Iran .
Tandis que Téhéran cultive ses contacts en Amérique latine
et multiplie les signes de défi, Washington déploie deux
unités de porte-avions dans la région.
Toutes armes dehors
Après
tant de tractations, tant de marchandages, le jeu du chat et
de la souris, qui se poursuit entre Téhéran et Washington, a
pris cette semaine un nouveau tournant. Pour les Etats-Unis,
l’Iran présente des dangers multiples pour le Moyen-Orient :
soutien financier et moral au Hamas en Palestine,
financement et armement du Hezbollah au Liban, et
essentiellement le soutien qu’il accorde aux chiites en
Iraq, sans oublier le dossier nucléaire.
Dimanche dernier, la secrétaire d’Etat américaine,
Condoleeza Rice, a mis en garde les entreprises faisant des
affaires avec l’Iran, tout en évoquant la possibilité de
nouvelles sanctions contre la République islamique. « Les
gens doivent penser aux risques que présentent des affaires
avec l’Iran », a-t-elle mis en garde, affirmant que les
Etats-Unis ne pourraient plus rester les poings liés face à
la menace iranienne. Passant de la parole à l’acte,
Washington a adressé, cette semaine, un avertissement clair
à Téhéran, en envoyant deux porte-avions, Enterprise et
Stennis, avec leurs groupes navals ainsi que des missiles
antimissiles Patriot dans la région du Golfe, alimentant
ainsi les rumeurs selon lesquelles il devrait lancer des
opérations militaires contre Téhéran en avril prochain.
C’est la première fois depuis le déclenchement de la guerre
contre l’Iraq en 2003 que les Etats-Unis déploient 2 unités
de porte-avions dans la région. « En effet, l’Iran est le
plus grand obstacle qui entrave la politique américaine au
Moyen-Orient. Son ingérence surtout en Iraq ne fait
qu’envenimer la situation, et mettre l’accent par suite sur
le fiasco américain dans ce pays. Envoyer des porte-avions
dans le Golfe est un message sans ambiguïté à l’Iran. Un
usage de la force est possible », explique le Dr Hicham
Ahmad, professeur à la faculté des sciences politique et
économique, à l’Université du Caire. A ce propos, Mohammad
Abbass, expert dans les affaires iraniennes, juge très
probable une frappe militaire contre Téhéran, même si elle
n’est pas très imminente, car les Etats-Unis auraient besoin
d’un certain temps pour faire « mûrir » la frappe. « Après
la défaite des Républicains au Congrès, le président Bush
tenterait tout pour achever son mandat en 2008 sur une
victoire en Iran pour atténuer l’effet du fiasco iraqien. La
seule voie qui lui reste pour finir avec sa réputation de
canard boiteux, c’est de prouver son succès à effacer l’Iran
qui présente une menace grandissante pour Washington comme
pour Israël », affirme t-il.
Ceci dit, le temps de la visite de la secrétaire américaine
au Proche-Orient la semaine dernière était donc bien choisi.
En quête d’alliés arabes pour contrer l’influence de Téhéran
au Proche-Orient, Mme Rice a réussi à obtenir, sans grandes
difficultés, le soutien de l’Egypte et de la Jordanie ainsi
que celui des six pays du Conseil de la coopération du Golfe
(Arabie saoudite, Qatar, Bahreïn, Oman, Koweït et Emirats
arabes unis) à la nouvelle stratégie américaine dans la
région et surtout à l’envoi de troupes supplémentaires en
Iraq. Ces mêmes pays avaient fait savoir qu’ils
s’opposeraient à l’obtention de l’arme atomique par l’Iran
et qu’ils n’émettent aucune réserve quant au renforcement de
la flotte aéronavale américaine dans le Golfe. « Les pays
arabes sont sûrs et certains qu’ils seraient les premiers à
payer les frais d’une plus grande hégémonie de l’Iran sur la
région. Aussi, ont-ils préféré de prendre le côté américain
», analyse M. Mohammad Abbass, expliquant que cette alliance
constitue un vrai danger pour l’Iran car ces pays arabes
cernent la République islamique de tous les côtés.
Sur la défensive
Malgré le sérieux des menaces américaines, la République
islamique a paru, cette semaine, plus réticente que jamais.
Refusant de céder à la pression, l’Iran a annoncé, dimanche,
de nouveaux essais de missiles à courte portée, à têtes
multiples, qui seraient capables d’échapper à la détection
des radars et de frapper simultanément plusieurs cibles. Il
s’agit des premières manœuvres militaires depuis le vote de
sanctions contre l’Iran par le Conseil de sécurité le 23
décembre. Parallèlement, les Gardiens de la révolution (les
Pasdaran, l’unité d’élite de l’armée iranienne) ont affirmé
avoir entamé, dimanche, trois jours d’essais près de la
ville de Garmsar, dans le nord du pays. « Les Etats-Unis
n’osent pas entrer en Iran car ils savent que chaque petite
ville du pays est un bastion de défense contre les ennemis.
Cela a bien été démontré lors de la Défense sacrée », a mis
en garde le président du Parlement, Gholam Ali Haddad, en
référence à la guerre sanglante entre l’Iran et l’Iraq de
1980 à 1988. « La nation et le gouvernement sont immunisés
contre toute menace grâce à leur solidarité et à leur
cohésion », a ajouté M. Haddad.
Poursuivant la même tactique américaine, le président
iranien, Mahmoud Ahmadinejad, s’est lancé en quête d’alliés
dans sa guerre avec les Etats-Unis, en se rendant, la
semaine dernière, au Venezuela, au Nicaragua et en Equateur,
trois pays hostiles à Washington. Lors de ce voyage,
Ahmadinejad a appelé à former un front anti-américain avec
ces pays qu’il a qualifiés de « révolutionnaires » surtout
avec le Venezuela, dont le président Hugo Chavez, est une
véritable bête noire pour Washington. Fervent partisan de
Téhéran, le Venezuela a été le seul pays à s’opposer au sein
de l’Agence internationale de l’énergie atomique à une
résolution, en septembre 2005, selon laquelle l’Iran violait
ses obligations au titre du Traité de Non-Prolifération
nucléaire (TNP). « Jusqu’à présent, l’Iran n’a fait aucune
marche arrière. Au contraire, il multiplie les signes de
défi comme d’habitude. Je pense que Washington n’entend pas
frapper Téhéran de manière unilatérale, il ferait de son
mieux pour pousser le Conseil de sécurité à adopter une
résolution à ce propos. Au cas où il ne réussirait pas à
obtenir un mandat international, il pourrait frapper
unilatéralement », conclut le Dr Hicham Ahmad.
Maha
Al-Cherbini