Al-Ahram Hebdo, Egypte | Réforme recalée
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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Egypte

Education. Le portfolio, système adopté par le ministère de l’Education consistant à évaluer le niveau des élèves en se basant sur leur travail global et non plus uniquement sur les notes des examens, est rejeté par la Haute Cour constitutionnelle pour vice de forme.

Réforme recalée

Le débat sur le portfolio est à nouveau relancé suite au verdict de la Haute Cour constitutionnelle jugeant ce système appliqué tout récemment par le ministère de l’Education comme anticonstitutionnel. Raison évoquée par le tribunal : les lois et les décrets ministériels doivent être publiés dans le journal officiel dans les deux semaines qui suivent leur promulgation et mis en vigueur un mois après la publication. Or, tel ne fut pas le cas du portfolio entré en vigueur par décret ministériel au cours de l’année scolaire 2005/2006. Il s’agit donc d’un vice de forme. Le portfolio consiste à évaluer le niveau des élèves en se basant sur leur travail global et non plus uniquement sur les notes obtenues lors des examens.

Le verdict de la Haute Cour constitutionnelle a mis le ministère de l’Education dans l’embarras. Ce dernier a annoncé que le système sera maintenu. « C’est une erreur dans les procédures administratives, mais le système lui-même n’est pas remis en cause. Il a déjà fait ses preuves dans les pays développés », a déclaré Yousri Al-Gamal, ministre de l’Education. Le ministère étudie actuellement les moyens juridiques afin de remédier au vice de forme. Mais au-delà de cette considération, c’est l’efficacité du système lui-même qui est au centre des débats. Le portfolio est basé sur l’évaluation continue des élèves en fonction de plusieurs critères, autres que les examens écrits. Ces critères d’évaluation comprennent la participation en classe et aux activités, ainsi que la discipline. Les notes sont réparties comme suit : les examens représentent 15 % des points totaux, l’examen oral et la participation en classe représentent 15 %, et 15 % sont attribués en fonction de la participation aux différentes activités. Les 5% restants sont réservés à la discipline. Le but est de soulager les élèves de la pression des examens écrits, qui ont été jusqu’ici le seul moyen d’évaluation. Spécialistes, parents d’élèves et professeurs divergent sur l’efficacité du système. Claire Ramzi, mère d’une élève en troisième primaire se dit très satisfaite du système qui, selon elle, ne fait pas dépendre le sort des élèves d’un seul examen. « Parfois l’enfant tombe malade et ne peut pas passer son examen. Il se trouve aussi que certains élèves soient faibles dans certaines disciplines et forts dans d’autres. L’ancien système d’évaluation était souvent injuste et inefficace. Avec le portfolio, la réussite de mon enfant sera presque garantie et sans beaucoup de stress », déplore-t-elle. Cependant, si ce système plaît aux parents du fait qu’il facilite aux élèves de glaner plus de notes, les spécialistes, eux, ne voient pas l’affaire du même œil. Pour Mohamad Gamal, pédagogue, le bilan du portfolio n’est pas tout à fait positif. D’abord, les professeurs ne sont pas suffisamment formés. « A la faculté de pédagogie, les étudiants qui sont de futurs professeurs sont habitués  à l’ancien système basé sur le par cœurisme et  ne connaissent pas ce système », regrette Gamal.

Cette difficulté d’application, selon Hanane Hafez, professeur à la faculté de pédagogie de l’Université de Aïn-Chams, remonte à de nombreuses raisons. Par exemple, les classes encombrées sont l’une des raisons qui entravent une application efficace. « Parmi les critères d’évaluation de ce système, il y a la participation en classe. Comment peut-on lancer un débat dans des classes qui comptent parfois 60 ou 70 élèves, alors qu’il y a des programmes qui doivent être étudiés à temps », explique Hanane. Et d’ajouter : « Dans les pays développés, ce système est appliqué avec succès, car les classes ne dépassent pas 20 élèves. Les professeurs sont en contact direct avec les élèves, ce qui leur permet d’évaluer les points faibles et les points forts de chaque élève ».

Les écoles mal équipées sont une autre raison qui rend difficile l’application du système. Selon Mohamad Abdel-Zaher, pédagogue, l’un des critères d’évaluation est d’organiser des groupes de travail qui appliquent des expériences scientifiques dans les laboratoires ainsi que des activités artistiques et sportives. « Nos écoles sont-elles parfaitement équipées de laboratoires pour appliquer ce système d’évaluation ? Définitivement pas. Cela veut dire que ce système est appliqué d’une façon formelle qui manque de fond », critique Abdel-Zaher.

Le ministère de l’Education affirme qu’il faut donner du temps au système pour prouver son efficacité assurant que plusieurs mesures ont été mises en œuvre pour mieux appliquer le portfolio, comme par exemple l’allégement des programmes scolaires  du primaire.

Marianne Youssef

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3 Questions à

Réda Abou-Serri, sous-secrétaire du ministère de l’Education, essaie de répondre aux accusations lancées contre le portfolio.

« Il faut patienter un peu avant de juger cette nouvelle expérience »

Al-Ahram Hebdo : Quelle est la réaction du ministère de l’Education à l’égard du verdict de la Haute Cour ?

Réda Abou-Serri : On ne peut pas nier que ce verdict a mis le ministère dans une impasse, surtout que les verdicts de la Haute Cour constitutionnelle sont définitifs. Cela veut dire que le ministère n’a pas le droit de présenter un recours. A la suite du verdict, le ministère a créé une commission de juristes pour trouver un moyen, surtout que le système lui-même n’est pas mis en cause, mais ce sont des procédures administratives qui n’ont pas été menées à bien par le ministère.

— Plusieurs critiques sont lancées contre le portfolio, dont la plus importante est le manque de la formation des professeurs. Qu’en pensez-vous ?

— Il faut d’abord signaler que s’il y a quelques problèmes, cela ne veut pas dire que le bilan est négatif. Il faut souligner aussi qu’il faut patienter un peu avant de juger cette nouvelle expérience. En effet, plusieurs mesures ont été prises par le ministère afin de se préparer à l’application de ce système : on a allégé les programmes des trois années du cycle primaire et on a assuré une formation spéciale aux professeurs. Selon les chiffres, 31 000 professeurs ont reçu une formation en 2003-2004 et 34 000 autres ont été formés en 2005-2006. Mais en tant qu’un nouveau système, les professeurs ont besoin d’une certaine durée pour pouvoir bien l’assimiler et bien l’appliquer, surtout qu’il s’agit d’un système complètement différent du système traditionnel suivi dans les écoles.

— Mais le sureffectif dans les écoles entrave toujours la bonne application de portfolio, car il rend le processus d’évaluation peu conforme à leur vraie compétence. Qu’en pensez-vous ?

— L’évaluation stipulée par ce système oblige un contact quasi permanent entre l’élève et son professeur. Le sureffectif est toujours un problème chronique dont souffrent nos écoles. C’est pour cela que le ministère étudie plusieurs propositions telles que le recours à des professeurs auxiliaires, qui auront pour tâche d’aider les professeurs de la classe dans le processus d’évaluation .

Propos recueillis par Mirande Youssef

 




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