Exposition .
200 caricatures de Salah Jahine
rappellent l’humour et le talent inégalé de cet artiste du
petit peuple. Un hommage nostalgique à l’occasion du
vingtième anniversaire de sa mort.
Autant mourir de rire
Vingt
ans après le décès du caricaturiste et poète touche-à-tout
Salah Jahine, le centre des arts
de la Bibliothèque d’Alexandrie et celui de la documentation
de l’héritage culturel et naturel (Cultnat)
organisent une exposition de dix jours consacrée notamment à
ses dessins sociopolitiques.
Son collègue, le caricaturiste
Moustapha Hussein, avait offert aux organisateurs
environ 1 000 caricatures rares qui étaient entassées dans
les dépôts. Un tri a été fait et 200 en ont été choisies,
signées et commentées par Jahine,
afin de lui rendre hommage. Les caricatures sont réparties
par thème. D’une part, il y a par exemple celles inspirées
de l’union entre l’Egypte et la Syrie dans les années 1960.
On voit Nasser, le raïs fatigué, en commandant de bord. Sur
son bateau, il y a les deux peuples et c’est à lui de
prendre la barre. Une autre série est réservée aux
fonctionnaires, tournant la bureaucratie en dérision. La
plus caractéristique étant celle où l’on trouve un directeur
demandant à l’un de ses employés de réveiller son collègue :
« Il ne veut pas le déranger, c’est juste pour toucher son
salaire à la fin du mois ! ».
La politique étrangère est aussi un thème cher au
caricaturiste, qui n’a pas manqué de jeter des quolibets à
l’Oncle Sam. Il a dessiné notamment une voiture affichant «
Politique américaine » et se dirigeant vers une impasse. La
grande sensibilité de Jahine en faisait un homme
clairvoyant. C’est un maître de la caricature qui, pendant
30 ans environ, a réussi à exprimer le peuple dans un style
simple et à l’aide de textes courts. Avec lui, les images
étaient toujours poignantes et la parole acerbe, mélangeant
le social et le politique dans la plus grande dextérité. Les
lecteurs attendaient impatiemment sa caricature quotidienne
publiée dans Al-Ahram pour commenter les événements et en
rire à l’égyptienne. Mais le caricaturiste lui-même
souffrait d’une grave dépression, notamment depuis la
défaite de 1967. Il se sentait coupable d’avoir mobilisé
autant de foules et d’avoir été l’un des chantres de la
Révolution de 1952. Sa mort était peut-être sa manière de
faire son mea culpa. Cependant, il reste l’un des plus
remarquables de sa génération, celle qui a révolutionné la
caricature et la parole dans les années 1950.
Le centre Cultnat, dirigé par Fathi Saleh, prévoit d’autres
expositions du genre. « Notre centre effectue un travail de
documentation sur l’héritage de manière générale, qu’il
s’agisse d’édifices à restaurer ou de musique, littérature,
dessins populaires … La caricature en fait partie.
D’ailleurs, cette exposition n’est que la première d’une
série intitulée La Caricature en Egypte durant le XXe siècle
», précise Saleh, ajoutant que les 800 autres caricatures
trouvées seront disponibles en livres ou sur CD afin de
commémorer Salah Jahine, l’homme aux talents multiples.
Samar
Zarée