Al-Ahram Hebdo,Monde | Les laïcs perdent une nouvelle manche
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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Turquie. Les Turcs ont approuvé à 70 % les amendements constitutionnels, dont l’élection du futur président au suffrage universel. Un résultat qui risque de renforcer le courant islamiste dans le pays au détriment de la laïcité. 

Les laïcs perdent une nouvelle manche 

Dans un climat alourdi par les attaques kurdes contre l’armée dans le sud-est du pays, les électeurs turcs ont largement approuvé, dimanche, lors d’un référendum, des amendements constitutionnels dont le principal porte sur l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel. Après le dépouillement de la totalité des bulletins de vote, le « oui » aux amendements proposés par le gouvernement obtient 70 % des voix et le « non » 30 %, a déclaré la commission électorale turque, selon qui, la participation a été de 67,3 %. Ce taux est moins élevé qu’aux élections législatives anticipées de juillet dernier, où la participation avait atteint 85 %. « Ce référendum va profiter au peuple qui aura enfin la chance de choisir directement son président. Et profitable aussi à l’AKP (parti au pouvoir) car le choix d’un président islamiste par le Parlement était toujours entravé par le courant laïque au sein du Parlement. Etant donné que le choix du président ne se faisait que par les deux tiers des parlementaires, l’AKP trouvait toujours des difficultés à imposer son candidat. Même le président actuel, Abdullah Gul, n’était choisi qu’au troisième tour à la majorité simple car il n’a pas pu collecter l’approbation des deux tiers de membres lors des deux premiers tours », analyse le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté de sciences politiques et économiques de l’Université du Caire. Selon ce dernier, cet amendement contribuera forcément à renforcer le courant islamiste dans le pays et par suite à affaiblir la laïcité. « Le peuple se range plutôt aux côtés des islamistes. Et puis, il sera beaucoup plus facile à l’AKP de convaincre le peuple de son candidat que de convaincre des parlementaires réticents. Ceci dit, cet amendement pourrait bien ouvrir la voie à la réélection de Abdullah Gul par le peuple en 2014 ou à l’élection d’un autre président islamiste », poursuit le Dr Hicham. Bien conscient de cette réalité, l’ancien président turc, Ahmed Necdet Sezer, s’est vivement opposé au vote de ces amendements par le Parlement et a réclamé la tenue d’un référendum.

 

Réaction de l’armée

La réforme approuvée, dimanche, prévoit, outre l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois, la tenue d’élections législatives tous les quatre ans et non plus tous les cinq ans. Selon les experts, ce résultat n’affectera en rien le statut de l’actuel président, Abdullah Gul, qui a été élu par les députés en août dernier pour un mandat de 7 ans. C’est son successeur qui sera choisi directement par le peuple en 2014.

A la veille du scrutin, le Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), au pouvoir et qui est à l’initiative des réformes, a fait campagne pour un « oui » massif, tandis que l’opposition appelait les électeurs soit à voter « non », soit à s’abstenir. La semaine dernière, l’AKP avait fait passer in extremis au Parlement un amendement au projet afin d’éviter une éventuelle contestation juridique de la validité du mandat de sept ans de l’actuel président turc, Abdullah Gul. Selon des juristes, la formulation de l’une des dispositions du projet aurait, en effet, imposé au président, élu en août par les députés, de se présenter au vote populaire dans un délai de 40 jours. L’article en question déclarait que le onzième président serait élu par le peuple. Or, M. Gul est déjà le onzième président turc.

A l’heure actuelle, une seule menace demeure à craindre, celle de la réaction de l’armée, farouche gardienne de la laïcité dans le pays. Laissera-t-elle le courant islamiste se renforcer d’un jour à l’autre au détriment de la laïcité ? Déjà, elle a promis de n’intervenir qu’au cas où les islamistes tenteraient d’imposer par la force leur idéologie islamiste au peuple. A présent, les militaires se contentent de suivre de très près les agissements des islamistes et de leur lancer des mises en garde.

Maha Al-Cherbini

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