Le traquenard américain
Salama A. Salama
Les
pays arabes de l’axe modéré se sont empressés d’apporter
leur soutien à la nouvelle stratégie de Bush en Iraq. Il
semble en effet que les mises en garde lancées par Bush ont
porté leurs fruits. Celui-ci avait prévenu, dans son
discours, que la défaite des forces américaines en Iraq ne
serait pas la défaite des Etats-Unis seuls, mais qu’elle
affecterait tous les régimes arabes. C’est ainsi que
Condoleeza Rice a obtenu le soutien auquel elle aspirait
lors de sa tournée dans la région, bien que les Démocrates
eux-mêmes ne soient pas convaincus, au Congrès américain, de
la nouvelle politique de Bush.
Rice ne s’est pas contentée des discussions effectuées dans
les capitales arabes, lors desquelles elle a eu carte
blanche de la part de l’Egypte alors que l’Arabie saoudite
s’est montrée plus réservée envers la capacité du
gouvernement chiite iraqien de mettre un terme à la violence
confessionnelle. Rice a appelé à la tenue d’une réunion au
Koweït des ministres des Affaires étrangères des pays du
Golfe, outre leurs homologues égyptiens et jordaniens, pour
rouvrir le dossier iranien et inciter ces pays à se dresser
contre l’infiltration iranienne en Iraq.
Les véritables raisons qui ont poussé les pays arabes à
répondre aux demandes de la secrétaire d’Etat américaine ne
sont pas encore révélées.
Celle-ci
a mis de côté la cause palestinienne et a appelé en
contrepartie à adopter une position antagoniste à l’Iran. En
effet, Téhéran est accusé par Washington d’attiser le feu de
la violence confessionnelle en Iraq. Et ce, alors que le
président de la coalition chiite au pouvoir en Iraq,
Abdel-Aziz Al-Hakim, a fortement critiqué les mesures
américaines adoptées contre l’Iran. Il a, par ailleurs,
appelé Washington à améliorer ses relations avec l’Iran.
Mais, les Etats-Unis refusent de reconnaître ces
déclarations.
Si nous
ajoutons les doutes saoudiens en la capacité du gouvernement
d’Al-Maliki de mettre un terme aux conflits confessionnels
contre les sunnites, nous découvrirons que nous témoignons
d’une tentative d’entraîner les pays arabes vers un nouvel
incendie que les Etats-Unis veulent attiser en frappant
l’Iran. Ce n’est pas par hasard si la réponse aux efforts de
Rice est survenue la veille même de l’arrivée des nouvelles
forces américaines, lorsque les plus violentes explosions
qu’ait connues Bagdad ont secoué l’Université
d’Al-Mostansériya, faisant 115 morts d’un seul coup.
L’Administration Bush a refusé de traiter avec l’Iran, comme
l’avait recommandé le rapport de Baker-Hamilton, préférant
semble-t-il la voie de l’affrontement et du heurt.
Maintenant, elle œuvre sérieusement à mobiliser des pays
arabes sans force à se dresser contre l’Iran en exagérant la
gravité de son rôle régional et nucléaire et en les incitant
à s’aligner sur une politique américaine stupide, dont
l’inefficacité s’est révélée à plusieurs reprises. Peut-on
s’attendre à ce que l’Iran renonce à ses cartes et à son
pouvoir en Iraq ? Peut-on s’attendre à ce que l’Iran
interrompe son programme nucléaire, sachant qu’il est dans
l’intérêt des pays arabes qui aspirent à posséder des
programmes nucléaires de profiter des réalisations
iraniennes dans ce domaine ?
Certains
observateurs aux bonnes intentions estiment que les pays
arabes, in fine, sont maîtres de leurs décisions et qu’ils
ne perdent rien pour l’instant à suivre Bush et sa politique.
Cependant, l’empressement des gouvernements arabes sunnites
à élargir le fossé avec les chiites et à inciter les
tensions confessionnelles contre les chiites, considérant le
chiisme comme un danger pour la sécurité générale, prouve
que nous avançons vers un traquenard américain dont nous ne
connaissons pas l’issue.