Festival du nouveau cinéma.
Fidèle à sa vocation, la 36e édition, qui s’est achevée à
Montréal le 21 octobre, a fidélisé le public avec ses
cinéastes fétiches, et lui a proposé la découverte de
nouveaux talents.
Verve et images fortes
La
projection du film Redacted (acte sanglant, Etats-Unis 2007)
de Brian de Palma dans la section « Présentation spéciale »
du festival a annoncé les couleurs de celui-ci, où la
question humaine occupe une place centrale. Auréolé du Lion
d’argent au dernier Festival de Venise, le film nous éclaire
sur les « dommages collatéraux » causés par l’occupation
militaire américaine de l’Iraq. C’est une fiction-choc qui
vaut le détour. Décrit comme un « documentaire fictionnel »
par De Palma qui l’a écrit et réalisé, le film revient sur
la mort, en mars 2006 à Mahmoudiya, de Abeer Qasim Hamza,
violée et assassinée à 14 ans par des soldats américains.
Adoptant la forme d’un journal vidéo, il plonge sans
concessions dans l’univers mental faible des soldats
américains sans expérience et l’escalade de la peur qui les
mue en tortionnaires. Plantés comme des pions exotiques dans
les postes de contrôle d’une zone militaire américaine
séparée par un barrage du reste de la ville de Samaraa, où
les habitants sont réduits au mutisme, les soldats ne
manquent pas de tirer à vue sur la première voiture qui
accélère. A partir de ce décor de désolation, où la
prééminence américaine est évidente, De Palma explore le
cheminement psychologique qui conduit voire autorise ces
soldats à commettre des actes horribles.
La question leitmotiv du film est : pourquoi ne pas arrêter
la guerre, alors qu’elle est injustifiée ? Inévitablement la
tension monte dans les camps américains où les soldats
méconnaissent leurs objectifs. Ils n’ont d’autre mission que
d’agresser des civils innocents qui traversent le barrage,
se rendant d’un bout à l’autre de la ville. Cette violence
démotivée et cumulée à la longue doit trouver inévitablement
une voie de dépense énergétique. Flake et son camarade Rush
assaillent une maison iraqienne, dans la nuit, tuent ses
habitants et brûlent le corps d’une adolescente après
l’avoir cruellement violée. Peut-on aller aussi loin dans
l’horreur ? L’auteur démystifie ici l’argument de «
l’élimination des armes de destruction massive » qui fonde
l’invasion américaine de l’Iraq en l’opposant à la vérité
historique. « Nous ne sommes là que pour tuer, avoue sur un
ton désemparé le soldat Mc Coy qui a témoigné du viol de
l’adolescente iraqienne. Les Iraqiens ne veulent pas de nous
». Sur cette vérité lâchée comme un coup de canon, De Palma
achève son film en exposant des images d’archives de
victimes iraqiennes. Ce prisme pertinent, cette
configuration de la tragédie iraqienne aident à mieux
ordonner le présent, et à construire un avenir pacifique et
humain.
L’Iran s’adresse aux femmes
Par
ailleurs, deux films iraniens de la sélection ont été
remarquables pour leur message s’adressant à toutes les
femmes aspirant à la liberté et à l’émancipation. Le premier
Buddha Collapsed Out of Shame (la chute sans honte de
Bouddha) de Hana Makhmalbaf, présenté en compétition,
raconte l’histoire d’une fille de six ans, Baktay qui,
s’armant de ses maigres moyens, un cahier et un rouge à
lèvres emprunté à sa mère, apprend à naviguer entre tabous
et masculinité condescendante dans l’Afghanistan marqué par
la guerre. Conciliée avec son identité de petite belle
femme, elle affronte des revers avant d’intégrer l’univers
scolaire. Benjamine du clan Makhmalbaf, Hana après avoir
travaillé aux films de son père et de sa sœur Samira, signe
ici son premier long métrage captivant. Le second film,
cette fois d’animation, Persepolis de Marjane Satrapi,
projeté dans la section « Panorama international », et porté
par un remarquable trio vocal, Chiara Mastroiani, Catherine
Deneuve et Danielle Darieux, raconte dans un savant mélange
de gravité et de légèreté les tribulations d’une jeune
Iranienne rebelle dans une société qui en opprime les
droits. Bien qu’il soit d’animation, le film a su séduire
les spectateurs par un récit corseté, alternant
rebondissements et affects dans un graphisme presque
rudimentaire.
Des préoccupations contemporaines ont alimenté, d’autre
part, deux films arabes : La Maison jaune de Amor Hakkar (France-Algérie,
2007) et I Love Hip-Hop in Morocco de Joshua Asen (Maroc-Etats
Unis, 2007). Le premier en compétition, revient sur les
émotions ressenties au deuil d’un fils, dans l’univers
paysan des montagnes d’Aurès. Avec une pudeur inaltérable,
l’auteur-protagoniste du film, Hakkar, filme la vie qui
respire toujours au-delà de la douleur d’une mère qui pleure
son enfant. Dans une gamme moderniste, I Love Hip-Hop in
Morocco explore une mouvance artistique (rapeurs DJ,
graffitis, danseurs) qui se déforme et se reforme loin de
l’Amérique dans une société réputée conservatrice,
antinomique aux expressions de danse et de spectacle dites
improductives. On y a eu droit à l’excellente performance du
pionnier du rap marocain DJ Key et aux populaires «
breackdanceurs ». Le tout dans un boom réjouissant. Dans une
satire kafkaïenne de notre monde hypermédiatisé, que
transcrit son héros basculant dans les fantasmes et
l’irrationnel, le grand cinéaste québécois, Dennys Arcand,
nous a fait vivre aussi un moment exceptionnel avec la
projection de son film L’Age des ténèbres. Ainsi, par leurs
jeux de correspondances, les films de la sélection du
Festival du Nouveau cinéma nous ont aidés à mieux comprendre
le monde et à aimer le cinéma.
Amina
Hassan