Hommage. Fatma
Moussa, professeure de littérature anglaise qui a
inculqué à de nombreux intellectuels les notions de liberté, vient de
s’éteindre. Son souvenir et son parcours ne seront pas de sitôt oubliés.
La douce révoltée
Avec
la mort de Fatma Moussa, disparaît l’une des figures éminentes du champ
académique, de la littérature anglaise et du parcours de l’émancipation de la
femme arabe. Lauréate du prix d’Etat en 1998, fait rare pour une femme, Fatma
Moussa n’est pas seulement traductrice de Shakespeare (King Lear et Henri IV),
mais aussi et surtout du Nobel égyptien Naguib Mahfouz vers l’anglais (Miramar).
« Elle a lu, écrit, enseigné, cherché, traduit, revu et dirigé, en reprenant
son travail avec une amabilité surprenante, même lorsqu’elle était censée
recourir à une lentille et à un siège roulant. Modèle d’une femme libre, d’une
mère, de prof d’université, d’une chercheuse chez qui l’esprit de la recherche
habite l’âme, d’une citoyenne, offrant la connaissance à des milliers
d’étudiants, dirigeant les études de centaines de chercheurs … », écrit la
romancière Radwa Achour, en
acte de condoléances, sur le site du 9 mars, mouvement et réseau de professeurs
universitaires qui travaillent pour l’indépendance de l’université. Cette
future professeure de littérature anglaise à
l’Université du Caire, elle aussi, Radwa Achour compte parmi les nombreux disciples de la grande
dame, comme également Samir Sarhane ou Abdel-Aziz Hamouda. Elle
reconnaît à Fatma Moussa le sens de liberté, du savoir qu’elle a su lui
inculquer, ayant passé son mémoire de magistère sous sa direction, elle se
distinguait des autres professeurs qui imposaient la pratique de leurs théories
à leurs étudiants, leur laissant la responsabilité d’une thèse et comment en
être l’auteur.
Repliée
sur ses études et recherches, elle ne s’est pas rangée dans le mouvement
estudiantin des années 1940, se contentait d’observer de loin. Pourtant, elle a
inculqué l’esprit de la révolution à des
étudiants comme Radwa Achour,
et surtout à ses propres enfants Ahdaf Soueif, romancière de renom écrivant en anglais, et Leila Soueif, professeure de
mathématiques à l’Université du Caire. Elle était au fond sceptique face au
discours de gauche qui la laissait sans une véritable conviction. Ce n’est qu’à
l’âge de 76 ans qu’elle participe à une
manif, à Londres, accompagnée de sa fille Ahdaf
contre la guerre. Fidèle à ses idées et à ses convictions, elle débattait sur
d’autres terrains. Celui de la femme, lorsqu’elle a insisté à être nommée à
l’université comme assistante alors qu’on interdisait aux femmes ce poste. Elle
s’est distinguée aussi par la défense de la liberté d’expression lorsqu’elle
présidait le Pen Club égyptien. Des acquis qui sont gravés dans son parcours.
Dina Kabil