Al-Ahram Hebdo, Dossier | L’escale obligée du Mogammaa
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Dossier

Carte de Séjour. Des milliers de personnes passent tous les jours au Mogammaa Al-Tahrir, en plein cœur du centre-ville, pour renouveler leur résidence. Un parcours truffé de risques, de règlements et de stress.  

L’escale obligée du Mogammaa 

La loi relative à la résidence des étrangers en Egypte varie selon le statut et la nationalité de chacun et la durée de sa résidence en Egypte. (Voir encadré). Selon les chiffres de l’administration nationale des passeports et de l’émigration, le nombre d’étrangers vivant en Egypte varie entre 1 et 1,5 million d’individus. Et pour demander une résidence ou la renouveler, le Mogammaa est un passage obligé.

Il est 8 heures du matin, le deuxième étage du Mogammaa grouille de monde. Des dizaines d’étrangers attendent tout près des différents guichets qui délivrent les résidences. Iraqiens et Américains, Français et Algériens, Chinois et Russes sont au rendez-vous. Les négociations se font avec le personnel au guichet. Pour les uns, la résidence n’est qu’une simple routine, pour d’autres, cela peut être plus compliqué. C’est là que se détermine parfois le destin de quelques étrangers qui, probablement, seraient contraints de quitter le territoire égyptien. Cette bâtisse témoigne de toutes sortes d’histoires humaines.

Khadiga, Algérienne, attend avec impatience la décision concernant sa résidence. « Je vis en Egypte depuis 14 ans. Je suis venue avec mon mari menacé de mort par les intégristes dans les années 1990 en Algérie. Grâce à sa sœur mariée à un Egyptien, il obtenait la résidence avec une garantie du beau-frère et moi avec. Mon mari est mort cette année. Et donc, au moment de renouveler ma résidence, on m’a fait savoir que je devais prouver mon lien de parenté avec un Egyptien ou avoir 50 000 dollars en banque ou un appartement dont la valeur équivaut à cette somme pour bénéficier d’une résidence de longue durée. A croire que dans ce monde, seuls les riches ont le droit de bénéficier de tous les privilèges », confie Khadiga qui s’est attachée à l’Egypte et ne veut plus retourner dans son pays. Ses amis, sa maison, sa vie sont là.

Gaafar, Soudanais, 48 ans, partage avec elle les mêmes soucis. Il cite le cas de beaucoup d’étrangers vivant en Egypte parce qu’ils ont dû quitter leurs pays pour une raison ou une autre, contraints à vivre dans la clandestinité, pour la simple raison qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir cette résidence, avance Gaafar qui habite le bidonville du kilo arbaa wa noss, une région où le quart des habitants est soudanais.

D’après un responsable à l’administration des passeports et de l’émigration, l’Egypte est un pays ouvert à tous les étrangers. Il suffit de mentionner que les 19 aéroports, 15 ports et les 7 points de frontières enregistrent la rentrée et sortie d’environ 15 000 étrangers par jour. Il précise que l’Egypte est le seul pays au monde à accorder ce qu’on appelle la résidence obligatoire. Cela signifie que l’étranger peut obtenir un droit de séjour directement de l’aéroport, ce qui n’est pas le cas de nombreux pays dans le monde. Mais, selon ce responsable, le droit à la résidence comporte aussi des mesures de sécurité. « Même les pays qui pendant longtemps ont ouvert leurs frontières aux étrangers commencent à imposer des restrictions, surtout avec la montée de la violence dans les pays d’où viennent les postulants et aussi l’ascension de ce qu’on appelle la xénophobie. On veut éviter le chaos, tout simplement », poursuit-il.

 

Les Européens privilégiés

Avoir les moyens peut faciliter la procédure de certains, mais avoir un passeport européen, c’est la baguette magique ou celui d’un pays du Golfe, notamment de l’Arabie saoudite, des Emirats et du Koweït, semble être pour d’autres le mot-clé. James, Américain qui travaille en Egypte, confie qu’il a eu sa résidence en deux jours. Dans la file voisine, Françoise, Française, l’a obtenue en quatre jours ! Alors que Fahd, Iraqien de 55 ans, a enduré un vrai calvaire. « Pour faire ma résidence, il a fallu attendre. Pour que l’on m’accorde six mois, j’ai dû commencer à préparer mes papiers trois mois à l’avance. Au cours de cette période, j’ai fait des va-et-vient incessants au Mogammaa. Le guichetier me répondait à chaque fois froidement : repassez demain. Pour eux, il semble que le temps n’a aucune valeur ». Les personnes originaires de pays plus pauvres doivent aussi présenter des papiers qui prouvent qu’elles ont une source de revenus en Egypte. Une condition légale qui paraît sévère pour les postulants de ces pays. « La question se complique quand il s’agit d’une femme. On insiste pour connaître la source de mon gagne-pain et je ne peux pas le prouver », se lamente Zeina, Marocaine. Pire encore. « Parfois, on rejette ma demande sans me donner la moindre explication », poursuit-elle.

Selon le même responsable, l’obtention de la résidence dépend de deux critères : la sécurité nationale et le marché du travail. C’est pour cela que l’affaire prend parfois du temps pour obtenir une résidence. 

« Pour certains étrangers qui viennent de pays source de conflits ou en état de guerre, ils doivent attendre, le temps que la Sûreté de l’Etat fasse son enquête et s’assure que la personne ne va pas causer de problèmes. On doit rester vigilant, car l’Egypte a beaucoup souffert du terrorisme. En outre, on doit s’assurer que le marché égyptien peut englober cette main-d’œuvre et ne pas provoquer un chômage supplémentaire. Il suffit de mentionner qu’il existe environ 19 000 étrangers sur le marché égyptien alors que le taux de chômage est de 9 %. Des personnes venant d’Asie de l’Est ne cessent d’affluer en Egypte et aggravent la situation dans le pays. C’est la raison pour laquelle nos ambassades à l’étranger sont en train de restreindre le quota en visas », confie la même source policière.

La politique joue à son tour un rôle important pour l’obtention de la résidence. La famille d’Oum Sélim, composée de 9 personnes, confie que les Palestiniens essuient les revers de la politique. « Alors qu’à l’époque nassérienne on a pleinement joui des droits de citoyenneté, après Oslo, obtenir une résidence est devenu plus compliqué, surtout pour nos enfants. Les frais que cela engendre sont un fardeau pour les familles palestiniennes — en majorité pauvres — qui doivent renouveler la résidence contre 86 L.E. par personne chaque année », conclut Oum Sélim. Donc, le jour où elle a appris qu’elle avait obtenu sa résidence d’un an, et celle de ses enfants, ses cris de joie ont résonné dans le Mogammaa. Une année de sursis pour elle et toute sa famille.

Dina Darwich

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