7e forum social mondial .
L’événement annuel altermondialiste,
qui s’est ouvert au Kenya le 20 janvier, se déroule pour la
première fois sur le continent africain. Un choix hautement
symbolique.
Face aux poids lourds de Davos,
les alters soutiennent l’Afrique
A
chaque thèse son antithèse. A chaque Davos son anti-Davos.
Cette année, plus de 80 000 participants, venant des quatre
coins du monde, étaient déjà présents samedi matin à Nairobi
pour dénoncer les injustices sociales qui continuent à
frapper les pays en développement, mais aussi, de plus en
plus, les populations des pays riches. Cette année, les
altermondialistes sont venus en
Afrique manifester leur solidarité avec ce continent
souffrant particulièrement des effets de la mondialisation
et du néo-colonialisme, selon les organisateurs du 7e Forum
Social Mondial (FSM). Espace de débat entre mouvements
sociaux, organisations non gouvernementales, syndicats,
universitaires et églises, le FSM qui se tient jusqu’au
jeudi 25 janvier examine cette année des alternatives de
développement proposées par les différents acteurs.
Le rendez-vous annuel des opposants à la mondialisation
néo-libérale, organisé pour la première fois en Afrique,
s’est ouvert avec une marche de protestation partie de
Kibera, l’un des immenses
bidonvilles de la capitale kényane. Symbole de la pauvreté
et de l’absence d’accès aux services de base, ce quartier
déshérité abrite au moins 700 000 personnes, soit un tiers
de la population de Nairobi. Si bon nombre des slogans
brandis par les manifestants prônaient « un monde différent
», beaucoup dénonçaient également la politique du président
américain George W. Bush, décrit comme « le terroriste
numéro un » ou encore « l’incarnation de Satan ».
« On nous a dit de participer à cette marche qui appelle à
la fin de la pauvreté », a révélé Edward
Njeru, à l’Inter
Press Services, la voix d’un
groupe d’ONG présentes à Nairobi. Njeru
est chauffeur de tok-tok
(motocycle à trois roues qui sert comme moyen de transport).
Il touche entre 14 et 43 dollars par mois, à peine
suffisants pour faire vivre sa famille. « J’espère vraiment
que la pauvreté prendra fin », lance-t-il. Il est venu, avec
une trentaine de ses collègues, participer à l’inauguration
de l’événement, symbolisant le slogan du 7e FSM : « Les
luttes des peuples, les alternatives des peuples ».
Au menu de cette réunion : lutte contre le sida, le poids de
la dette, la souveraineté alimentaire, la nécessité
d’accords de commerce justes, de modes de vie alternatifs
pour les jeunes et d’emplois respectant la dignité de la
personne ... Soit 13 activités qui dominent l’actualité sur
le continent le plus pauvre de la planète.
Plusieurs hautes personnalités africaines et internationales
ont tenu à être présentes à ce Forum : le premier président
de Zambie, Kenneth Kaunda, la Kényane Wangari Maathai, prix
Nobel de la paix 2004, une ancienne haut commissaire aux
droits de l’homme de l’Onu, Mary Robinson, le prix Nobel de
la paix sud-africain, Desmond Tutu, et Winnie Mandela,
ex-épouse de Nelson Mandela. Sans oublier la figure de l’altermondialisme
en Afrique de l’Ouest et ancienne ministre malienne de la
Culture, Aminata Traoré. Du côté français, à noter la
présence du syndicaliste paysan français, José Bové.
Les organisateurs du Forum social mondial ont tenu à ce
rendez-vous en Afrique pour manifester leur solidarité avec
le continent le plus pauvre et particulièrement affecté par
les effets de la mondialisation. Ils ont également voulu se
rendre en Afrique, où les milieux anti-libéraux n’ont pas
les moyens de voyager ni de participer aux manifestations
mondiales des opposants au néo-libéralisme.
Les participants vont jeter les bases, à l’occasion de ce
FSM, d’une journée mondiale d’action qui se déroulera en
janvier 2008, avant le prochain Forum mondial, organisé en
2009 dans une ville du Sud qui reste à déterminer. Le FSM
servira en outre de cadre au lancement d’une campagne pour
le « travail décent » dans le football, en prévision de la
Coupe du monde 2010 qui se déroulera en Afrique du Sud.
Signaux d’alarme
Ce rassemblement annuel coïncide avec le Forum économique
mondial (WEF) qui réunit chaque année le gratin de la
politique et de la finance dans la station suisse de Davos.
Entre les mains de 2 400 participants — dont 24 chefs d’Etat
et de gouvernement, 85 ministres et 800 représentants de
multinationales — sont présentés des signaux d’alarme des
populations qui vivent de plus en plus dans l’incertitude.
Ainsi, une quinzaine de réunions sont-elles consacrées au
seul thème du réchauffement planétaire, un thème qui a
bénéficié d’une « prise de conscience » en 2006. Alors que
les autres réunions sont consacrées à des sujets aussi
divers tels que l’Iraq, ou encore la place des religions
dans les sociétés modernes. « Nous sommes confrontés à un
monde de plus en plus schizophrène », observe Klaus Schwab,
fondateur du Forum. Il ajoute que « l’économie va bien,
l’impression est bonne, mais sous la surface, les risques,
les défis et les déséquilibres sont nombreux; nous vivons
dans un monde très dangereux ».
Des experts réunis par le Forum ont conclu de leur côté que
les risques engendrés par l’économie mondiale sur
l’environnement, les maladies, le terrorisme ou le prix du
pétrole avaient augmenté l’an dernier, selon une étude
publiée au début du mois. Témoin de cette angoisse montante
: 48 % des habitants de la planète pensent que leurs enfants
hériteront d’un monde moins sûr, selon une enquête de
l’institut Gallup réalisée fin 2006 pour le compte du Forum
auprès de 55 000 personnes dans 60 pays. Le même sondage
publié un an plus tôt ne dénombrait que 30 % de pessimistes.
Cependant, pour les conférenciers de Davos, aucun rapport
n’existe, au moins pour le moment, entre d’une part, la
logique de la mondialisation, basée sur la réalisation des
profits, et de l’autre part, des maux sociaux, dont ils
s’inquiètent des conséquences néfastes. Pour les anti-Davos,
en revanche, le lien est clair. Et le remède est de
considérer les gens avant les profits.
Salma
Hussein