Al-Ahram Hebdo,Société | La relève malgré tout
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Société

Engagement . Selon les statistiques, les jeunes représentent à peine 1 % de l’effectif total des partis. Bien qu’issus d’une génération faiblement politisée, Abdel-Nasser, Charqawi, Chérif et Magdi ont choisi d’adhérer. Voici leurs histoires. 

La relève malgré tout

« Le Rassemblement c’est ma famille. On peut un jour changer de parti mais pas de famille », dit Abdel-Nasser Qandil, le responsable du comité des jeunes au sein du parti du Rassemblement unioniste et progressiste (gauche). Il a 26 ans et a commencé son parcours à l’université, en adhérant aux Frères musulmans : « J’avais besoin d’un mur derrière lequel me protéger ». Pour ce jeune villageois d’éducation conservatrice, la religion était un rempart, face au choc de la vie universitaire mixte. Il partageait avec les Frères cette ardeur religieuse, mais il se sentait déjà beaucoup plus en accord avec les idéaux de la gauche. Il passe par une période de réflexion pendant laquelle il lit des essais politiques, des programmes de différents partis. Avant la fin de ses études, sa décision est prise, ce sera le parti du Rassemblement. Mais il ne cache pas son attachement à la religion. « Ici, on m’appelle le représentant des Frères musulmans au parti du Rassemblement », ironise-t-il.

Abdel-Nasser a de qui tenir, il a été élevé dans une famille dont tous les membres étaient des militants du Rassemblement : son père est le représentant des paysans dans le parti. Pour les Qandil, la politique n’est pas un choix, c’est un mode de vie.

Abdel-Nasser tient à ce que ses enfants assistent à toutes les activités du parti. « Mon fils Seif qui avait à peine 20 jours a assisté à la première conférence du Rassemblement », ajoute-t-il fièrement. Pour autant, l’appartenance de Abdel-Nasser au parti du Rassemblement n’a pas toujours été une évidence. Ce qui a emporté sa décision, ce sont surtout les valeurs du parti : justice sociale, liberté, lutte contre la corruption, éthique, respect de l’autre même dans les différends politiques, ne pas se perdre dans les discours inutiles. « Nous ne sommes peut-être pas le parti le plus influent dans la rue, mais nous sommes sûrement le plus respecté ». Il se sent conforté dans son choix au fur et à mesure de son engagement, par les opportunités qui lui sont offertes. Le parti du Rassemblement investit dans ses jeunes.

Abdel-Nasser représente le Rassemblement dans des émissions télévisées discutant du rôle des jeunes dans la vie politique. « Je me suis trouvé au milieu de membres de partis politiques d’au moins 50 ans censés représenter les jeunes ! ». En novembre dernier, le parti lui a offert une bourse pour aller assister aux élections partielles du Congrès aux Etats-Unis.

Les principes du Rassemblement, il les applique à tous les aspects de sa vie. Professeur d’arabe dans une école publique, il a du mal à arrondir ses fins de mois. Pourtant, il refuse catégoriquement de donner des cours particuliers pour ne pas faire de l’éducation une marchandise.

Malgré son enthousiasme, Abdel-Nasser est conscient du désintérêt des jeunes pour la politique. Il a participé à l’élaboration d’une étude initiée par sa formation sur la participation des jeunes dans les partis politiques. Les chiffres sont sans appel. Dans le parti du Rassemblement, sur 65 000 membres, on compte seulement 700 jeunes (ayant moins de 35 ans), tout au plus 1 000 lors des grands rassemblements. Selon l’étude, les jeunes ne sont pas éduqués à la démocratie. « Dans les écoles et les universités, si on ne donne pas l’avis du prof, on risque d’être recalé », dit Abdel-Nasser qui en a été victime lors de sa thèse. Il y a aussi toute une vision de l’engagement politique comme s’il s’agissait d’une activité illégale. Les risques de finir en prison ou d’être inquiétés pour ses opinions incitent les jeunes à rester loin de la politique et de ses embûches. Sous la loi d’urgence, l’engagement politique est interdit dans les universités, les centres de jeunesse et les institutions publiques.

Même les partis autorisés sont très surveillés. Il suffit de jeter un coup d’œil par la fenêtre de Qandil au centre-ville pour apercevoir sur le trottoir d’en face les agents de sécurité présents 24 heures sur 24 devant le siège du parti Al-Ghad dont le président Ayman Nour croupit en prison.

Et ce n’est pas tout. La demande de création de 13 partis politiques vient d’être rejetée définitivement par l’Etat. Un rapport de l’organisation des droits de l’homme Human Rights Watch a réagi sur cette décision appelant le pouvoir à amender la loi sur les partis politiques en Egypte. 

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