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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Economie

7e forum social mondial . L’événement annuel altermondialiste, qui s’est ouvert au Kenya le 20 janvier, se déroule pour la première fois sur le continent africain. Un choix hautement symbolique.

Face aux poids lourds de Davos,
les alters soutiennent l’Afrique

A chaque thèse son antithèse. A chaque Davos son anti-Davos. Cette année, plus de 80 000 participants, venant des quatre coins du monde, étaient déjà présents samedi matin à Nairobi pour dénoncer les injustices sociales qui continuent à frapper les pays en développement, mais aussi, de plus en plus, les populations des pays riches. Cette année, les altermondialistes sont venus en Afrique manifester leur solidarité avec ce continent souffrant particulièrement des effets de la mondialisation et du néo-colonialisme, selon les organisateurs du 7e Forum Social Mondial (FSM). Espace de débat entre mouvements sociaux, organisations non gouvernementales, syndicats, universitaires et églises, le FSM qui se tient jusqu’au jeudi 25 janvier examine cette année des alternatives de développement proposées par les différents acteurs.

Le rendez-vous annuel des opposants à la mondialisation néo-libérale, organisé pour la première fois en Afrique, s’est ouvert avec une marche de protestation partie de Kibera, l’un des immenses bidonvilles de la capitale kényane. Symbole de la pauvreté et de l’absence d’accès aux services de base, ce quartier déshérité abrite au moins 700 000 personnes, soit un tiers de la population de Nairobi. Si bon nombre des slogans brandis par les manifestants prônaient « un monde différent », beaucoup dénonçaient également la politique du président américain George W. Bush, décrit comme « le terroriste numéro un » ou encore « l’incarnation de Satan ».

« On nous a dit de participer à cette marche qui appelle à la fin de la pauvreté », a révélé Edward Njeru, à l’Inter Press Services, la voix d’un groupe d’ONG présentes à Nairobi. Njeru est chauffeur de tok-tok (motocycle à trois roues qui sert comme moyen de transport). Il touche entre 14 et 43 dollars par mois, à peine suffisants pour faire vivre sa famille. « J’espère vraiment que la pauvreté prendra fin », lance-t-il. Il est venu, avec une trentaine de ses collègues, participer à l’inauguration de l’événement, symbolisant le slogan du 7e FSM : « Les luttes des peuples, les alternatives des peuples ».

Au menu de cette réunion : lutte contre le sida, le poids de la dette, la souveraineté alimentaire, la nécessité d’accords de commerce justes, de modes de vie alternatifs pour les jeunes et d’emplois respectant la dignité de la personne ... Soit 13 activités qui dominent l’actualité sur le continent le plus pauvre de la planète.

Plusieurs hautes personnalités africaines et internationales ont tenu à être présentes à ce Forum : le premier président de Zambie, Kenneth Kaunda, la Kényane Wangari Maathai, prix Nobel de la paix 2004, une ancienne haut commissaire aux droits de l’homme de l’Onu, Mary Robinson, le prix Nobel de la paix sud-africain, Desmond Tutu, et Winnie Mandela, ex-épouse de Nelson Mandela. Sans oublier la figure de l’altermondialisme en Afrique de l’Ouest et ancienne ministre malienne de la Culture, Aminata Traoré. Du côté français, à noter la présence du syndicaliste paysan français, José Bové.

Les organisateurs du Forum social mondial ont tenu à ce rendez-vous en Afrique pour manifester leur solidarité avec le continent le plus pauvre et particulièrement affecté par les effets de la mondialisation. Ils ont également voulu se rendre en Afrique, où les milieux anti-libéraux n’ont pas les moyens de voyager ni de participer aux manifestations mondiales des opposants au néo-libéralisme.

Les participants vont jeter les bases, à l’occasion de ce FSM, d’une journée mondiale d’action qui se déroulera en janvier 2008, avant le prochain Forum mondial, organisé en 2009 dans une ville du Sud qui reste à déterminer. Le FSM servira en outre de cadre au lancement d’une campagne pour le « travail décent » dans le football, en prévision de la Coupe du monde 2010 qui se déroulera en Afrique du Sud.

Signaux d’alarme

Ce rassemblement annuel coïncide avec le Forum économique mondial (WEF) qui réunit chaque année le gratin de la politique et de la finance dans la station suisse de Davos. Entre les mains de 2 400 participants — dont 24 chefs d’Etat et de gouvernement, 85 ministres et 800 représentants de multinationales — sont présentés des signaux d’alarme des populations qui vivent de plus en plus dans l’incertitude. Ainsi, une quinzaine de réunions sont-elles consacrées au seul thème du réchauffement planétaire, un thème qui a bénéficié d’une « prise de conscience » en 2006. Alors que les autres réunions sont consacrées à des sujets aussi divers tels que l’Iraq, ou encore la place des religions dans les sociétés modernes. « Nous sommes confrontés à un monde de plus en plus schizophrène », observe Klaus Schwab, fondateur du Forum. Il ajoute que « l’économie va bien, l’impression est bonne, mais sous la surface, les risques, les défis et les déséquilibres sont nombreux; nous vivons dans un monde très dangereux ».

Des experts réunis par le Forum ont conclu de leur côté que les risques engendrés par l’économie mondiale sur l’environnement, les maladies, le terrorisme ou le prix du pétrole avaient augmenté l’an dernier, selon une étude publiée au début du mois. Témoin de cette angoisse montante : 48 % des habitants de la planète pensent que leurs enfants hériteront d’un monde moins sûr, selon une enquête de l’institut Gallup réalisée fin 2006 pour le compte du Forum auprès de 55 000 personnes dans 60 pays. Le même sondage publié un an plus tôt ne dénombrait que 30 % de pessimistes. Cependant, pour les conférenciers de Davos, aucun rapport n’existe, au moins pour le moment, entre d’une part, la logique de la mondialisation, basée sur la réalisation des profits, et de l’autre part, des maux sociaux, dont ils s’inquiètent des conséquences néfastes. Pour les anti-Davos, en revanche, le lien est clair. Et le remède est de considérer les gens avant les profits.

Salma Hussein

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