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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Société

Portraits

Chérif, candidat PND 2008

« Je n’ai pas eu honte de révéler mon appartenance au PND à mon entourage. L’opposition n’a pas le monopole du patriotisme ». Chérif Abdel-Salam, 32 ans, est ingénieur dans une entreprise de technologies de l’information (IT). Son choix d’adhérer au Parti national démocrate (au pouvoir) a beaucoup étonné son entourage. C’est en 2003, lors de la formation du nouveau gouvernement qu’il a senti un esprit de réforme souffler sur ce parti. Il a choisi la circonscription Zeitoun, où il est né, pour présenter sa candidature. Il a été ravi de constater que Zakariya Azmi était le représentant de cette circonscription. « J’ai toujours été fasciné par sa façon de lutter contre la corruption des hauts responsables, alors même qu’il était membre du gouvernement ». Projetant son image sur celle de son héros, Chérif ne nie pas son ambition de devenir un jour représentant de cette circonscription. Il a l’intention de présenter sa candidature en 2008 lors des élections municipales. Il s’y prépare déjà, en participant à toutes les activités organisées par son parti : campagnes de vaccinations, excursions à prix réduits pour les jeunes étudiants, l’aide à la recherche d’emploi pour les jeunes diplômés de sa circonscription. Dans le camp du PND on est loin de l’esprit de militantisme. Ici, c’est l’ascension sociale et les privilèges.

Lors des élections parlementaires, Chérif se rend dans les maisons pour inciter les habitants de son quartier à voter pour les candidats du PND. Lorsqu’il s’exprime, on a l’impression d’entendre un représentant officiel du gouvernement. Pas un mot de trop ne s’échappe de la bouche de Chérif. Il garde même les titres « docteur Safwat Al-Chérif, docteur Zakariya Azmi » pour citer les cadres du parti.

Pourtant, il admet que l’Etat a encore de nombreux efforts à faire pour changer son image et regagner la confiance du peuple. Il souligne avec fierté que les jeunes du PND représentent au moins 80 % du total des jeunes adhérants dans les partis égyptiens. Dans le seul quartier de Zeitoun, 3 000 jeunes sont inscrits sur les listes de ce parti. Selon lui, ce succès est dû principalement à la médiocrité des autres partis qu’il qualifient de « partis à journaux », puisque leur activité se résume à la publication de journaux exprimant leurs idées. Il ajoute que les Frères musulmans, alors qu’ils sont interdits et ont donc plus de difficultés à atteindre les gens, sont bien plus influents sur la scène politique que les partis d’opposition autorisés. « Ce sont des gens qui travaillent vraiment, pas comme ceux de l’opposition qui sont là pour le spectacle ».

Il explique que les forces en présence sont très inégales : potentiellement, le PND a le plus grand nombre de jeunes adhérants. « Pourtant, les Frères musulmans ont un pouvoir d’influence indéniable : si leur nombre est estimé à un million de membres, les jeunes y sont surreprésentés (75 % du total), ce qui fait des Frères un mouvement populaire et très influent à la fois. Ainsi, la scène politique se trouve-t-elle de fait divisée en deux forces : PND et Frères musulmans qui se partagent l’espace public et essaient d’attirer le plus de gens possible. Pour les jeunes, le choix se résume souvent à ces deux principales forces. Résultat : Il ne reste quasiment rien aux partis d’opposition » .

 

Magdi et l’empreinte des Frères

C’est à travers son blog que Magdi Saad diffuse ses idées. Il se définit lui-même comme « un Egyptien, membre des Frères musulmans, qui aime les gens cultivés, ceux qui partagent sa religion, ses idées, sa couleur, sa nationalité, mais j’aime aussi ceux qui sont différents de moi. Ce qui veut dire que j’aime tout le monde ». Yalla mech mohem (de toute façon ce n’est pas important), tel est le nom de son blog. C’est dans le quartier populaire de Sayeda Zeinab qu’il est né, et dans la mosquée d’Ahmad Ibn Idriss il a eu pour la première fois un contact avec les Frères. Cette rencontre a bouleversé sa vie. Il a été fasciné presque immédiatement par leurs idées : « Leur transparence, leur intégrité, leur crédibilité et le soutien énorme qu’ils apportent à ceux qui deviennent membres de leur confrérie : il suffit que l’un de nous soit mis en prison pour que les autres lui rendent visite, soutiennent sa famille et lui trouvent un avocat ». Magdi lui-même est en charge de la formation politique des jeunes étudiants qui souhaitent vivre leur engagement politique au sein de leur université.

 « Bien sûr, nos candidats sont systématiquement éliminés des élections estudiantines, mais nous essayons de trouver d’autres moyens pour atteindre les jeunes ».

