Pouvoir.
Al-Badri Farghali,
député du parti Al-Tagammoe (gauche), critique la présence
massive des hommes d’affaires au Parlement.
« Il faut réactiver l’article 95 de la Constitution et non
le contourner »
Al-Ahram Hebdo : Ce débat sur la présence des hommes
d’affaires à l’Assemblée du peuple est-il justifié ?
Al-Badri Farghali :
L’expérience des hommes d’affaires au Parlement a dévoilé
nombre d’inconvénients, surtout en matière de relations
économiques entre les députés et le gouvernement.
Beaucoup de scandales et de crises ont eu lieu récemment et
ont fait la une des journaux, et dont les principaux
concernés étaient des hommes d’affaires. Cette situation a
énormément nui au gouvernement et mis au grand jour les
infractions et affaires de corruption. Ceci a également nui
à l’image des parlementaires en général et encore plus au
Parti National Démocrate (PND), car ces affaires de
corruption étaient liées à ses représentants censés défendre
ses intérêts.
— Le bilan des hommes d’affaires au Parlement est-il donc
négatif selon vous ?
— Tout à fait. Ces hommes d’affaires sont arrivés au
Parlement à la recherche de plus grands intérêts et de
gains. Ils savent que leurs relations et leur pouvoir au
sein de l’Assemblée du peuple renforceront leurs affaires
sur le marché et leur ouvriront des portes, qui jusqu’à
présent étaient fermées. La preuve en est qu’ils ont versé
d’énormes sommes d’argent lors des campagnes électorales
afin de décrocher un siège au Parlement. Pensez-vous que
leur motif était juste d’être au service du peuple et de
défendre ses intérêts ? Personnellement, je n’y crois pas.
— La relation entre l’Etat et ces députés-hommes d’affaires
ne doit-elle pas être réglementée par la Constitution ?
— L’article 95 de la Constitution est très clair sur ce
point. Il prohibe tous genres d’échanges ou transactions
entre l’Etat et les députés à l’Assemblée du peuple. Mais la
commission législative au Parlement a contourné la
situation, en décidant que ce genre de relations est permis
si elles étaient en vigueur avant l’élection du député au
Parlement. C’est une grave dérogation, car elle a ouvert la
porte à de nombreuses fraudes et les députés ont profité de
leurs relations avec le gouvernement pour décrocher des
affaires et tirer encore plus de bénéfices. Ce qui a
d’ailleurs créé des inégalités et des irrégularités. Il faut
réactiver l’article 95 de la Constitution et non le
contourner.
— Qu’avez-vous fait, vous les membres de l’opposition, pour
faire face à cette situation ?
— Malheureusement, nous ne sommes qu’une minorité en fin de
compte et nous n’avons pas le pouvoir de procéder à de
profonds changements. Car c’est finalement les membres du
PND et les hommes d’affaires qui sont majoritaires, et c’est
ce qu’ils veulent qui finalement a lieu. Malgré tous ces
scandales autour des députés PND, il ne semble pas qu’un
changement de la situation va avoir lieu à l’Assemblée.
La majorité continuera à défendre ses propres intérêts, sauf
si d’autres institutions interviennent, notamment la
présidence. C’est elle l’ultime refuge, surtout que ces
infractions ont lieu entre le gouvernement et les hommes du
PND.
Karim
Farouk