Al-Ahram Hebdo, Opinion | Le traquenard américain
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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Opinion

Le traquenard américain

Salama A. Salama

Les pays arabes de l’axe modéré se sont empressés d’apporter leur soutien à la nouvelle stratégie de Bush en Iraq. Il semble en effet que les mises en garde lancées par Bush ont porté leurs fruits. Celui-ci avait prévenu, dans son discours, que la défaite des forces américaines en Iraq ne serait pas la défaite des Etats-Unis seuls, mais qu’elle affecterait tous les régimes arabes. C’est ainsi que Condoleeza Rice a obtenu le soutien auquel elle aspirait lors de sa tournée dans la région, bien que les Démocrates eux-mêmes ne soient pas convaincus, au Congrès américain, de la nouvelle politique de Bush.

Rice ne s’est pas contentée des discussions effectuées dans les capitales arabes, lors desquelles elle a eu carte blanche de la part de l’Egypte alors que l’Arabie saoudite s’est montrée plus réservée envers la capacité du gouvernement chiite iraqien de mettre un terme à la violence confessionnelle. Rice a appelé à la tenue d’une réunion au Koweït des ministres des Affaires étrangères des pays du Golfe, outre leurs homologues égyptiens et jordaniens, pour rouvrir le dossier iranien et inciter ces pays à se dresser contre l’infiltration iranienne en Iraq.

Les véritables raisons qui ont poussé les pays arabes à répondre aux demandes de la secrétaire d’Etat américaine ne sont pas encore révélées. Celle-ci a mis de côté la cause palestinienne et a appelé en contrepartie à adopter une position antagoniste à l’Iran. En effet, Téhéran est accusé par Washington d’attiser le feu de la violence confessionnelle en Iraq. Et ce, alors que le président de la coalition chiite au pouvoir en Iraq, Abdel-Aziz Al-Hakim, a fortement critiqué les mesures américaines adoptées contre l’Iran. Il a, par ailleurs, appelé Washington à améliorer ses relations avec l’Iran. Mais, les Etats-Unis refusent de reconnaître ces déclarations.

Si nous ajoutons les doutes saoudiens en la capacité du gouvernement d’Al-Maliki de mettre un terme aux conflits confessionnels contre les sunnites, nous découvrirons que nous témoignons d’une tentative d’entraîner les pays arabes vers un nouvel incendie que les Etats-Unis veulent attiser en frappant l’Iran. Ce n’est pas par hasard si la réponse aux efforts de Rice est survenue la veille même de l’arrivée des nouvelles forces américaines, lorsque les plus violentes explosions qu’ait connues Bagdad ont secoué l’Université d’Al-Mostansériya, faisant 115 morts d’un seul coup.

L’Administration Bush a refusé de traiter avec l’Iran, comme l’avait recommandé le rapport de Baker-Hamilton, préférant semble-t-il la voie de l’affrontement et du heurt. Maintenant, elle œuvre sérieusement à mobiliser des pays arabes sans force à se dresser contre l’Iran en exagérant la gravité de son rôle régional et nucléaire et en les incitant à s’aligner sur une politique américaine stupide, dont l’inefficacité s’est révélée à plusieurs reprises. Peut-on s’attendre à ce que l’Iran renonce à ses cartes et à son pouvoir en Iraq ? Peut-on s’attendre à ce que l’Iran interrompe son programme nucléaire, sachant qu’il est dans l’intérêt des pays arabes qui aspirent à posséder des programmes nucléaires de profiter des réalisations iraniennes dans ce domaine ?

Certains observateurs aux bonnes intentions estiment que les pays arabes, in fine, sont maîtres de leurs décisions et qu’ils ne perdent rien pour l’instant à suivre Bush et sa politique. Cependant, l’empressement des gouvernements arabes sunnites à élargir le fossé avec les chiites et à inciter les tensions confessionnelles contre les chiites, considérant le chiisme comme un danger pour la sécurité générale, prouve que nous avançons vers un traquenard américain dont nous ne connaissons pas l’issue. 

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