Al-Ahram Hebdo,Kiosque | Une stratégie malvenue
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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Une stratégie malvenue

Cette semaine encore, la presse est unanime pour condamner la politique iraqienne de l’Administration Bush.

« La solution est la libération de l’Iraq », « L’Iraq est en proie à l’anarchie et à la guerre civile », « Une opération de chirurgie esthétique pour les Etats-Unis », « La nouvelle stratégie de Bush n’est-elle pas un élargissement de son hégémonie sur le monde ? », « L’Iraq d’une erreur à l’autre », « Trouver une nouvelle constitution iraqienne », « Sauvons l’Iraq et la région avant le désastre », « Comment donc les régimes arabes se permettent-ils de soutenir une telle stratégie ? », a titré la presse ces derniers jours.

Montrant une photo de Bush tenant à sa main un masque, portrait de lui-même, le magazine hebdomadaire Octobar titre en couverture : « Une opération chirurgicale esthétique pour le visage des Etats-Unis ! ». Dans ce magazine, l’éditorialiste Ismaïl Montasser défend le soutien apporté par quelques pays arabes à la stratégie Bush, sous prétexte que « l’Egypte et tous les pays arabes qui ont accepté la stratégie de Bush l’ont fait avec le seul espoir que cette même stratégie pourra sauver l’Iraq ... Tout ce que nous pouvons faire c’est attendre pour voir ce que fera Bush. Quoique la seule chose qui restera gravée dans l’Histoire est que les Etats-Unis se sont comportés avec idiotie en Iraq ». Cette opinion est largement partagée par les éditorialistes de la presse arabe. L’éditorialiste Farouq Goweida estime pour sa part que les « pays arabes auraient dû exiger de l’Administration américaine d’établir un pont de confiance entre les sunnites et les chiites en Iraq, et ne devaient pas laisser Israël jouer le sale jeu dans une division entre un seul peuple iraqien ».

Sur un ton très critique, dans Al-Wafd, Salaheddine Al-Méhrezi juge la nouvelle et dernière stratégie de Bush comme étant de « l’extermination ».

Le questionnement de Turki Al-Hamad dans Al-Charq Al-Awsat va plus loin, et remet tout simplement en cause la politique proche-orientale de l’Administration Bush. « L’erreur la plus grave commise par Bush est d’avoir vidé l’Iraq de toutes les institutions politiques sans aucune alternative pour combler ce vide ... Washington a totalement ignoré les dimensions historiques des communautés iraqiennes », souligne Al-Hamad. Celui-ci clarifie un point important : « Les pays voisins de l’Iraq n’accepteront jamais que ce pays devienne une région d’influence iranienne », dit-il. « Mais en fin de compte, nous sommes confiants que les plans impérialistes en Iraq connaîtront la même fin qu’au Vietnam, et tant que le peuple iraqien résiste, alors sans doute le destin des plans criminels sera l’échec », explique pour sa part Ahmad Ezz Al-Arab, dans le quotidien d’opposition Al-Wafd.

Mais on note que certains écrivains, comme Fouad Matar, dans Al-Charq Al-Awsat, ne peuvent s’empêcher d’en vouloir à l’ancien président iraqien Saddam Hussein d’« avoir été un anti-chances ». « Saddam Hussein a perdu beaucoup d’occasions avec les Etats-Unis qui se sont par la suite retournés contre lui, car il a lu uniquement avec ses yeux et non avec ceux de la réalité », explique Matar.

« Le président a été pendu, mais Saddam est-il mort ? », s’interroge Ibrahim Haqqi, dans le quotidien londonien Al-Hayat.

Dans le quotidien saoudien Al-Charq Al-Awsat, l’éditorialiste Zein Al-Abédine Al-Rékabi propose deux solutions à Bush si vraiment il « souhaite avoir une bonne page dans l’Histoire ». Pour cela, poursuit Al-Rékabi, il faut « d’abord déployer pouvoirs et influences pour mettre sur pied des amendements constitutionnels démunis de toute odeur confessionnelle, ensuite redresser la réalité iraqienne de façon à trouver un gouvernement national élargi, tout en conservant l’équilibre politique et social ». Du même avis, Bilal Al-Hassan écrit dans ce journal que « la solution pour l’Iraq repose sur deux points : changer la Constitution, l’annuler, mettre fin à l’occupation américaine et placer l’Iraq sous contrôle onusien pour permettre au pays de se doter d’une nouvelle armée nationale ».

