Danse-théâtre.
La compagnie espagnole Dani Pannullo se produit à l’Opéra du
Caire, avec Desordances 3. Une mise en scène imprégnée
d’urbanité.
Gestuelle des villes
Une
mélodie orientale, l’un des danseurs se redresse et
s’exprime … Il emprunte ses mouvements à la gymnastique, à
la danse soufie et à d’autres danses égyptiennes ... Des
jeunes dansent le break, le hip-hop, le butoh japonais et
s’inspirent des mouvements des derviches tourneurs. Un
amalgame de danses prend ainsi forme, à mi-chemin entre le
folklore égyptien et les tendances urbaines européennes,
dans Desordances 3. C’est la récente production de la
compagnie de Dani Pannullo, qui se donne au Caire les 25 et
27 octobre, puis à Madrid au mois de novembre.
Lors de son séjour en Egypte l’an dernier, à l’occasion du
Festival de la danse contemporaine, Pannullo, le chorégraphe
d’origine argentine enseignant la danse au Centro de Nuevos
Creadores de Madrid, a été fasciné par le monde des
derviches tourneurs et des danses folkloriques égyptiennes.
Il a retrouvé une certaine ressemblance entre ces danses
égyptiennes et celles espagnoles. Une raison pour laquelle
il a dû revenir au Caire pour puiser dans le monde des
soufis et de la vie cairote. Car il croit à la force du
dialogue des corps en mouvement. Il dépasse les barrières de
la langue, de la religion, des frontières, et présente sa
propre langue de danse.
Les danseurs sur les planches traduisent leurs propres
émotions. Ils incarnent les impulsions dictées par leurs
corps épris de danse. C’est là les mouvements désordonnés ou
Desordances, intitulé d’une série de spectacles interprétés
par la compagnie depuis 2005. « J’essaye d’arriver aux
talents des danseurs, de leur donner la liberté et les aider
à s’exprimer grâce à leurs corps », aime déclarer Dani
Pannullo. Chaque spectacle est le résultat de plusieurs
séances d’improvisation des danseurs sous la surveillance de
Pannullo qui a fondé sa compagnie en 1999 afin d’introduire
en Espagne un nouveau concept du spectacle : le théâtre
hip-hop. Pannullo recherche dans ses créations artistiques à
mettre en évidence les variétés de la danse urbaine. Ainsi
les genres se mêlent-ils : la gymnastique rythmique, les
arts du cirque, l’acrobatie, le hip-hop, le break-danse, la
danse classique, contemporaine, le tango, le butoh, les
danses indiennes ou soufies …
Desordances 1 fut un spectacle basé sur l’album Programmatic
Songs for the Animals of the Chineese Zodiac de Sufjan
Stevens. Dans cette première édition, Pannullo a puisé dans
les différentes formes de danses contemporaines aussi bien
que dans le monde du mysticisme pour donner naissance
ensuite à une danse de liberté.
En novembre 2006, ce fut Desordances 2 : un hommage à la
musique noire du XXe siècle et à son influence dans la
culture contemporaine. S’ajoutent alors aux différentes
formes de danse urbaine jouées sur scène les Dance Hall,
culture Boys, Krumping (nouvelle forme de Street-Dance
apparue à Los Angeles suite aux émeutes raciales provoquées
à l’issue du procès de Rodney King).
Avec Desordances 3, la musique orientale et la culture
égyptienne sont de mise. Le spectacle traduit plutôt un
concept philosophique de « diffusion de cultures » selon les
termes de Pannullo. On réussit à communiquer tout simplement
à travers les nouvelles et jeunes créations de la danse
urbaine, la danse d’aujourd’hui.
May
Sélim