Une stratégie malvenue
Cette semaine encore, la presse est unanime pour condamner
la politique iraqienne de l’Administration Bush.
« La solution est la libération de l’Iraq », « L’Iraq est en
proie à l’anarchie et à la guerre civile », « Une opération
de chirurgie esthétique pour les Etats-Unis », « La nouvelle
stratégie de Bush n’est-elle pas un élargissement de son
hégémonie sur le monde ? », « L’Iraq d’une erreur à l’autre
», « Trouver une nouvelle constitution iraqienne », «
Sauvons l’Iraq et la région avant le désastre », « Comment
donc les régimes arabes se permettent-ils de soutenir une
telle stratégie ? », a titré la presse ces derniers jours.
Montrant une photo de Bush tenant à sa main un masque,
portrait de lui-même, le magazine hebdomadaire Octobar titre
en couverture : « Une opération chirurgicale esthétique pour
le visage des Etats-Unis ! ». Dans ce magazine,
l’éditorialiste Ismaïl Montasser défend le soutien apporté
par quelques pays arabes à la stratégie Bush, sous prétexte
que « l’Egypte et tous les pays arabes qui ont accepté la
stratégie de Bush l’ont fait avec le seul espoir que cette
même stratégie pourra sauver l’Iraq ... Tout ce que nous
pouvons faire c’est attendre pour voir ce que fera Bush.
Quoique la seule chose qui restera gravée dans l’Histoire
est que les Etats-Unis se sont comportés avec idiotie en
Iraq ». Cette opinion est largement partagée par les
éditorialistes de la presse arabe. L’éditorialiste Farouq
Goweida estime pour sa part que les « pays arabes auraient
dû exiger de l’Administration américaine d’établir un pont
de confiance entre les sunnites et les chiites en Iraq, et
ne devaient pas laisser Israël jouer le sale jeu dans une
division entre un seul peuple iraqien ».
Sur un ton très critique, dans Al-Wafd, Salaheddine
Al-Méhrezi juge la nouvelle et dernière stratégie de Bush
comme étant de « l’extermination ».
Le questionnement de Turki Al-Hamad dans Al-Charq Al-Awsat
va plus loin, et remet tout simplement en cause la politique
proche-orientale de l’Administration Bush. « L’erreur la
plus grave commise par Bush est d’avoir vidé l’Iraq de
toutes les institutions politiques sans aucune alternative
pour combler ce vide ... Washington a totalement ignoré les
dimensions historiques des communautés iraqiennes »,
souligne Al-Hamad. Celui-ci clarifie un point important : «
Les pays voisins de l’Iraq n’accepteront jamais que ce pays
devienne une région d’influence iranienne », dit-il. « Mais
en fin de compte, nous sommes confiants que les plans
impérialistes en Iraq connaîtront la même fin qu’au Vietnam,
et tant que le peuple iraqien résiste, alors sans doute le
destin des plans criminels sera l’échec », explique pour sa
part Ahmad Ezz Al-Arab, dans le quotidien d’opposition
Al-Wafd.
Mais on note que certains écrivains, comme Fouad Matar, dans
Al-Charq Al-Awsat, ne peuvent s’empêcher d’en vouloir à
l’ancien président iraqien Saddam Hussein d’« avoir été un
anti-chances ». « Saddam Hussein a perdu beaucoup
d’occasions avec les Etats-Unis qui se sont par la suite
retournés contre lui, car il a lu uniquement avec ses yeux
et non avec ceux de la réalité », explique Matar.
« Le président a été pendu, mais Saddam est-il mort ? »,
s’interroge Ibrahim Haqqi, dans le quotidien londonien
Al-Hayat.
Dans le quotidien saoudien Al-Charq Al-Awsat,
l’éditorialiste Zein Al-Abédine Al-Rékabi propose deux
solutions à Bush si vraiment il « souhaite avoir une bonne
page dans l’Histoire ». Pour cela, poursuit Al-Rékabi, il
faut « d’abord déployer pouvoirs et influences pour mettre
sur pied des amendements constitutionnels démunis de toute
odeur confessionnelle, ensuite redresser la réalité
iraqienne de façon à trouver un gouvernement national
élargi, tout en conservant l’équilibre politique et social
». Du même avis, Bilal Al-Hassan écrit dans ce journal que «
la solution pour l’Iraq repose sur deux points : changer la
Constitution, l’annuler, mettre fin à l’occupation
américaine et placer l’Iraq sous contrôle onusien pour
permettre au pays de se doter d’une nouvelle armée nationale
».
Dans sa tribune d’Al-Akhbar, l’éditorialiste Galal Doweidar
met l’accent sur les échanges réciproques d’accusations et
attaques entre Bush, président de l’Etat occupant en Iraq,
et Nouri Al-Maliki, premier ministre iraqien nommé par
l’occupant. « Ce qui est étonnant c’est que de telles
accusations apparaissent au moment où s’applique la
soi-disant nouvelle stratégie américaine en Iraq et qui
connaît une vive opposition de la part de la majorité
parlementaire démocratique ... Le chemin est encore long
pour sauver ce pays arabe et son peuple du malheur dont
l’entière responsabilité incombe à l’impérialisme américain
».
« De quelle stabilité régionale pouvons-nous parler ? »,
titre Abdallah Eskandar son éditorial dans Al-Hayat, où il
rappelle que trois crises restent ouvertes à toutes les
options « en Palestine, en Iraq et au Liban, et qui sait
peut-être une quatrième en Somalie. Au Liban et en
Palestine, la violence se poursuit avec l’agresseur
israélien, en Somalie, conflit de pouvoir et enfin le
bourbier iraqien qui reste toujours otage des Américains » .
Hoda
Ghali