Education.
Le portfolio, système adopté par le ministère de l’Education
consistant à évaluer le niveau des élèves en se basant sur
leur travail global et non plus uniquement sur les notes des
examens, est rejeté par la Haute Cour constitutionnelle pour
vice de forme.
Réforme recalée
Le débat sur le portfolio est à nouveau relancé suite au
verdict de la Haute Cour constitutionnelle jugeant ce
système appliqué tout récemment par le ministère de l’Education
comme anticonstitutionnel. Raison évoquée par le tribunal :
les lois et les décrets ministériels doivent être publiés
dans le journal officiel dans les deux semaines qui suivent
leur promulgation et mis en vigueur un mois après la
publication. Or, tel ne fut pas le cas du portfolio entré en
vigueur par décret ministériel au cours de l’année scolaire
2005/2006. Il s’agit donc d’un vice de forme. Le portfolio
consiste à évaluer le niveau des élèves en se basant sur
leur travail global et non plus uniquement sur les notes
obtenues lors des examens.
Le verdict de la Haute Cour constitutionnelle a mis le
ministère de l’Education dans l’embarras. Ce dernier a
annoncé que le système sera maintenu. « C’est une erreur
dans les procédures administratives, mais le système
lui-même n’est pas remis en cause. Il a déjà fait ses
preuves dans les pays développés », a déclaré Yousri
Al-Gamal, ministre de l’Education. Le ministère étudie
actuellement les moyens juridiques afin de remédier au vice
de forme. Mais au-delà de cette considération, c’est
l’efficacité du système lui-même qui est au centre des
débats. Le portfolio est basé sur l’évaluation continue des
élèves en fonction de plusieurs critères, autres que les
examens écrits. Ces critères d’évaluation comprennent la
participation en classe et aux activités, ainsi que la
discipline. Les notes sont réparties comme suit : les
examens représentent 15 % des points totaux, l’examen oral
et la participation en classe représentent 15 %, et 15 %
sont attribués en fonction de la participation aux
différentes activités. Les 5% restants sont réservés à la
discipline. Le but est de soulager les élèves de la pression
des examens écrits, qui ont été jusqu’ici le seul moyen
d’évaluation. Spécialistes, parents d’élèves et professeurs
divergent sur l’efficacité du système. Claire Ramzi, mère
d’une élève en troisième primaire se dit très satisfaite du
système qui, selon elle, ne fait pas dépendre le sort des
élèves d’un seul examen. « Parfois l’enfant tombe malade et
ne peut pas passer son examen. Il se trouve aussi que
certains élèves soient faibles dans certaines disciplines et
forts dans d’autres. L’ancien système d’évaluation était
souvent injuste et inefficace. Avec le portfolio, la
réussite de mon enfant sera presque garantie et sans
beaucoup de stress », déplore-t-elle. Cependant, si ce
système plaît aux parents du fait qu’il facilite aux élèves
de glaner plus de notes, les spécialistes, eux, ne voient
pas l’affaire du même œil. Pour Mohamad Gamal, pédagogue, le
bilan du portfolio n’est pas tout à fait positif. D’abord,
les professeurs ne sont pas suffisamment formés. « A la
faculté de pédagogie, les étudiants qui sont de futurs
professeurs sont habitués à l’ancien système basé sur
le par cœurisme et ne connaissent pas ce système »,
regrette Gamal.
Cette difficulté d’application, selon Hanane Hafez,
professeur à la faculté de pédagogie de l’Université de
Aïn-Chams, remonte à de nombreuses raisons. Par exemple, les
classes encombrées sont l’une des raisons qui entravent une
application efficace. « Parmi les critères d’évaluation de
ce système, il y a la participation en classe. Comment
peut-on lancer un débat dans des classes qui comptent
parfois 60 ou 70 élèves, alors qu’il y a des programmes qui
doivent être étudiés à temps », explique Hanane. Et
d’ajouter : « Dans les pays développés, ce système est
appliqué avec succès, car les classes ne dépassent pas 20
élèves. Les professeurs sont en contact direct avec les
élèves, ce qui leur permet d’évaluer les points faibles et
les points forts de chaque élève ».
Les écoles mal équipées sont une autre raison qui rend
difficile l’application du système. Selon Mohamad
Abdel-Zaher, pédagogue, l’un des critères d’évaluation est
d’organiser des groupes de travail qui appliquent des
expériences scientifiques dans les laboratoires ainsi que
des activités artistiques et sportives. « Nos écoles
sont-elles parfaitement équipées de laboratoires pour
appliquer ce système d’évaluation ? Définitivement pas. Cela
veut dire que ce système est appliqué d’une façon formelle
qui manque de fond », critique Abdel-Zaher.
Le ministère de l’Education affirme qu’il faut donner du
temps au système pour prouver son efficacité assurant que
plusieurs mesures ont été mises en œuvre pour mieux
appliquer le portfolio, comme par exemple l’allégement des
programmes scolaires du primaire.
Marianne Youssef