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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Egypte

Constitution. Le Parlement a donné son accord « de principe » aux amendements proposés par le chef de l’Etat. Les réserves de l’opposition n’ont pas été prises en compte par la majorité.

Réformer tête baissée

Cinq séances de débats, houleux, viennent de se tenir à l’Assemblée du peuple sur l’amendement de 34 articles de la Constitution. Des amendements proposés par le président Moubarak qui entend faire de son nouveau mandat celui de la réforme politique. A l’issue de cette série de séances, 316 députés ont accepté les amendements, tandis que le bloc des 88 députés issus de la confrérie des Frères musulmans et ceux du parti du Rassemblement (gauche) les ont rejetés. Le député Mohamad Saad Al-Katatni (Frères) a même refusé l’idée de procéder à des amendements constitutionnels. « Ces modifications ont été conçues de manière unilatérale, elles ne répondent pas aux revendications des citoyens. Ce qu’il faut faire, c’est former une assemblée constituante en vue de l’adoption d’une nouvelle Constitution », ajoute le député.

Les discussions très tendues ont eu lieu principalement entre le bloc des Frères et certains députés du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) notamment en ce qui concerne l’amendement de l’article 5 qui interdit catégoriquement toute formation politique basée sur la religion. Hamdi Hassan, porte-parole des Frères à l’Assemblée, a accusé le PND de vouloir une politique sans religion. « L’islam est une religion d’Etat et de politique, ceux qui cherchent une religion apolitique doivent se trouver une autre religion ». A quoi Hamdi Al-Tahhan, député PND, a répondu : « Ayez pitié de l’Egypte, notre société rejette le terrorisme moral et n’a pas envie de mélanger la religion à la politique ».

Par ailleurs, les clauses 62 et 94 qui, sous leurs nouvelles formes, imposeront des restrictions importantes sur la participation des candidats indépendants aux élections présidentielles, représentent un autre front de lutte pour les Frères qui, dépourvus de légitimité, ne peuvent que se présenter en indépendants. Mais les opposants sont pris de court par une date butoir jugée trop avancée. « Les discussions relatives au projet de loi sur la propriété intellectuelle a duré près d’un an. Nous avons tenu 54 séances et le Parlement a eu recours à plus de 32 experts pour étudier cette loi », rappelle le député islamiste Ali Labane, qui exprime également son inquiétude vis-à-vis de la loi antiterroriste censée remplacer la loi sur l’état d’urgence. Il n’est pas le seul à appréhender de nouvelles restrictions sur les libertés et les droits civils.

La même inquiétude face à d’éventuelles restrictions des libertés, et le même désir d’un changement radical de la Constitution se font sentir au sein du parti du Rassemblement. Pourtant, ce parti de gauche, se soucie surtout, non sans un air de résignation face au fait accompli, de la disparition de toute référence au socialisme dans la nouvelle Constitution. « Ce serait la rupture avec toutes les valeurs du socialisme qui ont marqué l’Egypte des années 1960, et c’est mettre fin aux espoirs de ceux qui rêvent de justice sociale », regrette le député du parti, Mohamad Abdel-Aziz Chaabane. « Après les vagues de privatisation et l’intervention dans l’économie du secteur privé, le socialisme a été de facto aboli. A quoi ça sert donc ce débat sur des amendements de pure forme », renchérit le secrétaire général du parti, Hussein Abdel-Razeq.

Pour sa part, le parti libéral du Néo-Wafd s’est rangé du côté de la majorité en acceptant « en principe » les amendements proposés. Ce qui n’a pas pour autant empêché certaines voix discordantes de se faire entendre au sein même du parti. « Si les leaders historiques du Wafd étaient en vie, Saad Zaghloul ou Nahhas pacha, ils auraient sûrement rejeté de tels amendements qui entendent limiter le contrôle judiciaire sur les élections ainsi que les libertés civiles », estime le wafdiste, Mohamad Abdel-Alim.

Mais les réserves de l’opposition n’ont pu stopper la machine officielle de la réforme. « Ces amendements représentent un pas historique et important sur le chemin de la réforme politique », assure Abdel-Ahad Gamaleddine, chef de la majorité au Parlement. Et d’ajouter : « Ceux qui sèment les doutes sur le sérieux de ces amendements doivent reconsidérer leur position ». De son côté, le président de l’Assemblée, Fathi Sourour, a essayé de rassurer au mieux ceux qui gardent une attitude sceptique : « Jamais les députés ne valideront un texte hostile aux libertés », a-t-il dit. Il s’agit plutôt, selon lui, de favoriser à travers la nouvelle Constitution une participation maximale des citoyens à la vie politique.

Et c’est par ces mots que Sourour a clos le débat, en annonçant la validation par le Parlement des amendements proposés par le chef de l’Etat. Le 18 mars, la commission des affaires constitutionnelles de l’Assemblée doit rédiger un rapport à cet effet .

Sabah Sabet

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