Al-Ahram Hebdo,Monde | Une alliance à multiples inconnues
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Pakistan. L’accord sur le partage du pouvoir entre le président Pervez Musharraf et Benazir Bhutto est en difficulté après l’attentat sanglant de la semaine dernière.

Une alliance à multiples inconnues  

La situation politique au Pakistan s’enlise de plus en plus. Alors que l’arrivée au pays de l’ex-premier ministre, Benazir Bhutto, exilée il y a 8 ans, dans le but de soutenir Musharraf lors des législatives de janvier, constituait une bouée de sauvetage pour le président Pervez Musharraf, son retour a été endeuillé suite à un attentat effroyable qui avait visé son cortège qui regroupait 250 000 de ses partisans à Karachi (sud). L’attentat, qui a fait plus de 140 morts outre 500 blessés, est considéré comme le plus meurtrier de l’histoire du pays.

Ce carnage a une grave signification politique pour le pays. Selon les analystes, cet attentat va enliser le Pakistan dans une crise d’envergure : « Nous nous dirigeons vers une crise majeure. Ce carnage vise surtout à déstabiliser Musharraf. Certains éléments voyous comme l’armée veulent instaurer un climat d’insécurité pour ne laisser aucun espace aux partis politiques de s’entendre », commente Moonis Ahmar, professeur des relations internationales à Karachi. En fait, d’aucuns voient d’un très mauvais œil l’accord de partage du pouvoir que négocient il y a plusieurs mois Musharraf et Bhutto, avec le soutien des Américains. Outre les islamistes, le retour de Bhutto dérange l’armée qui craint que cette dernière, une fois nommée chef de gouvernement, ne tente de démanteler le pouvoir de l’armée dans le pays.

L’attentat est venu rappeler les dangers d’une alliance Musharraf-Bhutto. A n’en pas douter, cette alliance serait soutenue par une frange conséquente de la population la plus « occidentalisée » mais elle est déjà très mal perçue par une part de plus en plus importante des 160 millions de musulmans de cette République islamique du Pakistan, même les plus modérés, qui considèrent que la « guerre de Bush » contre les islamistes n’est pas la leur : ils ont eu récemment à en subir les dégâts collatéraux, puisqu’une vague d’attentats suicide sans précédent a fait plus de 300 morts dans tout le pays en trois mois, et qu’Ossama bin Laden a déclaré lui-même la « guerre sainte » à M. Musharraf, le « chien des Etats-Unis » selon Al-Qaëda. Shafqat Mahmood, analyste politique et éditorialiste au quotidien Dayly News, estime même, lui, qu’une telle alliance renforcerait les partis fondamentalistes, représentés au Parlement, qui rêvent de prendre le contrôle de cette puissance nucléaire de 160 millions de musulmans. « Nos amis américains pensent qu’en plaçant Musharraf et Bhutto ensemble au pouvoir, cela formerait une équipe de rêve, mais cette Dream Team ne peut pas éradiquer le terrorisme car ils sont tous deux hostiles au religieux », a averti l’expert.

En outre, dans leurs deux partis, des voix s’élèvent pour critiquer leurs leaders. Dans le camp Bhutto, certains évoquent la « trahison » de l’ancienne antimilitariste forcenée des années 1990, dans un pays qui a vécu plus de la moitié de ses 60 ans d’existence sous la férule des généraux putschistes, et qui pactise aujourd’hui avec le « diable ». Et dans le camp Musharraf, nombre d’élus et d’officiers rejettent l’alliance avec Mme Bhutto, qui risque de leur faire perdre leurs sièges pour les premiers, leur énorme pouvoir pour les seconds.

Selon l’expert et éditorialiste Shafqat Mahmoud, le maintien de l’alliance Bhutto-Musharraf ne fera qu’exacerber la colère des islamistes qui tenteront toujours de déstabiliser le pays. Surtout que Mme Bhutto avait promis, à plusieurs reprises, d’éradiquer la menace islamiste qui ronge le pays, allant jusqu’à proposer une intervention militaire américaine dans les zones tribales où se trouvent les Talibans.

Les difficultés d’une éventuelle alliance entre Musharraf et Mme Bhutto mettent dans l’embarras les Etats-Unis, qui espéraient que cette alliance apporte la stabilité chez leur allié pakistanais et l’aide notamment dans son combat contre l’islamisme et le terrorisme.

Depuis juillet, les deux camps négocient une alliance qui permettrait à leurs deux partis de remporter les élections : le général Musharraf, qui a pris le pouvoir par un coup d’Etat sans effusion de sang il y a huit ans mais dont la popularité est en chute libre depuis six mois, resterait président et Mme Bhutto redeviendrait premier ministre. Et l’Administration Bush soutient de manière à peine voilée le ticket Musharraf-Bhutto. Le général-président est l’« allié-clé » des Etats-Unis dans leur « guerre contre le terrorisme » depuis 2001 d’autant plus que Washington est persuadé qu’Al-Qaëda et les Talibans afghans ont reconstitué leurs forces dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, frontalières avec l’Afghanistan, soutenus par des tribus pakistanaises fondamentalistes.

Maha Al-Cherbini

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