Avec le temps, le mouvement s’est accoutumé à ces pressions, et s’adapte très rapidement aux nouvelles mesures pour le contrer : « Dès qu’on resserre l’étau sur un de nos champs d’action, on se renforce instantanément dans un autre ». Magdi a ainsi perdu son travail en sortant de prison en mars dernier. Il travaillait dans une société de marketing dont 25 employés sur 250 étaient membres de la confrérie. Le propriétaire a reçu des menaces de voir son entreprise fermée s’il ne se débarrassait pas de cette partie de son personnel.

A 22 ans, Magdi est envoyé en prison pour la première fois alors qu’il assistait à un camp d’étudiants à Alexandrie : « Nous avons loué des appartements pour organiser nos camps, car il nous est interdit de louer des clubs ou des centres de jeunesse. J’étais le plus âgé », plaisante-t-il. Certains détenus avaient à peine 18 ans. Il reste 6 mois en prison et y passe trois examens. C’est ce parcours qui lui permet d’accéder à son poste actuel auprès des jeunes étudiants. Comme Chérif (lire ci-dessous), Magdi est fier de révéler son appartenance politique. Il a appris au sein de la confrérie à se comporter en ambassadeur de son mouvement, pour « fasciner » ceux qu’il rencontre. Dernièrement, l’université a souvent été le lieu de cristallisation des tensions politiques : manifestations, élections libres. La confrérie a donc décidé de calmer le jeu, et Magdi a droit à 6 mois de « congé », pendant lesquels il peut réfléchir à sa vie et à sa carrière. « Je cherche mon âme sœur, pas forcément une membre des Frères : nous sommes un mouvement ouvert d’esprit et tolérant ».

Magdi, comme chacun de ces jeunes, est convaincu d’avoir choisi « la bonne voie ». Par leur engagement, ils tentent chacun, à sa façon, de redessiner le visage de son pays .

 

Charqawi, contestataire résolu

La surveillance sécuritaire n’a pas empêché la tenue de manifestations par différents mouvements d’opposition. Manifestations d’ailleurs, où le nombre de policiers est souvent 100 fois supérieur à celui des manifestants qui se font malmenés dans tous les sens. C’est dans ce milieu qu’évolue Mohamad Charqawi, un jeune activiste de Kéfaya, fondateur du mouvement Jeunes pour le changement. Ses deux passages en prison et la surveillance constante de sa maison et de ses communications n’ont pas empêché cet homme de 25 ans de continuer à lutter pour ses idées. Les pressions qui s’exercent sur lui prennent des formes multiples : du passage à tabac lors des manifestations aux complications administratives systématiques. Pour autant, Charqawi est bien déterminé à continuer son combat par tous les moyens possibles : web designer dans la maison d’édition Meritt (dont le propriétaire est aussi membre de Kéfaya), il s’illustre en tant qu’un des bloggers les plus lus avec son site freespeakers. Il est également l’auteur de nombreux articles sur les droits de l’homme, qui visent un public au-delà des frontières égyptiennes. Il décrit ses principes en des termes simples : « Je crois en notre droit à choisir ceux qui nous gouvernent, de vivre dans un pays qui nous respecte, d’exprimer librement nos idées, de pratiquer la religion de notre choix. Ce sont des droits que je considère fondamentaux et inaliénables ». Les tortures et le temps passé en prison l’ont renforcé dans son choix et lui ont permis de se découvrir. « Dès mon plus jeune âge, j’ai dû suivre l’éducation azharie imposée par mes parents. A l’âge de 19 ans, j’ai refusé cet enseignement conditionné à la religion ». Il décide de reprendre sa vie en main, et de tracer son propre chemin. Il quitte l’université, puis son village pour venir au Caire faire des études de journalisme, apprendre des langues étrangères. Sa vie prend un nouveau tournant. Rapidement, il se sent attiré par la politique, et participe pour la première fois à une manifestation, à la place Tahrir au lendemain de la guerre en Iraq. « Je me suis trouvé entouré d’activistes de la gauche, des Frères musulmans, des socialistes, des libéraux. Pour moi, c’était ça la liberté ». C’est à partir de ce jour que son engagement se concrétise au sein du mouvement Kéfaya. Il trouve dans la politique une nouvelle raison de vivre. Il ne cache pas sa fierté lorsqu’il nous montre des photos de lui en train de manifester. Sur l’une d’elle, il brandit une pancarte « Liberté pour Charqawi ». « J’ai été très touché que des gens se mobilisent pour ma libération ».

Sur le chemin du militant, Charqawi a puisé sa détermination dans tout un système de lutte et de croyances communes. « En prison, j’ai croisé des gens qui n’avaient pas vu leur famille depuis 25 ans. Je me suis rendu compte que ma peine était légère par rapport à la leur » .

Amira Doss

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