Al-Ahram Hebdo, Economie | Une grève pour l’égalité
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Economie

Fonction publique. Quelque 3 000 fonctionnaires de l’Organisme des impôts fonciers ont procédé le 21 octobre à un sit-in ouvert devant le ministère des Finances. Ils réclament une révision de leurs salaires et primes. Reportage

Une grève pour l’égalité

Il est midi. Face au vaste ministère des Finances, sont regroupés ce dimanche 21 octobre, 3 000 fonctionnaires dépendant de l’Organisme des impôts fonciers. Les pancartes brandies reflètent leurs revendications : « Nous collectons l’argent, d’autres empochent les primes », « Pourquoi négliger autant les employés des impôts fonciers ? ». Ils sont venus des quatre coins d’Egypte, représentant 45 000 employés de 26 gouvernorats. Les plus éloignés du Caire, qui n’ont pu se joindre au mouvement dans la capitale, ont entamé leur sit-in dans leurs locaux. Il ne s’agit pas là du premier mouvement de protestation des employés de l’Organisme des impôts fonciers. Mais c’est le plus vaste et le plus organisé de tous. La revendication principale est de repasser sous la tutelle du ministère des Finances, à l’instar des autres organismes d’impôts. Kamal Abou-Eita, employé au bureau de Guiza et ex-président de son comité syndical, dresse la situation : « Nos homologues reçoivent des primes mensuelles équivalentes à 9 mois de salaires, alors que les primes des employés des impôts fonciers sont à peine les trois quart du salaire mensuel », s’insurge-t-il. Au bout de quelques heures de sit-in, des responsables du ministère annoncent que les demandes seront prises en considération dans un mois. Même si Ismaïl Abdel-Rassoul, directeur de l’Organisme des impôts fonciers ne comprend pas certaines des revendications des employés. « Pourquoi égaliser les traitements entre les employés d’un Organisme et ceux d’un autre ? La nature du travail est différente. Et puis en quoi cela les dérange s’ils dépendent administrativement des municipalités ou du ministère ? Cependant, je reconnais qu’ils ont droit de demander une amélioration de leur niveau de vie et de leurs salaires », explique-t-il.

La situation de l’Organisme des impôts fonciers est particulière. Financièrement et administrativement, il dépend des municipalités, alors que techniquement, il dépend du ministère des Finances. Plus étonnant, les hauts fonctionnaires de l’Organisme dépendent complètement du ministre des Finances. « Entre l’un et l’autre, on n’arrive pas à obtenir nos droits », lance, furieux, un employé. « Quand nous nous plaignons aux gouvernorats, on nous dit d’aller au ministère et vice versa », ajoute un autre.

La plainte essentielle des employés est que leurs primes sont considérablement inférieures à celles de leurs homologues de l’Organisme des impôts. Ce dernier représente la fusion, qui a eu lieu début 2007, de l’Organisme général des impôts et de celui des impôts sur les ventes. Selon les employés, le salaire moyen se situe entre 250 et 300 L.E., soit l’équivalent de 4 kilos de viande, comme l’ont affiché les fonctionnaires du gouvernorat de Fayoum sur des pancartes. « Je travaille à l’Organisme depuis 12 ans, mon salaire est à peine 240 L.E. », assure un ouvrier. « Je m’appelle Rabie Ibrahim Al-Abyad, je travaille depuis 22 ans et je ne touche que 384 L.E. », renchérit un autre. « Après 38 ans de travail, mon salaire est de 700 L.E. », ajoute Hussein Zakariya, directeur général au bureau de Guiza. En dévoilant leurs salaires, les employés répondent en fait aux propos du directeur de l’Organisme qui avait déclaré à la presse le mois dernier, en réaction à de précédentes protestations dans quelques gouvernorats, que les employés de l’Organisme des impôts touchent entre 1 200 et 1 500 L.E. par mois. Une déclaration qui lui a valu les hostilités des employés, appelant à sa démission. Si mal payés, de nombreux fonctionnaires acceptent alors de maigres pots-de-vin de la part des contribuables récalcitrants. « Nos primes mensuelles sont de 70 L.E. J’ai un collègue qui ne fait plus la collecte et ne reçoit donc plus cette prime. Mais il reçoit des pots de vin qui la compensent largement », poursuit un autre manifestant.

