Fonction publique.
Quelque 3 000 fonctionnaires de l’Organisme des impôts
fonciers ont procédé le 21 octobre à un sit-in ouvert devant
le ministère des Finances. Ils réclament une révision de
leurs salaires et primes. Reportage
Une grève pour l’égalité
Il
est midi. Face au vaste ministère des Finances, sont
regroupés ce dimanche 21 octobre, 3 000 fonctionnaires
dépendant de l’Organisme des impôts fonciers. Les pancartes
brandies reflètent leurs revendications : « Nous collectons
l’argent, d’autres empochent les primes », « Pourquoi
négliger autant les employés des impôts fonciers ? ». Ils
sont venus des quatre coins d’Egypte, représentant 45 000
employés de 26 gouvernorats. Les plus éloignés du Caire, qui
n’ont pu se joindre au mouvement dans la capitale, ont
entamé leur sit-in dans leurs locaux. Il ne s’agit pas là du
premier mouvement de protestation des employés de
l’Organisme des impôts fonciers. Mais c’est le plus vaste et
le plus organisé de tous. La revendication principale est de
repasser sous la tutelle du ministère des Finances, à
l’instar des autres organismes d’impôts. Kamal Abou-Eita,
employé au bureau de Guiza et ex-président de son comité
syndical, dresse la situation : « Nos homologues reçoivent
des primes mensuelles équivalentes à 9 mois de salaires,
alors que les primes des employés des impôts fonciers sont à
peine les trois quart du salaire mensuel », s’insurge-t-il.
Au bout de quelques heures de sit-in, des responsables du
ministère annoncent que les demandes seront prises en
considération dans un mois. Même si Ismaïl Abdel-Rassoul,
directeur de l’Organisme des impôts fonciers ne comprend pas
certaines des revendications des employés. « Pourquoi
égaliser les traitements entre les employés d’un Organisme
et ceux d’un autre ? La nature du travail est différente. Et
puis en quoi cela les dérange s’ils dépendent
administrativement des municipalités ou du ministère ?
Cependant, je reconnais qu’ils ont droit de demander une
amélioration de leur niveau de vie et de leurs salaires »,
explique-t-il.
La situation de l’Organisme des impôts fonciers est
particulière. Financièrement et administrativement, il
dépend des municipalités, alors que techniquement, il dépend
du ministère des Finances. Plus étonnant, les hauts
fonctionnaires de l’Organisme dépendent complètement du
ministre des Finances. « Entre l’un et l’autre, on n’arrive
pas à obtenir nos droits », lance, furieux, un employé. «
Quand nous nous plaignons aux gouvernorats, on nous dit
d’aller au ministère et vice versa », ajoute un autre.
La plainte essentielle des employés est que leurs primes
sont considérablement inférieures à celles de leurs
homologues de l’Organisme des impôts. Ce dernier représente
la fusion, qui a eu lieu début 2007, de l’Organisme général
des impôts et de celui des impôts sur les ventes. Selon les
employés, le salaire moyen se situe entre 250 et 300 L.E.,
soit l’équivalent de 4 kilos de viande, comme l’ont affiché
les fonctionnaires du gouvernorat de Fayoum sur des
pancartes. « Je travaille à l’Organisme depuis 12 ans, mon
salaire est à peine 240 L.E. », assure un ouvrier. « Je
m’appelle Rabie Ibrahim Al-Abyad, je travaille depuis 22 ans
et je ne touche que 384 L.E. », renchérit un autre. « Après
38 ans de travail, mon salaire est de 700 L.E. », ajoute
Hussein Zakariya, directeur général au bureau de Guiza. En
dévoilant leurs salaires, les employés répondent en fait aux
propos du directeur de l’Organisme qui avait déclaré à la
presse le mois dernier, en réaction à de précédentes
protestations dans quelques gouvernorats, que les employés
de l’Organisme des impôts touchent entre 1 200 et 1 500 L.E.
par mois. Une déclaration qui lui a valu les hostilités des
employés, appelant à sa démission. Si mal payés, de nombreux
fonctionnaires acceptent alors de maigres pots-de-vin de la
part des contribuables récalcitrants. « Nos primes
mensuelles sont de 70 L.E. J’ai un collègue qui ne fait plus
la collecte et ne reçoit donc plus cette prime. Mais il
reçoit des pots de vin qui la compensent largement »,
poursuit un autre manifestant.
350 millions de L.E. par an
Bien qu’assez bien suivie, cette grève d’une journée aura
coûté au gouvernement moins d’un million de livres, puisque
les fonctionnaires des impôts fonciers sont chargés de la
collecte de 44 sortes d’impôts pour une recette annuelle de
350 millions de L.E. par an. Les impôts fonciers ont été les
premiers d’Egypte. Ils remontent à 1805, au règne de Mohamad
Ali, fondateur de l’Egypte moderne. A l’époque, le
fonctionnaire chargé de collecter cet impôt insignifiant se
déplaçait d’un village à l’autre à dos d’âne fourni par le
gouvernement. « Avec la Révolution de 1952, on nous a pris
l’âne et on n’a rien reçu à la place », plaisante Kamal
Abou-Eita, pourtant de tendance nassérienne. « Imaginez, on
assume nous-mêmes les coûts de transport ! », ajoute-t-il.
Par ailleurs, le ministère des Finances fixe une
somme-plancher à collecter par les fonctionnaires chaque
mois. « Si l’un des fonctionnaires ne la collecte pas, on
lui supprime une partie de ses primes,. Phénomène qui se
produit souvent », assure Abdel-Azim Fathallah, de Minya. La
situation dans certains bureaux est pire que dans d’autres.
« Chaque année pendant les mois de mai et juin, les deux
derniers mois de l’année financière, on ne reçoit pas nos
primes du tout, sous prétexte qu’il y a un déficit dans le
budget », assure un employé du bureau d’Imbaba, au Caire.
Les employés n’ont eu recours aux manifestations et au
sit-in qu’après avoir tout tenté pour se faire entendre. En
avril 2006, Youssef Boutros-Ghali, le ministre des Finances,
leur avait promis de prendre en considération leurs
demandes. Il leur avait de même promis à plusieurs reprises
de présenter au Parlement un projet de loi concernant les
impôts fonciers avec un article sur la rémunération des
employés. Ce qui n’a pas toujours eu lieu. « Pourquoi penser
à un projet de loi alors que notre situation est le résultat
d’une décision administrative ? », se demande Iman Younès,
fonctionnaire. « Le plus urgent est de récupérer nos droits
financiers. Le statut juridique, lui, peut attendre »,
ajoute un autre. Un fait que ne réfute pas Ismaïl
Abdel-Rassoul. « On allait présenter le projet de loi le
mois prochain. Mais les fonctionnaires nous ont pris de
cours. Reste que, si pour une raison ou une autre, la
promulgation de la loi tarde, rien n’empêchera une révision
des salaires de ces employés », déclare-t-il.
Comme
pour temporiser davantage.
Marwa
Hussein