Exposition.
Le musée du Quai Branly, à Paris, accueille Diaspora, une
exposition regroupant des artistes aux appartenances
culturelles multiples. Un joyau des arts premiers au cœur de
l’Europe.
Cultures d’ailleurs
Il
est rare qu’un musée puisse conquérir le public dès le 1er
jour de son ouverture comme le musée Branly, inauguré en
juin 2006. Voulu ardemment par l’ex-président français
Jacques Chirac, le Musée des arts premiers (non pas
primitifs, considérés comme péjoratifs aux yeux de certains
amoureux de la préhistoire) offre au public une très
touchante exposition sur la diaspora où des artistes, toutes
disciplines confondues, du monde entier viennent s’exprimer
sur le thème sensible de la diaspora.
Le cinéaste égyptien, Yousri
Nasrallah, y est d’ailleurs
présent avec une intrigante œuvre sur le lac Nasser, rendant
hommage à tous ces Nubiens qui autrefois ont « bien voulu »
sacrifier leur terre ancestrale et leurs maisons pour le
bien de tous. Son œuvre intitulée, Le Fond du lac, propose
au visiteur de plonger dans une pièce, sorte d’aquarium,
avec une entrée et cinq surfaces sur lesquelles sont
projetées les images de l’installation. On voit l’immensité
de ce lac artificiel de 500 km de longueur, depuis un bateau
qui avance vers un horizon lointain. Des jeunes Nubiens
nagent et lavent leurs linges dans le lac. D’autres, dont le
visage est saisi dans des portraits assez serrés, sont sur
le bateau. En regardant le sol, le visiteur s’aperçoit qu’il
est au-dessus d’une maison nubienne ! Chaque mot qu’il
prononce dans cette pièce est capté par des micros et lui ai
renvoyé !
Stéphane Martin, président du musée du Quai Branly, nous a
reçus pour donner une idée exacte sur la philosophie
derrière cet établissement à multiples facettes et sur le
succès de la manifestation consacrée au thème de la
diaspora.
Passionné jusqu’au bout de ses doigts par les arts premiers,
Stéphane Martin étale dès la première
seconde son savoir et sa passion sans jamais perdre le fil
presque idéologique de son établissement.
Il explique : « Avec l’exposition Diaspora, nous voulions
présenter une image optimiste, voire raffinée de ce thème
sensible. Quelque chose loin du discours du misérabiliste
habituel lié à ce thème ».
Martin, qui ne peut parler sans avoir à la main le catalogue
d’une exposition ou l’encyclopédie d’un thème relatif à sa
passion, a tenu que cette exposition reçoive des artistes
nouveaux, et surtout pas ceux que l’on invite à chaque fois.
Il souhaite donner au public un musée sans fantasme. « Notre
musée, dit-il, n’est pas érigé à la gloire d’une idéologie
ou d’une culture, il est fait pour qu’il soit un musée pour
des usagers et non pas des visiteurs autrement dit, un musée
qui rend des services tant aux visiteurs qu’aux chercheurs
».
Il est évident que le musée Branly arrive au juste moment où
le rôle des cultures populaires est à la mode. C’est sans
doute un nouvel ancrage culturel de la France dans les
cultures qui viennent d’ailleurs et c’est tant mieux au
moins pour contredire ceux qui nous parlent encore de chocs
de cultures.
Ahmad
Youssef