 

350 millions de L.E. par an

Bien qu’assez bien suivie, cette grève d’une journée aura coûté au gouvernement moins d’un million de livres, puisque les fonctionnaires des impôts fonciers sont chargés de la collecte de 44 sortes d’impôts pour une recette annuelle de 350 millions de L.E. par an. Les impôts fonciers ont été les premiers d’Egypte. Ils remontent à 1805, au règne de Mohamad Ali, fondateur de l’Egypte moderne. A l’époque, le fonctionnaire chargé de collecter cet impôt insignifiant se déplaçait d’un village à l’autre à dos d’âne fourni par le gouvernement. « Avec la Révolution de 1952, on nous a pris l’âne et on n’a rien reçu à la place », plaisante Kamal Abou-Eita, pourtant de tendance nassérienne. « Imaginez, on assume nous-mêmes les coûts de transport ! », ajoute-t-il. Par ailleurs, le ministère des Finances fixe une somme-plancher à collecter par les fonctionnaires chaque mois. « Si l’un des fonctionnaires ne la collecte pas, on lui supprime une partie de ses primes,. Phénomène qui se produit souvent », assure Abdel-Azim Fathallah, de Minya. La situation dans certains bureaux est pire que dans d’autres. « Chaque année pendant les mois de mai et juin, les deux derniers mois de l’année financière, on ne reçoit pas nos primes du tout, sous prétexte qu’il y a un déficit dans le budget », assure un employé du bureau d’Imbaba, au Caire.

Les employés n’ont eu recours aux manifestations et au sit-in qu’après avoir tout tenté pour se faire entendre. En avril 2006, Youssef Boutros-Ghali, le ministre des Finances, leur avait promis de prendre en considération leurs demandes. Il leur avait de même promis à plusieurs reprises de présenter au Parlement un projet de loi concernant les impôts fonciers avec un article sur la rémunération des employés. Ce qui n’a pas toujours eu lieu. « Pourquoi penser à un projet de loi alors que notre situation est le résultat d’une décision administrative ? », se demande Iman Younès, fonctionnaire. « Le plus urgent est de récupérer nos droits financiers. Le statut juridique, lui, peut attendre », ajoute un autre. Un fait que ne réfute pas Ismaïl Abdel-Rassoul. « On allait présenter le projet de loi le mois prochain. Mais les fonctionnaires nous ont pris de cours. Reste que, si pour une raison ou une autre, la promulgation de la loi tarde, rien n’empêchera une révision des salaires de ces employés », déclare-t-il. Comme pour temporiser davantage.

Marwa Hussein

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Une histoire à la vie dure

Une histoire circule parmi les employés de l’Organisme des impôts fonciers pour expliquer la décision prise en 1974, visant à les séparer du ministère des Finances. Ils racontent qu’un employé a osé saisir pour défaut de paiement une propriété de la mère de Abdel-Aziz Hégazi, alors ministre du Trésor, ne connaissant pas son identité. Enragé, le ministre a voulu punir les employés de l’Organisme et a pris la décision suivante : administrativement et financièrement, ils seraient dorénavant dépendants des municipalités, alors que techniquement, ils suivraient le ministère des Finances. Une explication que conteste catégoriquement Ismaïl Abdel-Rassoul, directeur de l’Organisme des impôts fonciers. « C’est le haut comité ministériel pour l’Administration locale qui a pris cette décision afin de procéder à plus de décentralisation. Il en a été de même dans d’autres ministères, et cela n’a rien à voir avec la personne de Abdel-Aziz Hégazi », assure-t-il. Vraie ou fausse, cette histoire à laquelle les employés croient fermement illustre peut-être leur manque de confiance envers l’Etat et ses institutions.

 

 




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