Le mal de
Bagdad
Quiconque s’aventure aujourd’hui hors de son quartier
dans la capitale iraqienne s’expose à être enlevé, à un
barrage sauvage de miliciens encagoulés, ou à une rafle
dans les transports en commun. Des dizaines d’habitants
de Bagdad sont ainsi kidnappés chaque jour dans les rues
de la ville : en sortant de chez eux, au travail, ou au
hasard d’une mauvaise rencontre. Leurs cadavres sont
retrouvés dans un fossé ou sur un terrain vague, les
mains attachées au dos par du fil électrique.
Omniprésente, cette violence ordinaire touche presque
exclusivement des civils et a bouleversé le quotidien
des Bagdadis. Chaque famille a son histoire, presque
toujours la même : un frère, un père, un cousin
disparaît sans aucune explication. Soupçonnée de
complicité avec les kidnappeurs, la police est rarement
sollicitée.
Avec
« toujours le même modus operandi, le kidnapping est
pratiqué indistinctement par les groupes armés des deux
bords », constate l’Onu, dans son dernier rapport sur
les droits de l’homme, qui estime que 94 civils iraqiens
ont été tués chaque jour en moyenne en 2006, dont la
moitié à Bagdad. Ces enlèvements visent d’abord
l’intimidation des populations dans la lutte que se
livrent milices chiites et insurgés sunnites pour le
contrôle des quartiers mixtes de Bagdad. Pour les
milices chiites, ils sont également une riposte aux
attentats aveugles commis dans les zones chiites par les
« takfiris » (extrémistes sunnites) et leurs alliés
d’Al-Qaëda.
Le
phénomène des enlèvements n’est pas nouveau. Il a débuté
dès la chute de Saddam Hussein en 2003. Perpétrés par la
brigade Badr (bras armé du Conseil suprême de la
révolution islamique, le principal parti chiite), ils
visaient alors en priorité les « moukhabarats » (agents
de services de renseignements), les membres du parti
Baas (au pouvoir) et les officiers de l’armée de Saddam.
Il y avait également des enlèvements crapuleux, qui
visaient les Iraqiens de retour d’exil. Puis les
kidnappings ont suivi la courbe exponentielle des
violences confessionnelles en 2006.
Le
nouveau plan de sécurité de Bagdad promis par le premier
ministre Nouri Al-Maliki et le président George W. Bush
permettra-t-il d’endiguer ce phénomène meurtrier ?
Beaucoup en doutent, en particulier chez les sunnites.
Une récente série de spectaculaires rapts collectifs
menés en plein jour au cœur de la ville par des hommes
en uniforme des forces de sécurité a jeté encore un peu
plus le discrédit sur la police, notoirement infiltrée
par les milices chiites .