Télévision .
La chaîne satellite Al-Jazeera vient de lancer son tout
dernier né, Al-Jazeera Documentary, réservée aux
documentaires. Une première dans le monde arabe, consacrant
un genre méconnu.
Le réel fait son cinéma
Après Al-Jazeera information continue en arabe, en anglais,
et Al-Jazeera sport; la célèbre chaîne satellite qatarie
vient de lancer son tout dernier né avec l’avènement de la
nouvelle année 2007, Al-Jazeera documentary, consacrée aux
films documentaires.
Celle-ci a pour objectif de « promouvoir la culture du
documentaire dans les pays arabes ». Diffusée 24h sur 24 en
langue arabe, la chaîne « focalise sur les différentes
cultures arabes et l’interaction entre elles », a résumé
Waddah Khanfar, directeur du groupe Al-Jazeera dans un
communiqué de presse. « Ce nouveau-né présente un contenu
relativement différent pour les téléspectateurs arabes qui
n’en ont pas l’habitude », souligne Hamad Al-Nouri, l’un des
responsables de la chaîne.
En fait, le cinéma documentaire du réel va droit au but. Le
documentaire étant avant tout une mise en forme de la
réalité par les images, les œuvres présentées par la
nouvelle chaîne témoignent d’une licence esthétique souvent
exercée sur des sujets d’actualité.
Parmi les émissions diffusées, soulignons à titre d’exemple
un documentaire intitulé Lissane al-chooub (langue des
peuples). Son réalisateur Saleh Sobeih excelle à suivre la
naissance et l’évolution de la langue arabe ainsi que ses
modifications donnant lieu aux divers accents. Un autre
documentaire intitulé Chawatïe al-amwat (plages des morts)
évoque le plan écologique égyptien de lutte contre la
pollution de la Méditerranée et du Nil. Le programme
Al-Makhaleb al-makhmaliya (griffes de velours), signé
Noureddine Al-Debs, aborde pendant 34 minutes un sujet
d’actualité, comme la violence féminine entre les étudiantes
universitaires dans le Golfe. Des questions lancinantes qui
se veulent plus proches de la vérité pour mieux décoller.
La chaîne soulève notamment une carence en matière de
production de documentaires arabes, alors que c’est un
format beaucoup moins coûteux. L’un de ses objectifs serait
alors d’explorer les moyens de produire des documentaires
purement arabes. Un rêve de longue date qu’a souvent exprimé
le réalisateur syrien Omar Amiralay, réclamant
antérieurement : « une vraie politique de diffusion du
documentaire sur les grandes chaînes de télévision arabes.
Celles-ci doivent diffuser moins de documentaires européens,
au profit des documentaires nationaux ». Toutefois, selon
certains spécialistes, le public arabe mettra du temps pour
apprécier les documentaires. Il existe donc une culture du
documentaire, qui n’est malheureusement pas répandue dans
les pays arabes. D’ailleurs, les autorités et les régimes
concernés doivent aussi prendre l’habitude de ce genre du
réel sans compliquer les conditions de tournage, comme cela
fut récemment le cas avec Houwaïda Taha. Venue en Egypte
pour réaliser un documentaire sur la torture dans les
prisons, elle s’est fait arrêtée pour simulation de scènes
de torture. Car en fin de compte, c’est un genre qui
dérange. « Une telle initiative s’imposait afin de former un
réseau d’artistes concernés à même d’améliorer le goût du
public », lance le Yéménite Moustapha Al-Fattouh, jeune
documentariste ayant trouvé en cette nouvelle chaîne un
moyen de faire passer ses idées.
Yasser Moheb