Le ministre de l’Enseignement supérieur, Hani Hilal, évoque une nouvelle vision pour améliorer le niveau des universités. Si le principe de la gratuité devrait être préservé, de nombreux changements structurels sont à prévoir.

 

« Fonctionner selon les règles du marché »

 

Al-Ahram Hebdo : Un projet de loi sur l’enseignement universitaire est actuellement élaboré par le gouvernement. Quelles en sont les grandes lignes ?

Hani Hilal : Nous n’avons pas encore présenté de projet de loi, nous avons tout simplement esquissé les contours d’un système complémentaire pour la promotion de l’enseignement supérieur. Il faudra avant tout que ce nouveau système soit en phase avec le système d’enseignement international, surtout que nous vivons à l’ère de la mondialisation. Notre enseignement doit être à niveau et nous devons tenir compte de la nécessité de faire évoluer nos méthodes. Ce que nous souhaitons c’est un système équilibré proposant des solutions à tous les points d’achoppement, un système qui pallierait les aspects négatifs des lois et des pratiques précédentes, notamment en matière de promotion, de titularisation, et de grilles de salaire. La vision proposée s’attaque précisément à ces problèmes. Si nous revenons à la loi 49 qui est la plus importante loi régissant l’enseignement supérieur, on constatera qu’elle a été promulguée en 1972, cela veut dire que nous travaillons aujourd’hui sous une loi vieille de 34 ans. Autrement dit, la prochaine loi régulariserait le système d’enseignement durant au moins les dix ou quinze prochaines années. Par conséquent, il ne s’agit pas uniquement de remédier aux aspects négatifs de la loi actuelle, mais surtout d’être visionnaires.

— Plus concrètement, quelles sont les principales lignes de votre vision ?

— Notre vision globale pour un nouveau système favorise une redistribution des rôles entre les organismes gérant l’enseignement supérieur. Cela a commencé déjà et on poussera les choses davantage dans cette direction : l’Etat représenté par le ministère est responsable de la régularisation de l’enseignement supérieur. Quant à la politique de l’enseignement, elle est définie par des conseils exécutifs, et enfin ce sont les institutions éducatives représentées par les universités, les facultés et les instituts qui offrent le service. Ainsi, le rôle du ministère se limitera-t-il à déterminer les grandes lignes du système éducatif, ensuite c’est aux différents conseils de fixer le cadre et les critères que doivent respecter les facultés et les universités, lesquelles bénéficieront d’une plus grande liberté de mouvement et de changement à l’intérieur de ce cadre. En outre, un organisme de garantie de la qualité sera chargé d’accréditer les diverses institutions éducatives selon le niveau de chacune.

Une deuxième nouveauté concerne la gestion économique des universités qui devront désormais fonctionner selon les règles du marché. L’Etat continuera à financer les universités conformément à leurs besoins, celles-ci bénéficieront ensuite d’une indépendance totale dans la gestion de leurs finances. Mais ceci n’empêchera pas les universités de rechercher d’autres sources de financement.

— Comment les universités pourraient-elles trouver des sources de financement sans porter atteinte au principe de la gratuité ?

— Le principe de la gratuité de l’enseignement est confirmé par la Constitution, c’est un principe que le chef de l’Etat ne cesse de rappeler. Quant aux sources de financement, elles peuvent être diversifiées, comme la création de programmes payants à l’instar des filières de droit, de journalisme et de commerce où l’enseignement se fait en langues étrangères. D’autres universités ont suivi la même voie l’année dernière, en créant des programmes payants d’ingénierie, de médecine et de pharmacie. De cette façon, les étudiants d’un certain niveau financier peuvent contribuer, ceci est même dans l’intérêt des autres étudiants qui ne payent rien mais qui bénéficieront de cet argent sous forme de services.

— Outre l’indépendance financière, beaucoup de professeurs revendiquent leur droit de choisir, à travers des élections, le recteur ainsi que les chefs de département qui sont actuellement tous nommés. Approuvez-vous cette revendication ?

— La nomination des responsables dans les universités est l’une des principales questions dans l’agenda du projet de développement de l’enseignement. Dans certains pays, les recteurs et les doyens des universités publiques sont nommés par l’Etat, en sa qualité de propriétaire de ces universités. D’autres pays accordent au corps enseignant et aux employés le droit de choisir ces responsables à travers des élections.

En effet, chaque système a ses inconvénients, alors que la nomination directe peut faire fi des critères de choix académique. Dans le cas des élections, l’expérience a montré que celles-ci se soldent souvent par des divisions et des conflits d’intérêts dans les cercles universitaires, entre académiciens, fonctionnaires et autres employés. Face à ce dilemme, nous avons opté pour un compromis. Le système que nous avons proposé pour l’occupation des postes de recteur et de chef de département consiste à faire des annonces pour poste vacant, tout en précisant les compétences requises, et inviter les candidats intéressés à se présenter à des concours. Ensuite, le responsable compétent aura à choisir entre les 3 ou 5 meilleurs candidats sélectionnés par un comité spécial. Ce sera le président de la République dans le cas du choix des recteurs, et le recteur lui-même pour le choix des doyens.

— A quel point les considérations sécuritaires jouent-elles un rôle dans le choix des responsables universitaires ?

— Celui qui a des informations relatives à un cas d’intervention de ce genre est prié de nous en communiquer les détails, sinon il faut s’abstenir de lancer des accusations gratuites.

— Pourtant, les élections estudiantines ont connu cette année des débordements inhabituels et beaucoup d’étudiants se revendiquant du courant islamiste affirment que leurs noms ont été supprimés des listes électorales ...

— Aucun étudiant n’a été exclu à cause de son appartenance politique ou religieuse. Encore une fois, que ceux qui connaissent les noms en question nous les communiquent. C’est ce que j’ai dit à haute voix devant le Parlement lors de la séance consacrée à la discussion de ce sujet. Si certains étudiants ont été exclus des élections, c’est pour des contraventions qu’ils ont dû commettre dans le campus, leur suspension n’avait donc rien à voir avec leurs tendances politiques ou religieuses.

— Le mouvement estudiantin a toujours joué un rôle influent dans l’histoire des peuples. Cependant, certains estiment qu’il vaut mieux dépolitiser les universités qui sont avant tout des lieux d’enseignement. Ne pensez-vous pas que l’université est l’endroit idéal pour apprendre aux jeunes générations l’exercice de leurs droits politiques ?

— Nous sommes d’accord pour que les étudiants expriment ouvertement leurs avis et positions politiques et pour qu’ils réagissent à l’actualité locale et internationale, pourvu qu’ils le fassent dans le respect de la loi et de l’ordre et à condition qu’ils ne soient pas manipulés par des forces extérieures. C’est d’ailleurs pourquoi nous sommes contre toute présence des partis politiques à l’intérieur des campus.

— La décision du recteur de l’Université de Hélouan, le Dr Abdel-Hay Ebeid, d’interdire l’accès des cités universitaires aux étudiantes portant le voile intégral (niqab) a créé une tension entre celles-ci et les agents de sécurité. Comment avez-vous accueilli cette décision ?

— Les universités sont indépendantes et leurs recteurs sont responsables de leurs décisions. Le professeur Ebeid a jugé que le port du voile intégral n’était pas justifié dans les cités universitaires réservées aux femmes, voire, il a considéré que le voile intégral qui cache l’identité de la personne pourrait représenter une menace à la sécurité des étudiantes. Cela dit, les filles portant le niqab n’ont jamais été interdites d’entrer à l’université qui, en revanche, est un endroit mixte.

 

Magda Barsoum