Al-Ahram Hebdo,Monde | Victoire du scepticisme dans les Balkans
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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Serbie . Le statut du Kosovo et le rapprochement avec l’Union européenne ont été les principaux enjeux des élections législatives. Les ultranationalistes sont arrivés en tête de ce premier scrutin depuis l’indépendance du Monténégro.  

Victoire du scepticisme dans les Balkans 

L’Europe et les Nations-Unies ont eu les yeux braqués sur la Serbie, le week-end dernier, alors que les 6,6 millions d’électeurs élisaient 250 députés pour redéfinir l’équilibre des forces du pays. Pourtant, les résultats provisoires sortis dimanche ne sont pas si clairs, comme en témoigne ce titre du quotidien Politika : « Pas de gouvernement sans un accord DS-DSS » (principaux partis démocrates pro-européens). Les ultranationalistes du parti SRS sont en effet arrivés en tête des législatives, mais ils ne disposent pas d’une majorité pour pouvoir gouverner. Le président réformateur Boris Tadic s’est ainsi réjoui du score des partis pro-européens.

Un an après le décès de Slobodan Milosevic, ces élections avaient été avancées pour éviter de focaliser les débats sur le Kosovo. La province, sous administration de l’Onu depuis 1999 est, en effet, dans l’attente d’un statut définitif. L’envoyé de l’Onu, Martti Ahtisaari, a d’ailleurs décidé de repousser l’annonce du plan onusien pour le Kosovo après les élections, afin de ne pas perturber leur déroulement ou encourager un vote ultranationaliste. L’an dernier, des négociations de neuf mois ont été tenues entre Belgrade et Pristina sans obtenir de résultats concrets. Les Albanais, qui représentent 90 % de la population du Kosovo, réclament leur indépendance, mais Belgrade y est farouchement opposée. Le Kosovo est considéré par les Serbes comme le berceau de leur civilisation, de leur culture et de leur religion, et son indépendance est donc une éventualité largement rejetée par la population. Ils optent plutôt pour une autonomie plus large, mais au sein de la Serbie. Depuis le bombardement de l’Otan en 1999, la situation s’est stabilisée, mais pas apaisée au Kosovo, d’où 200 000 Serbes ont dû fuir par peur de représailles d’extrémistes albanais. Il reste toutefois 100 0000 Serbes au Kosovo, la plupart vivant dans des enclaves et craignant toujours pour leur vie. Le premier ministre albanais, Agim Ceku, a déclaré ce 18 janvier : « Il est temps de prendre une décision sur l’indépendance du Kosovo ». Il a également cherché à rassurer les populations serbes vivant sur le territoire : « Personne ne va venir frapper à leur porte pour leur dire : le Kosovo est indépendant maintenant vous devez partir. Il y a tout ce qu’il faut pour qu’ils s’installent et restent au Kosovo ». Cependant, le climat est tendu, et chacun sait que ces élections et le gouvernement qui sera formé auront une importance cruciale sur l’avenir du Kosovo, et le bon déroulement du plan de l’Onu attendu dans les jours à venir. Le think-tank Crisis Group prévient ainsi dans son dernier rapport que repousser à nouveau la question du statut du Kosovo risquerait de provoquer une perte de confiance des Albanais en la capacité des organisations internationales à régler leur problème, et une reprise des violences.

La Serbie joue aussi l’avenir de ses relations avec l’Union européenne, dans la perspective d’une adhésion future. En mai dernier, le rapprochement Serbie-UE a été gelé et n’a pas repris depuis. Les Européens estimaient en effet que la Serbie n’était pas assez efficace pour arrêter et transférer au TPIY (Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie), l’ex-chef militaire des Serbes de Bosnie accusé de génocide, Ratko Mladic. La condition fixée par l’Union pour reprendre les pourparlers est « une pleine coopération avec le TPIY ». Le haut représentant pour la politique extérieure de l’UE, Javier Solana, n’a pas caché ses attentes : « Nous espérons un gouvernement pro-européen avec un engagement démocratique ». Les Européens veulent aussi favoriser un « compromis acceptable » pour le Kosovo, pour la population albanaise comme pour la minorité serbe, souligne le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier. Il faudra aussi éviter un veto russe, allié traditionnel de Belgrade, au Conseil de sécurité de l’Onu qui prendra la décision finale sur  le Kosovo.

Les résultats de l’élection laissent donc les observateurs sur leur faim, et il faudra attendre la constitution du gouvernement pour avoir un interlocuteur sur ces sujets. Comme le souligne le journal Vecernje Novosti, « tout le monde a gagné ».

Laure Jouteau 

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