Al-Ahram Hebdo, Economie | Désunion sur la monnaie unique
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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Economie

Conseil de coopération du Golfe . Le Sultanat d’Oman s’est retiré du projet d’union monétaire. Les cinq autres membres reconnaissent aussi que l’objectif fixé pour 2010 est trop ambitieux.

Désunion sur la monnaie unique

« La décision du royaume est définitive. La création de l’union monétaire arabe, qui est prématurée, nous impose des objectifs difficiles à tenir à l’heure actuelle », a déclaré le 8 janvier Ahmed Mekki, ministre de l’Economie du Sultanat d’Oman, pour expliquer la décision de son pays de se retirer du projet d’union monétaire en 2010, voulu par le Conseil de Coopération du Golfe (CCG). Mekki énumère les objectifs en question : « Diminuer les dépenses publiques et réaliser un déficit qui ne dépasse pas les 3 % du budget limitent notre liberté de prise de décisions économiques ». Alors que son pays « doit augmenter ses dépenses publiques sur l’infrastructure », ajoute-t-il. Sans préciser que grâce aux revenus pétroliers record, cette hausse des dépenses ne se traduira pas par un déficit croissant.

Cette décision du royaume, loin d’étonner les autres membres du CCG, en raison de ses réticences déjà exprimées, a conduit ces derniers à se montrer plus flexibles. « Nous sommes prêts à accepter une solution intermédiaire, celle d’une adhésion plus lente de quelques pays », a souligné le gouverneur de la Banque centrale émiratie Sultane bin Nasser Al-Souwidi. Même si le secrétaire général du CCG, Abdel-Rahmane Hamad, s’est montré plus tranchant : « Chaque pays est libre d’exprimer sa position vis-à-vis de l’union monétaire ». Il a ajouté que le sommet du CCG tenu à Ryad en décembre dernier a chargé le comité de coopération économique des pays du Golfe d’étudier les aspects techniques et organisationnels pour le lancement de la monnaie unique en 2010.

Le lancement de la monnaie unique est la troisième et dernière étape de la réalisation du rêve des pays du Golfe de former une union inspirée du modèle européen. Pour réaliser cet objectif, les six pays du Golfe (Koweït, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Bahreïn, Qatar et Oman) ont formé le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) en 1981, chargé de prendre les mesures nécessaires pour aboutir aux trois piliers de l’union en 2010 : l’union douanière, le marché commun et enfin l’union monétaire qui consiste à créer une banque centrale arabe. Toutefois, responsables et experts estiment aujourd’hui trop ambitieuse la réalisation de cet objectif en 3 ans. « C’est une période trop courte. Il faut traiter la question de l’union graduellement. L’Union européenne, l’exemple modèle, a mis plus de 50 ans à réaliser son union monétaire et elle  a mis plus de 10 ans à lancer sa monnaie unique afin de surmonter les difficultés du marché commun », explique à l’Hebdo Mohamad Al-Touegri, le secrétaire général adjoint de la Ligue arabe pour les Affaires économiques en estimant que ces pays ne pourront pas lancer leur monnaie unique avant 2015. Puisqu’il « n’existe même pas à ce jour d’union douanière effective dans les pays du Golfe, malgré ladite création en 2003 ». Selon lui, les pays du Golfe doivent encore franchir des obstacles qu’ils ont eux-mêmes érigés sur le transfert des capitaux. « En d’autres termes, les pays du Golfe n’ont pas encore mis sur pied les deux piliers de l’union qui devraient précéder l’union monétaire ». Ajoutant aussi les écarts très importants entre les taux d’inflation dans ces pays. « Ils n’ont pas pris les mesures nécessaires pour rapprocher les taux d’inflation qui ont atteint leur apogée en 2005 », renchérit Al-Touegri. Par exemple, le Koweït avait le plus haut taux (12 %) suivi par les Emirats (11,8 %), l’Arabie saoudite (7,4 %), Bahreïn (6 %), Qatar (3,5 %) et Oman (2 %).

Hausse des prix

Fakhri Al-Fiqi, directeur du Centre des études administratives et économiques auprès de l’Université canadienne-Al-Ahram d’Egypte, explique que cette différence se répercute négativement sur le pouvoir d’achat de chaque pays. Il donne l’exemple de la hausse du niveau général des prix en Arabie saoudite, qui rend ses produits plus chers par rapport à ceux d’Oman. « Il en résulte la chute de la demande sur les produits saoudiens. Il faut travailler sur la réduction des taux d’inflation jusqu’au plafond de 3 %. Il faudrait régler ce genre de problèmes avant de penser à lancer la monnaie unique », conclut Al-Fiqi. Il ajoute qu’il existe des pressions exercées par l’UE et les Etats-Unis pour accélérer le lancement de cette monnaie sans prendre en considération l’intérêt des petites économies. « Or, la monnaie unique ne sera pas créée en faveur des pays comme Oman et Bahreïn. Ces pays visent à diversifier leurs économies trop dépendantes du tourisme et du gaz naturel. L’augmentation de la demande sur le pétrole des grands pays conduira à l’augmentation de la valeur de la nouvelle monnaie. Ce qui rend les exportations et les services tels que le tourisme, plus chers et donc moins attractifs », explique Fakhri Al-Fiqi. Opinion partagée par Mohamad Al-Touegri, qui ajoute que les pays du Golfe devraient unifier leur système comptable : « L’UE a permis une période transitoire de 18 mois pendant lesquels les pays ont réglé leurs comptes en euros avant de lancer la nouvelle monnaie en 2002 », fait-il remarquer. La liste des éléments manquants afin d’aboutir à une union réussie éloigne la possibilité de la création d’un CCG uni et fort avant 2015. A moins que le génie de la lampe à pétrole vienne régler les difficultés.

Gilane Magdi

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