Ancien ministre palestinien de l’Information,
Moustapha Al-Barghouthi
évoque les carences de la prochaine conférence de paix, qui
doit se tenir en novembre, et les possibilités de dialogue
entre le Fatah et le Hamas.
« La conférence de paix n’est qu’une chimère »
Al-Ahram Hebdo : Une conférence internationale sur la paix
au Proche-Orient doit se tenir en novembre aux Etats-Unis.
Qu’attendent les Palestiniens de cette rencontre dont les
contours et les objectifs restent flous ?
Moustapha Al-Barghouthi :
Les Palestiniens n’attendent pas grand-chose de cette
réunion. Car il ne s’agira pas d’une conférence, mais tout
juste d’une réunion. On se détourne de l’idée d’une vraie
conférence internationale, ayant pour piliers fondamentaux
les résolutions des Nations-Unies, la légitimité et le droit
international. Malheureusement, il n’est pas encore clair
pour nous quels seront les textes de référence qui seront
adoptés dans cette réunion et à quoi exactement on veut
aboutir par sa tenue. Nous sommes très inquiets des
tentatives de détournement du droit international et des
résolutions des Nations-Unies concernant la cause
palestinienne et nous craignons l’imposition d’un accord à
un moment où le côté palestinien est extrêmement affaibli.
Tout cela a été pour nous très visible lors des rencontres
entre représentants israéliens et palestiniens. Israël est
en train d’attiser et de profiter des actuelles divisions
pitoyables dans les rangs palestiniens. Et il n’existe aucun
indice indiquant que cette réunion peut apporter quoi que ce
soit.
Or, il existe trois indices montrant qu’Israël a dès
maintenant avorté toute possibilité d’aboutir à un
dénouement acceptable pendant cette réunion. Il y a,
d’abord, les déclarations des responsables israéliens. Le
premier ministre Ehud Olmert a déclaré récemment qu’une
période de 20 à 30 ans est nécessaire pour parvenir à une
solution définitive. Lui et sa ministre des Affaires
étrangères, Tzipi Livni, répètent à l’envi qu’il faut
reporter toute discussion sur les dossiers liés à une
solution définitive du problème israélo-palestinien.
Ensuite, il y a le fait qu’Israël envahit les territoires
palestiniens en moyenne 20 fois par semaine. Enfin, je
relève l’annonce israélienne très dangereuse déclarant la
bande de Gaza « entité hostile ». Cela veut dire en d’autre
termes qu’il y aura un renforcement de la séparation entre
la Cisjordanie et la bande de Gaza et, par la suite, la
destruction de l’idée même d’un Etat palestinien
indépendant. Nous pensons qu’Israël n’est pas un partenaire
sérieux pour la réalisation de la paix. Les Israéliens
veulent seulement gagner du temps et tromper l’opinion
mondiale, alors que sur le terrain, ils ne cessent de
renforcer leurs projets d’occupation.
— Mais ne pensez-vous pas que l’actuelle tournée au
Proche-Orient de la secrétaire d’Etat américaine,
Condoleezza Rice, peut apporter une note d’optimisme à ce
sombre tableau ?
— Comment peut-on parler d’optimisme alors qu’Israël reçoit
Condoleezza Rice avec l’annonce de la confiscation de 110
hectares de terres palestiniennes près de Jérusalem ? En
même temps, Israël détruit sur le terrain toute possibilité
de continuité géographique entre les différentes régions
palestiniennes. Dans la réalité et à travers ses pratiques,
Israël est en train de détruire la viabilité d’un Etat
palestinien et, par conséquent, toute possibilité de paix.
C’est pour contrer ces politiques israéliennes que nous
avons demandé à l’Autorité palestinienne de poser trois
conditions à sa participation à la réunion de novembre. La
première est qu’Israël cesse immédiatement ses travaux de
construction de colonies. La deuxième est qu’il arrête la
construction du mur raciste de l’Apartheid. La troisième
condition est qu’il revienne sur sa décision de traiter la
bande de Gaza comme une « entité hostile ».
— Mais ne pensez-vous pas que les Palestiniens, par la
division entre le Fatah et le Hamas, facilitent la tâche de
l’Etat hébreu, et qu’il leur faut d’abord s’entendre sur une
position commune concernant un règlement de la question
palestinienne ?
— La situation interne a connu ces derniers jours une
évolution positive, car pour la première fois depuis les
pitoyables événements de juin dernier dans la bande de Gaza,
nous avons pu réunir autour d’une même table des
représentants du Fatah et du Hamas. Ceci a eu lieu lors
d’une cérémonie d’hommage à la mémoire de l’éminente figure
de la lutte nationale palestinienne, Haïdar Abdel-Chafi.
Nous nous sommes réjouis de cette rencontre, car elle a
brisé la glace qui était en train de se créer. Nous
poursuivons nos efforts et œuvrons dans le sens du
recouvrement de notre unité nationale, car nous ne pouvons
pas concevoir la Palestine autrement. Certains ont peut-être
eu l’illusion qu’il serait possible de parvenir
unilatéralement — de la part de l’Autorité palestinienne — à
des accords avec Israël. J’ai l’impression que ces illusions
commencent à se dissiper maintenant et que les parties
palestiniennes sont en train de retrouver leur lucidité et
leur capacité de discernement. Et c’est aussi à cause de
cela que nous espérons que l’Autorité palestinienne
acceptera les propositions que nous lui avons faites
concernant les conditions de sa participation à la réunion
de cet automne.
— Vous présidez l’« Initiatine nationale palestienne », une
association qui lutte contre l’occupation israélienne. La
société civile palestinienne, dont vous êtes l’un des
porte-parole, ne doit-elle pas jouer un rôle pour rapprocher
le Fatah et le Hamas et contribuer ainsi à retrouver l’unité
nationale ?
— Nous avons déjà annoncé une « Initiative de salut national
» et engageons un dialogue continu avec toutes les parties
pour la mettre en pratique. Cette initiative est formée d’un
certain nombre de points et demandes que les parties doivent
respecter. La première est l’arrêt immédiat des campagnes
médiatiques que les parties mènent les unes contre les
autres. Le deuxième point est l’élaboration d’une charte
commune et provisoire de référence que doivent approuver
toutes les parties. Le troisième point est la dissolution
des deux gouvernements actuellement en place dans la bande
de Gaza et en Cisjordanie, et la constitution d’un
gouvernement indépendant et transitoire approuvé par toutes
les parties et qui pourra agir en vue d’unifier à nouveau la
Cisjordanie et la bande de Gaza des points de vue politique
et administratif. Enfin, nous avons proposé une réforme des
appareils sécuritaires en éliminant l’aspect d’affiliation
aux partis politiques. Nous avons des conceptions claires
sur la stratégie devant être adoptée par le peuple
palestinien et essayons de la présenter à toutes les parties
concernées. Mais il faut aussi dire qu’Israël et certaines
parties de la communauté internationale exercent des
pressions sur l’Autorité palestinienne pour qu’elle ne
reprenne pas le dialogue avec les autres factions de
l’échiquier politique palestinien, et c’est aussi pour cette
raison que nous devons redoubler nos efforts de médiation.
J’ai l’impression que lorsque les parties palestiniennes
découvriront que la réunion de cet automne n’est qu’une
chimère, cela nous aidera à les convaincre de la nécessité
d’un retour au dialogue national .
Propos recueillis par
Randa Achmawi