Conseil de coopération du Golfe .
Le Sultanat d’Oman s’est retiré du projet d’union monétaire.
Les cinq autres membres reconnaissent aussi que l’objectif
fixé pour 2010 est trop ambitieux.
Désunion sur la monnaie unique
« La décision du royaume est définitive. La création de
l’union monétaire arabe, qui est prématurée, nous impose des
objectifs difficiles à tenir à l’heure actuelle », a déclaré
le 8 janvier Ahmed Mekki, ministre de l’Economie du Sultanat
d’Oman, pour expliquer la décision de son pays de se retirer
du projet d’union monétaire en 2010, voulu par le Conseil de
Coopération du Golfe (CCG). Mekki énumère les objectifs en
question : « Diminuer les dépenses publiques et réaliser un
déficit qui ne dépasse pas les 3 % du budget limitent notre
liberté de prise de décisions économiques ». Alors que son
pays « doit augmenter ses dépenses publiques sur
l’infrastructure », ajoute-t-il. Sans préciser que grâce aux
revenus pétroliers record, cette hausse des dépenses ne se
traduira pas par un déficit croissant.
Cette décision du royaume, loin d’étonner les autres membres
du CCG, en raison de ses réticences déjà exprimées, a
conduit ces derniers à se montrer plus flexibles. « Nous
sommes prêts à accepter une solution intermédiaire, celle
d’une adhésion plus lente de quelques pays », a souligné le
gouverneur de la Banque centrale émiratie Sultane bin Nasser
Al-Souwidi. Même si le secrétaire général du CCG,
Abdel-Rahmane Hamad, s’est montré plus tranchant : « Chaque
pays est libre d’exprimer sa position vis-à-vis de l’union
monétaire ». Il a ajouté que le sommet du CCG tenu à Ryad en
décembre dernier a chargé le comité de coopération
économique des pays du Golfe d’étudier les aspects
techniques et organisationnels pour le lancement de la
monnaie unique en 2010.
Le lancement de la monnaie unique est la troisième et
dernière étape de la réalisation du rêve des pays du Golfe
de former une union inspirée du modèle européen. Pour
réaliser cet objectif, les six pays du Golfe (Koweït, Arabie
saoudite, Emirats arabes unis, Bahreïn, Qatar et Oman) ont
formé le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) en 1981,
chargé de prendre les mesures nécessaires pour aboutir aux
trois piliers de l’union en 2010 : l’union douanière, le
marché commun et enfin l’union monétaire qui consiste à
créer une banque centrale arabe. Toutefois, responsables et
experts estiment aujourd’hui trop ambitieuse la réalisation
de cet objectif en 3 ans. « C’est une période trop courte.
Il faut traiter la question de l’union graduellement.
L’Union européenne, l’exemple modèle, a mis plus de 50 ans à
réaliser son union monétaire et elle a mis plus de 10
ans à lancer sa monnaie unique afin de surmonter les
difficultés du marché commun », explique à l’Hebdo Mohamad
Al-Touegri, le secrétaire général adjoint de la Ligue arabe
pour les Affaires économiques en estimant que ces pays ne
pourront pas lancer leur monnaie unique avant 2015.
Puisqu’il « n’existe même pas à ce jour d’union douanière
effective dans les pays du Golfe, malgré ladite création en
2003 ». Selon lui, les pays du Golfe doivent encore franchir
des obstacles qu’ils ont eux-mêmes érigés sur le transfert
des capitaux. « En d’autres termes, les pays du Golfe n’ont
pas encore mis sur pied les deux piliers de l’union qui
devraient précéder l’union monétaire ». Ajoutant aussi les
écarts très importants entre les taux d’inflation dans ces
pays. « Ils n’ont pas pris les mesures nécessaires pour
rapprocher les taux d’inflation qui ont atteint leur apogée
en 2005 », renchérit Al-Touegri. Par exemple, le Koweït
avait le plus haut taux (12 %) suivi par les Emirats (11,8
%), l’Arabie saoudite (7,4 %), Bahreïn (6 %), Qatar (3,5 %)
et Oman (2 %).
Hausse des prix
Fakhri Al-Fiqi, directeur du Centre des études
administratives et économiques auprès de l’Université
canadienne-Al-Ahram d’Egypte, explique que cette différence
se répercute négativement sur le pouvoir d’achat de chaque
pays. Il donne l’exemple de la hausse du niveau général des
prix en Arabie saoudite, qui rend ses produits plus chers
par rapport à ceux d’Oman. « Il en résulte la chute de la
demande sur les produits saoudiens. Il faut travailler sur
la réduction des taux d’inflation jusqu’au plafond de 3 %.
Il faudrait régler ce genre de problèmes avant de penser à
lancer la monnaie unique », conclut Al-Fiqi. Il ajoute qu’il
existe des pressions exercées par l’UE et les Etats-Unis
pour accélérer le lancement de cette monnaie sans prendre en
considération l’intérêt des petites économies. « Or, la
monnaie unique ne sera pas créée en faveur des pays comme
Oman et Bahreïn. Ces pays visent à diversifier leurs
économies trop dépendantes du tourisme et du gaz naturel.
L’augmentation de la demande sur le pétrole des grands pays
conduira à l’augmentation de la valeur de la nouvelle
monnaie. Ce qui rend les exportations et les services tels
que le tourisme, plus chers et donc moins attractifs »,
explique Fakhri Al-Fiqi. Opinion partagée par Mohamad
Al-Touegri, qui ajoute que les pays du Golfe devraient
unifier leur système comptable : « L’UE a permis une période
transitoire de 18 mois pendant lesquels les pays ont réglé
leurs comptes en euros avant de lancer la nouvelle monnaie
en 2002 », fait-il remarquer. La liste des éléments
manquants afin d’aboutir à une union réussie éloigne la
possibilité de la création d’un CCG uni et fort avant 2015.
A moins que le génie de la lampe à pétrole vienne régler les
difficultés.
Gilane
Magdi