Engagement .
Selon les statistiques, les jeunes représentent à peine 1 %
de l’effectif total des partis. Bien qu’issus d’une
génération faiblement politisée, Abdel-Nasser, Charqawi,
Chérif et Magdi ont choisi d’adhérer. Voici leurs
histoires.
La relève
malgré tout
«
Le Rassemblement c’est ma famille. On peut un jour changer
de parti mais pas de famille », dit Abdel-Nasser Qandil, le
responsable du comité des jeunes au sein du parti du
Rassemblement unioniste et progressiste (gauche). Il a 26
ans et a commencé son parcours à l’université, en adhérant
aux Frères musulmans : « J’avais besoin d’un mur derrière
lequel me protéger ». Pour ce jeune villageois d’éducation
conservatrice, la religion était un rempart, face au choc de
la vie universitaire mixte. Il partageait avec les Frères
cette ardeur religieuse, mais il se sentait déjà beaucoup
plus en accord avec les idéaux de la gauche. Il passe par
une période de réflexion pendant laquelle il lit des essais
politiques, des programmes de différents partis. Avant la
fin de ses études, sa décision est prise, ce sera le parti
du Rassemblement. Mais il ne cache pas son attachement à la
religion. « Ici, on m’appelle le représentant des Frères
musulmans au parti du Rassemblement », ironise-t-il.
Abdel-Nasser a de qui tenir, il a été élevé dans une famille
dont tous les membres étaient des militants du Rassemblement
: son père est le représentant des paysans dans le parti.
Pour les Qandil, la politique n’est pas un choix, c’est un
mode de vie.
Abdel-Nasser tient à ce que ses enfants assistent à toutes
les activités du parti. « Mon fils Seif qui avait à peine 20
jours a assisté à la première conférence du Rassemblement »,
ajoute-t-il fièrement. Pour autant, l’appartenance de
Abdel-Nasser au parti du Rassemblement n’a pas toujours été
une évidence. Ce qui a emporté sa décision, ce sont surtout
les valeurs du parti : justice sociale, liberté, lutte
contre la corruption, éthique, respect de l’autre même dans
les différends politiques, ne pas se perdre dans les
discours inutiles. « Nous ne sommes peut-être pas le parti
le plus influent dans la rue, mais nous sommes sûrement le
plus respecté ». Il se sent conforté dans son choix au fur
et à mesure de son engagement, par les opportunités qui lui
sont offertes. Le parti du Rassemblement investit dans ses
jeunes.
Abdel-Nasser représente le Rassemblement dans des émissions
télévisées discutant du rôle des jeunes dans la vie
politique. « Je me suis trouvé au milieu de membres de
partis politiques d’au moins 50 ans censés représenter les
jeunes ! ». En novembre dernier, le parti lui a offert une
bourse pour aller assister aux élections partielles du
Congrès aux Etats-Unis.
Les principes du Rassemblement, il les applique à tous les
aspects de sa vie. Professeur d’arabe dans une école
publique, il a du mal à arrondir ses fins de mois. Pourtant,
il refuse catégoriquement de donner des cours particuliers
pour ne pas faire de l’éducation une marchandise.
Malgré son enthousiasme, Abdel-Nasser est conscient du
désintérêt des jeunes pour la politique. Il a participé à
l’élaboration d’une étude initiée par sa formation sur la
participation des jeunes dans les partis politiques. Les
chiffres sont sans appel. Dans le parti du Rassemblement,
sur 65 000 membres, on compte seulement 700 jeunes (ayant
moins de 35 ans), tout au plus 1 000 lors des grands
rassemblements. Selon l’étude, les jeunes ne sont pas
éduqués à la démocratie. « Dans les écoles et les
universités, si on ne donne pas l’avis du prof, on risque
d’être recalé », dit Abdel-Nasser qui en a été victime lors
de sa thèse. Il y a aussi toute une vision de l’engagement
politique comme s’il s’agissait d’une activité illégale. Les
risques de finir en prison ou d’être inquiétés pour ses
opinions incitent les jeunes à rester loin de la politique
et de ses embûches. Sous la loi d’urgence, l’engagement
politique est interdit dans les universités, les centres de
jeunesse et les institutions publiques.
Même les partis autorisés sont très surveillés. Il suffit de
jeter un coup d’œil par la fenêtre de Qandil au centre-ville
pour apercevoir sur le trottoir d’en face les agents de
sécurité présents 24 heures sur 24 devant le siège du parti
Al-Ghad dont le président Ayman Nour croupit en prison.
Et ce n’est pas tout. La demande de création de 13 partis
politiques vient d’être rejetée définitivement par l’Etat.
Un rapport de l’organisation des droits de l’homme Human
Rights Watch a réagi sur cette décision appelant le pouvoir
à amender la loi sur les partis politiques en Egypte.