Pouvoir.
Au-delà de l’effet corruption, l’accès au Parlement
constitue également un excellent marchepied pour influer sur
la politique économique du pays.
Du partage de la galette des lois
Ahmad Ezz, président de la commission du budget, Mohamad
Aboul-Einein, président de la commission de l’industrie,
Moustapha Al-Sallab, vice-président de la commission de
l’industrie, Hani Sourour, vice-président de la commission
de la santé, Tareq Talaat Moustapha, président de la
commission de l’habitat. Tous d’importants hommes
d’affaires. Plus que la moitié des commissions du Parlement
voient à leur tête des hommes d’affaires ; une catégorie qui
enregistre une montée en puissance dans l’hémicycle. En très
grande majorité, ils font partie du PND, le parti au
pouvoir. Les quelques-uns en dehors du PND ont été élus en
tant qu’indépendants, mais certains d’entre eux n’ont pas
tardé à se rallier au parti au pouvoir au lendemain du
scrutin, à l’instar de Hicham Moustapha Khalil, fils d’un
célèbre premier ministre égyptien. Question d’intérêt,
dit-on. L’Assemblée du peuple n’est-elle pour eux qu’un
moyen de faire des affaires encore plus florissantes ? «
C’est plutôt l’intérêt personnel et non pas celui du peuple
que ces députés viseraient essentiellement à réaliser durant
toute leur présence au Parlement », dit Abdel-Ghaffar Chokr,
vice-directeur du Centre d’études arabes. A voir les
extravagantes sommes d’argent dépensées lors des campagnes
électorales, l’on peut imaginer à quel profit ils
s’attendent.
« En occupant une telle place au Parlement, les hommes
d’affaires contrôlent de tout près le processus législatif
économique. C’est-à-dire tout ce qui les concerne
directement », dit Gamal Zahrane, député indépendant et
professeur de sciences politiques à l’Université de Canal de
Suez. Zahrane donne comme preuve à cet argument, l’exemple
des lois économiques qui ont été débattues lors de la
session précédente : la nouvelle loi des impôts qui a réduit
le taux maximum des impôts de 40 % à 20 % et celui des
douanes sur les biens de production. « Des changements
qui sont au profit des grands capitalistes au détriment des
autres classes sociales », déplore Zahrane. Ce n’est donc
pas un hasard s’ils contrôlent aussi toutes ces commissions
liées à l’économie du pays. Pour Abdallah Al-Sénnaoui,
rédacteur en chef du journal nassérien Al-Arabi, « c’est un
choix tout à fait injustifié. Les députés compétents
s’abstiennent lors des débats en faveur de ceux qui ont peu
d’expérience parlementaire et non pas d’ailleurs le temps ».
Mais leurs efforts se font remarquables lors des séances qui
débattent des lois économiques. « C’est uniquement à ce
moment-là qu’on les voit tous présents à l’écran de
télévision », précise Al-Sénnaoui. Une attitude qui
contraste tout à fait avec celle qu’ils ont adoptée lors des
séances tenues suite à l’affaire du naufrage du ferry
Al-Salam ou la crise de la grippe aviaire par exemple. Pas
question de mettre le parti au pouvoir dans l’embarras. Ce
n’est d’ailleurs pas une réaction propre aux hommes
d’affaires, c’est celle de tous les députés PND en général.
Aujourd’hui, leur action est plus remarquable car
contrairement aux Parlements précédents, les hommes
d’affaires semblent rassemblés et organisés autour d’un seul
objectif.
Nouvelle donne économique
Effet positif ? Pourquoi pas ! Pour Chérif Al-Abd, le
journaliste parlementaire d’Al-Ahram, et qui a connu les
différents Parlements successifs, « l’entrée des hommes
d’affaires au Parlement est une expérience avantageuse pour
l’économie égyptienne. Avec la nouvelle donne économique,
qui s’oriente vers l’économie du marché et la privatisation,
ces hommes d’affaires représentent le secteur privé que le
gouvernement considère comme le pivot du développement ».
Une présence logique, puisqu’elle reflète un état des lieux
dans la vie égyptienne. Paradoxalement, ce qui est retenu de
la performance des hommes d’affaires au Parlement est en
deçà de l’économie. Les scandales de corruption occupent le
devant de la scène avec plusieurs cas de levée de l’immunité
parlementaire. Al-Sénnaoui, lui, pense que la scène la plus
remarquable était cette bagarre entre Ahmad Ezz et Talaat
Al-Sadate, avec insultes échangées et menaces de se donner
des coups de souliers.
Aliaa
Al-Korachi