Serbie .
Le statut du Kosovo et le rapprochement avec l’Union
européenne ont été les principaux enjeux des élections
législatives. Les ultranationalistes sont arrivés en tête de
ce premier scrutin depuis l’indépendance du Monténégro.
Victoire du scepticisme dans les Balkans
L’Europe et les Nations-Unies ont eu les yeux braqués sur la
Serbie, le week-end dernier, alors que les 6,6 millions
d’électeurs élisaient 250 députés pour redéfinir l’équilibre
des forces du pays. Pourtant, les résultats provisoires
sortis dimanche ne sont pas si clairs, comme en témoigne ce
titre du quotidien Politika : « Pas de gouvernement sans un
accord DS-DSS » (principaux partis démocrates
pro-européens). Les ultranationalistes du parti SRS sont en
effet arrivés en tête des législatives, mais ils ne
disposent pas d’une majorité pour pouvoir gouverner. Le
président réformateur Boris Tadic s’est ainsi réjoui du
score des partis pro-européens.
Un an après le décès de Slobodan Milosevic, ces élections
avaient été avancées pour éviter de focaliser les débats sur
le Kosovo. La province, sous administration de l’Onu depuis
1999 est, en effet, dans l’attente d’un statut définitif.
L’envoyé de l’Onu, Martti Ahtisaari, a d’ailleurs décidé de
repousser l’annonce du plan onusien pour le Kosovo après les
élections, afin de ne pas perturber leur déroulement ou
encourager un vote ultranationaliste. L’an dernier, des
négociations de neuf mois ont été tenues entre Belgrade et
Pristina sans obtenir de résultats concrets. Les Albanais,
qui représentent 90 % de la population du Kosovo, réclament
leur indépendance, mais Belgrade y est farouchement opposée.
Le Kosovo est considéré par les Serbes comme le berceau de
leur civilisation, de leur culture et de leur religion, et
son indépendance est donc une éventualité largement rejetée
par la population. Ils optent plutôt pour une autonomie plus
large, mais au sein de la Serbie. Depuis le bombardement de
l’Otan en 1999, la situation s’est stabilisée, mais pas
apaisée au Kosovo, d’où 200 000 Serbes ont dû fuir par peur
de représailles d’extrémistes albanais. Il reste toutefois
100 0000 Serbes au Kosovo, la plupart vivant dans des
enclaves et craignant toujours pour leur vie. Le premier
ministre albanais, Agim Ceku, a déclaré ce 18 janvier : « Il
est temps de prendre une décision sur l’indépendance du
Kosovo ». Il a également cherché à rassurer les populations
serbes vivant sur le territoire : « Personne ne va venir
frapper à leur porte pour leur dire : le Kosovo est
indépendant maintenant vous devez partir. Il y a tout ce
qu’il faut pour qu’ils s’installent et restent au Kosovo ».
Cependant, le climat est tendu, et chacun sait que ces
élections et le gouvernement qui sera formé auront une
importance cruciale sur l’avenir du Kosovo, et le bon
déroulement du plan de l’Onu attendu dans les jours à venir.
Le think-tank Crisis Group prévient ainsi dans son dernier
rapport que repousser à nouveau la question du statut du
Kosovo risquerait de provoquer une perte de confiance des
Albanais en la capacité des organisations internationales à
régler leur problème, et une reprise des violences.
La Serbie joue aussi l’avenir de ses relations avec l’Union
européenne, dans la perspective d’une adhésion future. En
mai dernier, le rapprochement Serbie-UE a été gelé et n’a
pas repris depuis. Les Européens estimaient en effet que la
Serbie n’était pas assez efficace pour arrêter et transférer
au TPIY (Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie),
l’ex-chef militaire des Serbes de Bosnie accusé de génocide,
Ratko Mladic. La condition fixée par l’Union pour reprendre
les pourparlers est « une pleine coopération avec le TPIY ».
Le haut représentant pour la politique extérieure de l’UE,
Javier Solana, n’a pas caché ses attentes : « Nous espérons
un gouvernement pro-européen avec un engagement démocratique
». Les Européens veulent aussi favoriser un « compromis
acceptable » pour le Kosovo, pour la population albanaise
comme pour la minorité serbe, souligne le chef de la
diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier. Il faudra
aussi éviter un veto russe, allié traditionnel de Belgrade,
au Conseil de sécurité de l’Onu qui prendra la décision
finale sur le Kosovo.
Les résultats de l’élection laissent donc les observateurs
sur leur faim, et il faudra attendre la constitution du
gouvernement pour avoir un interlocuteur sur ces sujets.
Comme le souligne le journal Vecernje Novosti, « tout le
monde a gagné ».
Laure
Jouteau