Al-Ahram Hebdo,Dossier | Du nationalisme à l’individualisme
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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Dossier

Pouvoir. La bourgeoisie d’affaires égyptienne, née dans les années 1920, était motivée par une vision nationaliste, celle d’une nahda (renaissance) industrielle. Celle de l’infitah semble privilégier les seuls intérêts immédiats. 

Du nationalisme à l’individualisme 

Défenseur de l’économie nationale, militant contre la mainmise étrangère, tel était le profil de l’homme d’affaires égyptien au début du XXe siècle. Talaat Harb, auquel nous devons la création de la première banque égyptienne, la Banque Misr, est le symbole de cette époque et de cette manière de voir. De plus, il est l’homme qui a assuré le passage d’une économie foncière à une économie relativement industrielle. Dans Les Hommes d’affaires égyptiens, démocratisation et secteur privé dans l’Egypte de l’infitah, édition Khartala, Eric Gobe, arabisant et docteur en sciences politiques, met en relief ce phénomène. Talaat Harb a créé le 8 mars 1920 cette banque Misr (nom arabe de l’Egypte, ce qui est un choix voulu) grâce à sa connaissance du monde des grands propriétaires terriens. Ils ont fait valoir qu’ils contribuaient à la cause nationaliste, celle émanant de la révolution wafdiste contre les occupants britanniques en 1919. Pour Talaat Harb, la banque devait attirer les épargnes pour créer de nouvelles sociétés industrielles et commerciales, et ce fut à l’origine de ce grand establishment que furent les sociétés Misr, Filature de Mahalla, Studio Misr pour la production cinématographique, Misr Air, première compagnie aérienne égyptienne ; autant d’activités s’inscrivant dans la logique du modernisme.

De manière ponctuelle cela répondait aussi, comme le dit Magdi Sobhi, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, aux crises économiques successives à la première guerre mondiale et mettant l’accent sur la nécessité pour l’Egypte de se libérer de sa dépendance vis-à-vis de l’étranger.

Vers la fin des années 1940, l’économie égyptienne avait était dominée par le secteur privé : « 87 % de la valeur ajoutée et 95 % des emplois civils », selon l’ouvrage précité.

Emergence d'intermédiaires

Avec la Révolution de 1952, on passe à une étape d’hésitation. Le projet nassérien, au départ peu opposé à l’économie libérale, suscite la méfiance des hommes d’affaires. Leur attitude assez vague, s’ajoutant aux tiraillements du mouvement au sein de l’Etat, mène aux célèbres nationalisations globales pour la plupart, et partielles pour d’autres cas. C’est plus ou moins la fin de la classe des hommes d’affaires traditionnels, bien que certains se soient en veilleuse dans l’attente de jours meilleurs. On voit monter une nouvelle bourgeoisie faite notamment d’anciens militaires reconvertis au civil et dirigeant les entreprises. Mais en marge se développe toute une classe d’intermédiaires profitant des commissions. C’est celle-ci, avec les cadres du secteur public et les rescapés des nationalisations qui mèneront à la création de la nouvelle classe d’affaires. Celle de l’infitah, libéralisation économique sous Sadate. Ce dernier avait un peu fait sienne la phrase supposée de Guizot « Enrichissez-vous ». C’est « l’infitah sans foi ni loi. Pas d’investissements importants en matière d’industrie, juste 19 % au lendemain de la guerre de 1973. Les investissements se concentraient sur l’importation de produits de luxe, dont les voitures », relève Magdi Sobhi. Il souligne ainsi que ce capitalisme est loin d’être identifié à celui de Talaat Harb qui était un homme à vision.

De toute façon, cette bourgeoisie d’affaires a rampé vers les institutions, y compris le Parlement, après une période d’hésitation. A l’heure actuelle c’est toujours le manque de vision, souligne Sobhi. Et d’ajouter : « Il n’y a plus l’objectif de procéder à une renaissance globale, ni une stratégie industrielle unifiée, juste des intérêts privés ». Un état des lieux qui est sans doute désolant, mais qui relève sans doute d’une logique des faits actuels un peu partout dans le monde. 48 % des habitants de la planète pensent que leurs enfants hériteront d’un monde moins sûr, selon une enquête de l’institut Gallup réalisée fin 2006 pour le compte du Forum de Davos, qui se réunira à partir de mercredi, auprès de 55 000 personnes dans 60 pays. Le même sondage publié un an plus tôt ne dénombrait que 30 % de pessimistes.

Ahmed Loutfi

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