Constitution.
Le Parlement a donné son accord « de principe » aux
amendements proposés par le chef de l’Etat. Les réserves de
l’opposition n’ont pas été prises en compte par la majorité.
Réformer tête baissée
Cinq
séances de débats, houleux, viennent de se tenir à
l’Assemblée du peuple sur l’amendement de 34 articles de la
Constitution. Des amendements proposés par le président
Moubarak qui entend faire de son nouveau mandat celui de la
réforme politique. A l’issue de cette série de séances, 316
députés ont accepté les amendements, tandis que le bloc des
88 députés issus de la confrérie des Frères musulmans et
ceux du parti du Rassemblement (gauche) les ont rejetés. Le
député Mohamad Saad Al-Katatni (Frères) a même refusé l’idée
de procéder à des amendements constitutionnels. « Ces
modifications ont été conçues de manière unilatérale, elles
ne répondent pas aux revendications des citoyens. Ce qu’il
faut faire, c’est former une assemblée constituante en vue
de l’adoption d’une nouvelle Constitution », ajoute le
député.
Les discussions très tendues ont eu lieu principalement
entre le bloc des Frères et certains députés du Parti
National Démocrate (PND, au pouvoir) notamment en ce qui
concerne l’amendement de l’article 5 qui interdit
catégoriquement toute formation politique basée sur la
religion. Hamdi Hassan, porte-parole des Frères à
l’Assemblée, a accusé le PND de vouloir une politique sans
religion. « L’islam est une religion d’Etat et de politique,
ceux qui cherchent une religion apolitique doivent se
trouver une autre religion ». A quoi Hamdi Al-Tahhan, député
PND, a répondu : « Ayez pitié de l’Egypte, notre société
rejette le terrorisme moral et n’a pas envie de mélanger la
religion à la politique ».
Par ailleurs, les clauses 62 et 94 qui, sous leurs nouvelles
formes, imposeront des restrictions importantes sur la
participation des candidats indépendants aux élections
présidentielles, représentent un autre front de lutte pour
les Frères qui, dépourvus de légitimité, ne peuvent que se
présenter en indépendants. Mais les opposants sont pris de
court par une date butoir jugée trop avancée. « Les
discussions relatives au projet de loi sur la propriété
intellectuelle a duré près d’un an. Nous avons tenu 54
séances et le Parlement a eu recours à plus de 32 experts
pour étudier cette loi », rappelle le député islamiste Ali
Labane, qui exprime également son inquiétude vis-à-vis de la
loi antiterroriste censée remplacer la loi sur l’état
d’urgence. Il n’est pas le seul à appréhender de nouvelles
restrictions sur les libertés et les droits civils.
La même inquiétude face à d’éventuelles restrictions des
libertés, et le même désir d’un changement radical de la
Constitution se font sentir au sein du parti du
Rassemblement. Pourtant, ce parti de gauche, se soucie
surtout, non sans un air de résignation face au fait
accompli, de la disparition de toute référence au socialisme
dans la nouvelle Constitution. « Ce serait la rupture avec
toutes les valeurs du socialisme qui ont marqué l’Egypte des
années 1960, et c’est mettre fin aux espoirs de ceux qui
rêvent de justice sociale », regrette le député du parti,
Mohamad Abdel-Aziz Chaabane. « Après les vagues de
privatisation et l’intervention dans l’économie du secteur
privé, le socialisme a été de facto aboli. A quoi ça sert
donc ce débat sur des amendements de pure forme », renchérit
le secrétaire général du parti, Hussein Abdel-Razeq.
Pour sa part, le parti libéral du Néo-Wafd s’est rangé du
côté de la majorité en acceptant « en principe » les
amendements proposés. Ce qui n’a pas pour autant empêché
certaines voix discordantes de se faire entendre au sein
même du parti. « Si les leaders historiques du Wafd étaient
en vie, Saad Zaghloul ou Nahhas pacha, ils auraient sûrement
rejeté de tels amendements qui entendent limiter le contrôle
judiciaire sur les élections ainsi que les libertés civiles
», estime le wafdiste, Mohamad Abdel-Alim.
Mais les réserves de l’opposition n’ont pu stopper la
machine officielle de la réforme. « Ces amendements
représentent un pas historique et important sur le chemin de
la réforme politique », assure Abdel-Ahad Gamaleddine, chef
de la majorité au Parlement. Et d’ajouter : « Ceux qui
sèment les doutes sur le sérieux de ces amendements doivent
reconsidérer leur position ». De son côté, le président de
l’Assemblée, Fathi Sourour, a essayé de rassurer au mieux
ceux qui gardent une attitude sceptique : « Jamais les
députés ne valideront un texte hostile aux libertés »,
a-t-il dit. Il s’agit plutôt, selon lui, de favoriser à
travers la nouvelle Constitution une participation maximale
des citoyens à la vie politique.
Et c’est par ces mots que Sourour a clos le débat, en
annonçant la validation par le Parlement des amendements
proposés par le chef de l’Etat. Le 18 mars, la commission
des affaires constitutionnelles de l’Assemblée doit rédiger
un rapport à cet effet .
Sabah
Sabet