Turquie.
Les Turcs ont approuvé à 70 % les amendements
constitutionnels, dont l’élection du futur président au
suffrage universel. Un résultat qui risque de renforcer le
courant islamiste dans le pays au détriment de la laïcité.
Les laïcs perdent une nouvelle manche
Dans un climat alourdi par les attaques kurdes contre
l’armée dans le sud-est du pays, les électeurs turcs ont
largement approuvé, dimanche, lors d’un référendum, des
amendements constitutionnels dont le principal porte sur
l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel. Après le
dépouillement de la totalité des bulletins de vote, le « oui
» aux amendements proposés par le gouvernement obtient 70 %
des voix et le « non » 30 %, a déclaré la commission
électorale turque, selon qui, la participation a été de 67,3
%. Ce taux est moins élevé qu’aux élections législatives
anticipées de juillet dernier, où la participation avait
atteint 85 %. « Ce référendum va profiter au peuple qui aura
enfin la chance de choisir directement son président. Et
profitable aussi à l’AKP (parti au pouvoir) car le choix
d’un président islamiste par le Parlement était toujours
entravé par le courant laïque au sein du Parlement.
Etant
donné que le choix du président ne se faisait que par les
deux tiers des parlementaires, l’AKP trouvait toujours des
difficultés à imposer son candidat. Même le président actuel,
Abdullah Gul, n’était choisi qu’au troisième tour à la
majorité simple car il n’a pas pu collecter l’approbation
des deux tiers de membres lors des deux premiers tours »,
analyse le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté de
sciences politiques et économiques de l’Université du Caire.
Selon ce dernier, cet amendement contribuera forcément à
renforcer le courant islamiste dans le pays et par suite à
affaiblir la laïcité. « Le peuple se range plutôt aux côtés
des islamistes. Et puis, il sera beaucoup plus facile à
l’AKP de convaincre le peuple de son candidat que de
convaincre des parlementaires réticents. Ceci dit, cet
amendement pourrait bien ouvrir la voie à la réélection de
Abdullah Gul par le peuple en 2014 ou à l’élection d’un
autre président islamiste », poursuit le Dr Hicham. Bien
conscient de cette réalité, l’ancien président turc, Ahmed
Necdet Sezer, s’est vivement opposé au vote de ces
amendements par le Parlement et a réclamé la tenue d’un
référendum.
Réaction
de l’armée
La
réforme approuvée, dimanche, prévoit, outre l’élection du
chef de l’Etat au suffrage universel pour un mandat de cinq
ans renouvelable une seule fois, la tenue d’élections
législatives tous les quatre ans et non plus tous les cinq
ans. Selon les experts, ce résultat n’affectera en rien le
statut de l’actuel président, Abdullah Gul, qui a été élu
par les députés en août dernier pour un mandat de 7 ans.
C’est son successeur qui sera choisi directement par le
peuple en 2014.
A la
veille du scrutin, le Parti de la justice et du
développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), au
pouvoir et qui est à l’initiative des réformes, a fait
campagne pour un « oui » massif, tandis que l’opposition
appelait les électeurs soit à voter « non », soit à
s’abstenir. La semaine dernière, l’AKP avait fait passer in
extremis au Parlement un amendement au projet afin d’éviter
une éventuelle contestation juridique de la validité du
mandat de sept ans de l’actuel président turc, Abdullah Gul.
Selon des juristes, la formulation de l’une des dispositions
du projet aurait, en effet, imposé au président, élu en août
par les députés, de se présenter au vote populaire dans un
délai de 40 jours. L’article en question déclarait que le
onzième président serait élu par le peuple. Or, M. Gul est
déjà le onzième président turc.
A
l’heure actuelle, une seule menace demeure à craindre, celle
de la réaction de l’armée, farouche gardienne de la laïcité
dans le pays. Laissera-t-elle le courant islamiste se
renforcer d’un jour à l’autre au détriment de la laïcité ?
Déjà, elle a promis de n’intervenir qu’au cas où les
islamistes tenteraient d’imposer par la force leur idéologie
islamiste au peuple. A présent, les militaires se contentent
de suivre de très près les agissements des islamistes et de
leur lancer des mises en garde.
Maha
Al-Cherbini