-teinte, d’avoir cédé à la carotte et au bâton du pouvoir.

« Ladite charte n’apporte rien de nouveau, c’est la répétition d’un échec. Depuis le début du pluralisme politique il y a plus de trente ans, on a vu beaucoup de chartes avec ces mêmes idées réformatrices. Le problème c’est qu’il n’y a aucun mécanisme ni aucune possibilité de les mettre en œuvre », estime Amr Al-Choubaki, du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

« Mis à part le Wafd, on ne peut pas considérer qu’il existe de vrais partis politiques en Egypte, ce ne sont en fait que des salons de bavardage, des entités trop faibles pour prendre une initiative. Toute l’opposition rassemblée dispose d’une représentation parlementaire dix fois moins importante que celle des Frères musulmans, exclus, qui plus est de cette initiative », ajoute Al-Choubaki.

Lors des élections législatives de 2005, les partis de l’opposition n’ont obtenu que 12 sièges dans l’Assemblée du peuple, dont 6 revenant au Wafd, contre 88 sièges raflés par la confrérie officiellement interdite des Frères musulmans.

En dépit de son scepticisme vis-à-vis de la possibilité d’une entente entre les partis de l’opposition qu’il juge trop faibles, Abdel-Méguid estime qu’il n’y a d’autre choix que d’essayer. « Les expériences passées étaient amères, mais pour que l’espoir se maintienne, il faut essayer de créer un troisième bloc qui se positionne entre le parti au pouvoir et les Frères musulmans », dit-il.

La réunion de samedi est l’avant-dernière dans la série de réunion en prévision de l’adoption de la charte.

Chérif Albert

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En bref

Procès
Le juge Mahmoud Hamza s’est déclaré samedi incompétent pour juger le procès en appel de la productrice égyptienne Howaïda Taha, de la chaîne de télévision qatari Al-Jazeera, à Doha. Elle a été condamnée en mai par contumace à six mois de prison ferme et à 20 000 L.E. d’amendes pour atteinte à l’intérêt national, après avoir falsifié des images portant préjudice à la réputation du pays et filmé des scènes de torture dans des lieux semblables aux commissariats de police égyptiens. Mme Taha s’était rendue en Egypte pour un documentaire sur les mauvais traitements imputés à la police. A son départ, elle avait été bloquée, le 8 janvier dernier, à l’aéroport du Caire, où 50 enregistrements et son ordinateur portable lui avaient été confisqués.

Le juge appartient pour sa part à un groupe de juges qui a milité en faveur de l’indépendance du système judiciaire au cours de la campagne présidentielle de 2005.

 

Frontière
Près de 300 Palestiniens bloqués en Egypte ont manifesté jeudi à Arich, dans le nord du Sinaï, demandant à pouvoir regagner la bande de Gaza. Les manifestants, parmi lesquels se trouvaient des femmes et des enfants, travaillent pour la plupart dans des pays arabes. Depuis la mi-juin, plusieurs milliers de Palestiniens transitant par l’Egypte n’arrivent pas à regagner la bande de Gaza, à la suite de la prise de pouvoir par la force du mouvement islamiste Hamas et la fermeture du terminal de Rafah, seul poste-frontière de la bande de Gaza avec un Etat autre qu’Israël. Des centaines de Palestiniens se trouvent toujours en Egypte en attendant de regagner Gaza, selon une source de sécurité. Dans la foulée de la fermeture du terminal de Rafah, plusieurs milliers de Palestiniens s’étaient retrouvés bloqués du côté égyptien de la frontière. Une grande majorité d’entre eux a pu rentrer à Gaza via Israël, dans le cadre d’un accord entre l’Etat hébreu et l’Egypte.

Droits de l’homme
« Allez, montrons-les du doigt » est le slogan d’une nouvelle « campagne électronique » contre les violations des droits de l’homme. Un nouveau blog vient d’être lancé cette semaine sur Internet dans le cadre de cette campagne, ef-dah@yahoo.com. Le blog a été créé par un groupe de militants qui s’est donné pour nom « le comité des prisonniers d’opinion », présidé par le journaliste et syndicaliste Mohamad Abdel-Qoddous, membre du mouvement d’opposition Kéfaya. Il s’agit de dévoiler tous les cas de violation des droits de l’homme en Egypte, comme la torture dans les lieux de détention et les restrictions imposées sur la liberté d’expression.

 

 




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