La citoyenneté dans la Constitution
Mohamad Sakrane
Professeur de droit à l’Université de
Aïn-Chams
Dans son message adressé au Parlement et au Conseil
consultatif, le président Moubarak a proposé d’ouvrir la
discussion sur 34 articles sur les 211 de la Constitution.
Et ce, dans l’objectif d’entreprendre les procédures pour
l’amendement de ces articles. Bien que les amendements
proposés ne soient pas à la hauteur des attentes dans cette
phase critique de l’Histoire de la nation, l’on ne peut pas
négliger certains articles que le président a voulu
conserver inchangés. Ces articles concernent la gratuité de
l’enseignement et le taux de représentation de 50 % des
paysans et ouvriers aux élections parlementaires. Et
quelques amendements toucheront les articles concernant la
femme et les moyens de garantir sa participation active dans
la vie parlementaire et politique.
Le point qui mérite une longue pause est celui de la
citoyenneté. A ce propos, le président a été tout à fait
clair. En effet, cette question a connu depuis le début du
premier mandat du président Moubarak (en 1981) une évolution
importante. Une grande partie de penseurs et d’analystes
égyptiens sont unanimes sur le fait que la citoyenneté est
entrée dans la cinquième phase de son évolution dans la
société égyptienne. C’est la phase de récupération.
Les amendements constitutionnels proposés concernant la
question de la citoyenneté sont d’une importance majeure. En
effet, ils donnent de plus en plus d’importance à cette
question qui sera citée dans la Constitution, remplaçant «
la coalition des forces du peuple » par le « principe de
citoyenneté » dans son premier article. Et une troisième
clause sera ajoutée au cinquième article concernant
l’approfondissement de la culture de la citoyenneté. Cette
clause stipule l’interdiction de pratiquer toute activité
politique ou partisane basée sur un principe religieux,
ethnique ou racial, partant du principe que la citoyenneté
et l’unité nationale sont un pur héritage culturel égyptien
et le résultat de la modération, de la tolérance et de la
sagesse par lesquels se caractérise la personnalité
égyptienne. Jamais la société égyptienne n’a connu de
conflits raciaux ou intellectuels qui ont influencé le cours
de la vie publique des Egyptiens. Et les quelques exceptions
n’ont jamais été excessives. Bref, les amendements
constitutionnels proposés concernant la question de la
citoyenneté sont en harmonie avec le caractère égyptien. De
plus, ces amendements semblent avoir profité des conflits
ethniques et raciaux qui se déroulent actuellement autour de
nous et répondent aux nécessités de l’époque contemporaine.
Il faut reconnaître qu’il est très difficile, pour ne pas
dire impossible, de réaliser le principe de citoyenneté,
avec tous les droits, devoirs et responsabilité qu’il
implique en l’absence de démocratie réelle. Et vice-versa.
C’est-à-dire que l’absence d’un des deux éléments provoque
l’absence de l’autre. Comme le disent les intellectuels : il
ne peut y avoir de citoyenneté complète dans un contexte
politique non démocratique. En effet, dans un tel contexte,
les membres de la société ne profitent pas de tous leurs
droits politiques, économiques, sociaux et culturels.
Pour réaliser l’égalité entre tous les citoyens sans aucune
discrimination de croyance, religion, sexe, race, d’origine
ou de classe sociale, il ne suffit pas d’un texte dans la
Constitution. Il faut instaurer une démocratie réelle. Et
avant tout, il faut qu’il y ait une infrastructure
culturelle apte à favoriser l’application effective du
principe d’égalité. C’est la responsabilité de tous dans
tous les domaines, les institutions, les partis et les
courants. En effet, aucun parti ou régime, quelle que soit
sa majorité, ne peut assumer seul cette mission. C’est là le
défi réel dans cette phase cruciale de notre évolution
politique et démocratique.