Dans sa tribune d’Al-Akhbar, l’éditorialiste Galal Doweidar met l’accent sur les échanges réciproques d’accusations et attaques entre Bush, président de l’Etat occupant en Iraq, et Nouri Al-Maliki, premier ministre iraqien nommé par l’occupant. « Ce qui est étonnant c’est que de telles accusations apparaissent au moment où s’applique la soi-disant nouvelle stratégie américaine en Iraq et qui connaît une vive opposition de la part de la majorité parlementaire démocratique ... Le chemin est encore long pour sauver ce pays arabe et son peuple du malheur dont l’entière responsabilité incombe à l’impérialisme américain ».

« De quelle stabilité régionale pouvons-nous parler ? », titre Abdallah Eskandar son éditorial dans Al-Hayat, où il rappelle que trois crises restent ouvertes à toutes les options « en Palestine, en Iraq et au Liban, et qui sait peut-être une quatrième en Somalie. Au Liban et en Palestine, la violence se poursuit avec l’agresseur israélien, en Somalie, conflit de pouvoir et enfin le bourbier iraqien qui reste toujours otage des Américains » .

Hoda Ghali 

Paroles

Aujourd’hui, le citoyen dans notre pays a de plus en plus peur pour sa santé devant tant de négligence. La grippe aviaire est accompagnée d’un Nil pollué par les usines, l’air que nous respirons est pollué par le smog, outre les médicaments de mauvaise qualité qui se trouvent dans les hôpitaux. Tout cela menace la vie des Egyptiens. Comme si cela ne suffisait pas, il a fallu que des stations de réseau pour portables s’installent aux alentours des habitations provoquant de graves maladies telles que le cancer. Les services rendus par les portables sont-ils plus importants que la santé des citoyens ?

Farouq Goweida,
Editorialiste, Al-Alam Al-Yom.

Le plus grave dans cette soi-disant nouvelle stratégie américaine en Iraq est que Bush considère cette guerre comme une guerre régionale, qui ne se limite pas à l’Iraq uniquement, mais va au-delà des frontières iraqiennes. Et voilà Bush qui tente de créer un climat de terreur dans les Etats arabes. Et pour que cette série de menaces et de chantages américains soit complète, la présence militaire se renforce de plus en plus dans la région avec les fusées Patriot, et plus de porte-avions équipés d’armes nucléaires dans le Golfe.

Nabil Zaki,
Ecrivain, Al-Ahali.

La situation actuelle montre sans aucun doute combien la corruption et les pots-de-vin se sont propagés. Dans ce contexte, la presse a joué un rôle très important pour mettre les points sur les i dans les problèmes de corruption. Il est certain que l’absence de vérité sera en quelque sorte le slogan de l’Etat égyptien. Oui beaucoup de dossiers seront ouverts, mais sans aucun intérêt. Cette situation dépend grandement du capitalisme sauvage qui a bouleversé la donne. L’Egypte semble entrer dans un tunnel noir ...

Kamel Zoheiri,
Ecrivain, Nahdet Misr.

La lune de miel s’est-elle terminée entre l’Administration américaine et le gouvernement iraqien de Nouri Al-Maliki ? Maintenant, Bush et Maliki se jettent des injures. Mais cela ne signifie pas pour autant une fin dramatique entre les deux personnalités. D’une part, le gouvernement iraqien a besoin d’apparaître comme opposant à la direction américaine. Et d’autre part, le président Bush a besoin de contenir le front d’opposition américaine, en accordant aux Iraqiens plus de responsabilité.

Gamal Badawi,
Ecrivain, Al-Wafd.

En toute franchise, je ne sais pas — comme beaucoup d’autres d’ailleurs —, une seule raison pour laquelle les régimes et les gouvernements arabes doivent avoir confiance en une Administration américaine qui manque de toute sagesse. La plupart des pays arabes modérés sont dans une impasse (...). Je pense qu’il est du devoir des Arabes de ne pas suivre un plan voué à l’échec dont le but est d’élargir les zones de violence dans la région, provoquant des tensions confessionnelles. Je pense que les Arabes perdent une occasion historique de corriger leur relation avec les Etats-Unis sur la base d’un partenariat réel et une responsabilité réciproque.

Makram Mohamad Ahmad,
Ecrivain, Al-Moussawar.

 

 

 




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