Politique.
Les principaux partis de l’opposition élaborent une « charte
d’entente nationale » pour redéfinir le système politique
égyptien. L’expérience n’est pas nouvelle, et les résultats
en sont plus qu’incertains.
L’union ne fait pas la force
Les
représentants de quatre partis de l’opposition, le Wafd, le
Rassemblement, le Nassérien et le Front démocratique, se
sont réunis samedi pour discuter leurs vues sur le document
de la charte d’entente nationale qu’ils entendent adopter
comme un mécanisme de changement démocratique. La charte
contient les éléments d’une nouvelle Constitution, il s’agit
d’une étape préparatoire précédant l’élaboration d’un projet
de Constitution.
D’après les responsables de ces partis, les propositions qui
seront mises en avant dans ce document concernent, outre la
réforme constitutionnelle, la reconstruction des secteurs «
défaillants » de la santé, de l’enseignement et de la
sécurité sociale, ainsi que la lutte contre le chômage. En
bref, il s’agit d’apporter « des solutions concrètes » aux
problèmes de l’Egypte. Programme ambitieux qui dépasse les
moyens de mobilisation de ces partis, estiment certains
observateurs.
« Nous œuvrons pour la promulgation d’une nouvelle
Constitution, nous discutons la forme du régime. C’est une
revendication ancienne. Or, n’importe quel processus de
démocratisation doit passer par une réforme
constitutionnelle », affirme le président du parti du
Rassemblement, Réfaat Al-Saïd.
Les récents amendements constitutionnels ont été sévèrement
critiqués par l’opposition qui y a vu une
institutionnalisation du pouvoir héréditaire et une
consécration de la loi sur l’état d’urgence qui gère le pays
depuis 25 ans.
Dans sa forme finale, la charte d’entente nationale sera
composée de quatre parties qui définissent la nature de l’Etat,
les fondements du régime politique et des systèmes social et
économique, et la politique étrangère de l’Egypte dans les
sphères arabes et internationales.
Après l’adoption formelle du texte par les présidents des
quatre partis, ceux-ci entendent « élargir le cadre du
dialogue » pour impliquer d’autres partis, des syndicats,
des organisations de la société civile et l’opinion publique
en général. « Des conférences seront organisées dans les
divers gouvernorats pour débattre de la charte, mais il est
trop tôt pour préciser qui des autres acteurs politiques
nous rejoindra », affirme Wahid Abdel-Méguid, un cadre du
parti Al-Wafd.
Selon lui, « l’équation binaire et antagonique qui sévit
hypothèque l’avenir de l’Egypte. Notre objectif est de la
remplacer par un système pluraliste et concurrentiel ».
Mais cette bonne volonté affichée par les acteurs impliqués
dans cette initiative ne permet pas à elle seule de
s’attendre à ce que celle-ci aboutisse à un résultat
concret.
« Répétition d’un échec »
En fait, les partis de l’opposition se mettent rarement
d’accord sur une position commune : lors des élections
présidentielles en 2005, les partis d’opposition étaient
déterminés à exprimer leur refus de « la mascarade » à
travers le boycott. Mais au dernier moment, le Wafd a
investi Noemane Gomaa comme candidat officiel face au
président Moubarak. Un scénario pareil s’est reproduit cet
été quand le parti du Rassemblement a décidé d’adopter une
attitude « positive » en participant aux élections du
Conseil consultatif, malgré le boycott des autres partis.
Des divergences qui donnent souvent lieu à des accusations
mutuelles, formulées en demi-teinte, d’avoir cédé à la
carotte et au bâton du pouvoir.
« Ladite charte n’apporte rien de nouveau, c’est la
répétition d’un échec. Depuis le début du pluralisme
politique il y a plus de trente ans, on a vu beaucoup de
chartes avec ces mêmes idées réformatrices. Le problème
c’est qu’il n’y a aucun mécanisme ni aucune possibilité de
les mettre en œuvre », estime Amr Al-Choubaki, du Centre d’Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.
« Mis à part le Wafd, on ne peut pas considérer qu’il existe
de vrais partis politiques en Egypte, ce ne sont en fait que
des salons de bavardage, des entités trop faibles pour
prendre une initiative. Toute l’opposition rassemblée
dispose d’une représentation parlementaire dix fois moins
importante que celle des Frères musulmans, exclus, qui plus
est de cette initiative », ajoute Al-Choubaki.
Lors des élections législatives de 2005, les partis de
l’opposition n’ont obtenu que 12 sièges dans l’Assemblée du
peuple, dont 6 revenant au Wafd, contre 88 sièges raflés par
la confrérie officiellement interdite des Frères musulmans.
En dépit de son scepticisme vis-à-vis de la possibilité
d’une entente entre les partis de l’opposition qu’il juge
trop faibles, Abdel-Méguid estime qu’il n’y a d’autre choix
que d’essayer. « Les expériences passées étaient amères,
mais pour que l’espoir se maintienne, il faut essayer de
créer un troisième bloc qui se positionne entre le parti au
pouvoir et les Frères musulmans », dit-il.
La réunion de samedi est l’avant-dernière dans la série de
réunion en prévision de l’adoption de la charte.
Chérif Albert