Al-Ahram Hebdo,Arts | Verve et images fortes
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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Arts

Festival du nouveau cinéma. Fidèle à sa vocation, la 36e édition, qui s’est achevée à Montréal le 21 octobre, a fidélisé le public avec ses cinéastes fétiches, et lui a proposé la découverte de nouveaux talents.

Verve et images fortes

La projection du film Redacted (acte sanglant, Etats-Unis 2007) de Brian de Palma dans la section « Présentation spéciale » du festival a annoncé les couleurs de celui-ci, où la question humaine occupe une place centrale. Auréolé du Lion d’argent au dernier Festival de Venise, le film nous éclaire sur les « dommages collatéraux » causés par l’occupation militaire américaine de l’Iraq. C’est une fiction-choc qui vaut le détour. Décrit comme un « documentaire fictionnel » par De Palma qui l’a écrit et réalisé, le film revient sur la mort, en mars 2006 à Mahmoudiya, de Abeer Qasim Hamza, violée et assassinée à 14 ans par des soldats américains.

Adoptant la forme d’un journal vidéo, il plonge sans concessions dans l’univers mental faible des soldats américains sans expérience et l’escalade de la peur qui les mue en tortionnaires. Plantés comme des pions exotiques dans les postes de contrôle d’une zone militaire américaine séparée par un barrage du reste de la ville de Samaraa, où les habitants sont réduits au mutisme, les soldats ne manquent pas de tirer à vue sur la première voiture qui accélère. A partir de ce décor de désolation, où la prééminence américaine est évidente, De Palma explore le cheminement psychologique qui conduit voire autorise ces soldats à commettre des actes horribles.

La question leitmotiv du film est : pourquoi ne pas arrêter la guerre, alors qu’elle est injustifiée ? Inévitablement la tension monte dans les camps américains où les soldats méconnaissent leurs objectifs. Ils n’ont d’autre mission que d’agresser des civils innocents qui traversent le barrage, se rendant d’un bout à l’autre de la ville. Cette violence démotivée et cumulée à la longue doit trouver inévitablement une voie de dépense énergétique. Flake et son camarade Rush assaillent une maison iraqienne, dans la nuit, tuent ses habitants et brûlent le corps d’une adolescente après l’avoir cruellement violée. Peut-on aller aussi loin dans l’horreur ? L’auteur démystifie ici l’argument de « l’élimination des armes de destruction massive » qui fonde l’invasion américaine de l’Iraq en l’opposant à la vérité historique. « Nous ne sommes là que pour tuer, avoue sur un ton désemparé le soldat Mc Coy qui a témoigné du viol de l’adolescente iraqienne. Les Iraqiens ne veulent pas de nous ». Sur cette vérité lâchée comme un coup de canon, De Palma achève son film en exposant des images d’archives de victimes iraqiennes. Ce prisme pertinent, cette configuration de la tragédie iraqienne aident à mieux ordonner le présent, et à construire un avenir pacifique et humain.

L’Iran s’adresse aux femmes

Par ailleurs, deux films iraniens de la sélection ont été remarquables pour leur message s’adressant à toutes les femmes aspirant à la liberté et à l’émancipation. Le premier Buddha Collapsed Out of Shame (la chute sans honte de Bouddha) de Hana Makhmalbaf, présenté en compétition, raconte l’histoire d’une fille de six ans, Baktay qui, s’armant de ses maigres moyens, un cahier et un rouge à lèvres emprunté à sa mère, apprend à naviguer entre tabous et masculinité condescendante dans l’Afghanistan marqué par la guerre. Conciliée avec son identité de petite belle femme, elle affronte des revers avant d’intégrer l’univers scolaire. Benjamine du clan Makhmalbaf, Hana après avoir travaillé aux films de son père et de sa sœur Samira, signe ici son premier long métrage captivant. Le second film, cette fois d’animation, Persepolis de Marjane Satrapi, projeté dans la section « Panorama international », et porté par un remarquable trio vocal, Chiara Mastroiani, Catherine Deneuve et Danielle Darieux, raconte dans un savant mélange de gravité et de légèreté les tribulations d’une jeune Iranienne rebelle dans une société qui en opprime les droits. Bien qu’il soit d’animation, le film a su séduire les spectateurs par un récit corseté, alternant rebondissements et affects dans un graphisme presque rudimentaire.

Des préoccupations contemporaines ont alimenté, d’autre part, deux films arabes : La Maison jaune de Amor Hakkar (France-Algérie, 2007) et I Love Hip-Hop in Morocco de Joshua Asen (Maroc-Etats Unis, 2007). Le premier en compétition, revient sur les émotions ressenties au deuil d’un fils, dans l’univers paysan des montagnes d’Aurès. Avec une pudeur inaltérable, l’auteur-protagoniste du film, Hakkar, filme la vie qui respire toujours au-delà de la douleur d’une mère qui pleure son enfant. Dans une gamme moderniste, I Love Hip-Hop in Morocco explore une mouvance artistique (rapeurs DJ, graffitis, danseurs) qui se déforme et se reforme loin de l’Amérique dans une société réputée conservatrice, antinomique aux expressions de danse et de spectacle dites improductives. On y a eu droit à l’excellente performance du pionnier du rap marocain DJ Key et aux populaires « breackdanceurs ». Le tout dans un boom réjouissant. Dans une satire kafkaïenne de notre monde hypermédiatisé, que transcrit son héros basculant dans les fantasmes et l’irrationnel, le grand cinéaste québécois, Dennys Arcand, nous a fait vivre aussi un moment exceptionnel avec la projection de son film L’Age des ténèbres. Ainsi, par leurs jeux de correspondances, les films de la sélection du Festival du Nouveau cinéma nous ont aidés à mieux comprendre le monde et à aimer le cinéma.

Amina Hassan

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