Al-Ahram Hebdo, Opinion | Les Arabes et la tragédie somalienne
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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Opinion

Les Arabes et la tragédie somalienne

Abdallah Al-Achaal
Politologue

Rien de nouveau s’agissant du statu quo en Somalie, comme dans tout ce monde arabe qui a perdu la boussole et sa capacité de faire une bonne lecture des événements. En d’autres termes, posons-nous la question suivante : quelle est la tragédie que vit actuellement la Somalie et où en est le monde arabe, du moins quelques-uns de ses pays à l’égard de ce dossier ? Ajouterons-nous une nouveauté si nous disons que le monde arabe s’est engagé dans une période que l’on ne peut qualifier que de cancéreuse, d’autant plus qu’il s’est contenté de poursuivre ce que les Etats-Unis ont amorcé ? La crise somalienne n’est en fait qu’un microcosme du monde arabe et un modèle concret des conjonctures qui y règnent.

En bref, le problème en Somalie est que le régime de Siad Barré, allié à Moscou et exerçant une tyrannie à l’intérieur, a connu une chute subite qui a été vue comme une victoire de l’Occident contre les régimes communistes et leurs alliés. La Somalie s’est alors démantelée et sa destinée a été contrôlée par les milices. Bien entendu, les Etats-Unis ont essayé d’intervenir pour imposer leur hégémonie, mais se sont échappés terrifiés après les pratiques atroces contre ses soldats en 1993. Comme si la fuite de Washington a été le prélude à celle de toute la communauté internationale ultérieurement, y compris les Nations-Unies. Ainsi, la Somalie s’est trouvée seule confrontée à son destin obscur.

Entre-temps, la Somalie s’est divisée. Le gouvernement a pris alors les rênes du pouvoir sans oublier les princes de la guerre qui représentaient le visage odieux des crimes et du chaos. Dans un second temps, les tribunaux islamiques ont gouverné, mettant un terme à l’époque des princes de la guerre. Les Tribunaux islamiques ont contrôlé la plupart des recoins de la Somalie. Alors, la présence du gouvernement transitoire béni en 2005 par la Ligue arabe et l’IGAD s’est réduite, bien qu’il aurait pu survivre plus longtemps. Cependant, les Tribunaux islamiques ont suscité des craintes, surtout pour ce qui est de leur relation avec Al-Qaëda ou du moins le soutien théorique qu’elle leur accorde parce qu’ils appliquent la charia islamique. Un état de faits a alors émergé, provoquant la colère des Etats-Unis et de ses alliés, l’Ethiopie et le Kenya. Et effectivement, l’Egypte, le Soudan et l’Arabie saoudite ont été accusés de porter l’aide au gouvernement des tribunaux. Après ce stade, un revirement radical a eu lieu, l’Oncle Sam a eu recours au gouvernement transitoire somalien pour expulser les forces des tribunaux de manière à ce que le Kenya contrôle leurs frontières jusqu’à ce ces forces en question soient liquidées à l’intérieur de la Somalie. L’Ethiopie, de son côté, n’a pas cessé de nier son invasion de la Somalie, mais son succès quant à expulser les Tribunaux islamiques l’a incitée, ainsi que d’autres partis somaliens, à proclamer leur intention de réaliser l’unité somalo-éthiopienne rêvée.

Apparemment, la Ligue arabe appelle à trouver un règlement rapide à cette crise. Les Arabes ressentent de l’embarras à l’égard de la situation en Somalie étant donné leurs attitudes divergentes non seulement vis-à-vis des parties en conflit, mais également vis-à-vis de l’invasion éthiopienne et de décision d’Al-Qaëda de soutenir les Tribunaux. Cette organisation appelle les musulmans à la lutte contre « l’invasion des croisades éthiopiennes ». L’Arabie saoudite, de son côté, n’a pas pris une position claire même si sa presse critique l’invasion éthiopienne. Il semble que la plupart des pays arabes se soucient peu de cette région, mais leurs ambitions sont plutôt tournées vers la nécessité de trouver rapidement un gouvernement efficace satisfaisant la volonté des citoyens et leur procurant la sécurité. Bien sûr, le gouvernement transitoire soutenu par la Ligue n’a pas cet avantage, et il n’est pas prévisible non plus que l’invasion éthiopienne le lui assurera.

Le problème de l’invasion éthiopienne réside dans le fait qu’elle provient d’un pays étranger, quels que soient ses objectifs nobles affichés. L’Ethiopie à titre particulier a une longue histoire d’ambitions et de convoitises en Somalie. Cette dernière, en 1978, a occupé la province de l’Ogaden à l’heure où l’Ethiopie était communiste. La Somalie, à cette époque, avait soutenu les pays opposés au communisme, dont l’Egypte de Sadate, et l’Arabie saoudite. L’original dans tout cela, c’est que le Yémen du Sud avait soutenu la Somalie côte à côte avec la Libye qui s’était tournée vers l’Union soviétique après la frappe aérienne de Sadate. Le conflit était alors l’un des maillons de la guerre froide. Quelle position doit prendre le monde arabe sur la crise en Somalie ? Doit-il soutenir le gouvernement transitoire, comme il l’a fait pendant l’année révolue avec l’espoir que le gouvernement soit celui de tous les Somaliens ? Le monde arabe doit-il s’attacher à ce soutien malgré l’intervention de l’Ethiopie ? Ou bien doit-il fermer les yeux sur l’intervention éthiopienne bien que la conflit risque de se renouveler en Somalie à travers les parties hostiles à l’Ethiopie ? La position arabe est-elle en harmonie avec celle de l’Union africaine du 2 janvier 2007 à Addis-Abeba qui a condamné l’invasion éthiopienne implicitement lorsqu’elle a appelé l’Ehiopie à retirer ses forces en se concentrant plus sur les solutions politiques ? Y a-t-il une quelconque complicité américano-éthiopio-kenyane pour redessiner la carte de la région ?

Franchement, je pense que le monde arabe a été incapable de faire une bonne lecture des événements en Somalie après que ce dossier eut longuement été en proie à une grande négligence arabe et après qu’il fut longtemps confronté seul à son destin. Le monde arabe s’est trouvé incapable de situer la Somalie dans la foulée des crises qui règnent dans le Golfe, l’Iraq, le Liban, la Palestine, et le Darfour. J’estime personnellement que la crise de la Somalie n’est qu’un nouveau chapitre du déchirement du monde arabe dont le destin est voué au démantèlement. Il serait alors absurde de préciser la position qu’il incombe au monde arabe de prendre tant que l’unité et la lecture correcte des événements lui font défaut .

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