Al-Ahram Hebdo, Arts | Coup de jeune manqué
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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Arts

Théâtre . La cinquième édition du Festival des jeunes créateurs, qui vient de s’achever au Centre Français de Culture et de Coopération (CFCC), n’a pas brillé par la richesse de ses œuvres. Bilan.

Coup de jeune manqué

Durant les quatre éditions précédentes du Festival des jeunes créateurs, créé et dirigé par Latifa Fahmi, le théâtre avait tenu une place prépondérante. Aujourd’hui, aux dépens de ce dernier, plusieurs spectacles se penchent sur une expression dramatique qui se cherche dans le monde de la danse, du moins dans le mouvement corporel, où le gestuel s’approprie des sens nouveaux. D’ailleurs, le grand prix a été décerné au spectacle (théâtre-danse) intitulé Un moment de pur silence par la compagnie Katja et Assem Dance. Une adaptation, très singulière, de Cassandre de Crista Wolf et des Troyennes de Sartre. Mieux qu’un trophée, les membres de la troupe primée iront à Avignon l’été prochain pour assister à son célèbre festival et suivre un stage. Tout pour renforcer leur bagage artistique et enrichir leurs outils de travail.

Quant à Omar Ghayatt, qui avait gagné le prix de la mise en scène deux années consécutives, il inaugure le Festival avec Fragile, une adaptation du Mythe de Sisyphe de Camus, par la troupe Studio Moroni. On y retrouve le superbe comédien Emad Ismaïl qui présente, à lui tout seul, une performance d’acteur de plus en plus tenue et d’une grande générosité. Mais tout le reste tombe dans le terrible piège de vouloir en faire trop pour exhiber des moyens qui, en fait, font plus défaut que trouvaille. Avec la présence de Dahlia Al-Abd, une danseuse d’une grâce éblouissante, Ghayatt aurait pu restreindre son blabla pour découvrir la beauté de l’économie.

Ayant un faible pour la machinerie artisanale du théâtre, les cordes tirées manuellement dans le spectacle Ma liberté d’après des textes poétiques d’Amal Donkol et d’autres de Naguib Sourour et Mahmoud Diab, mis en scène et interprété par Mohamad Hamdi, ont attiré notre attention. Une scénographie dans l’espace qui mérite un intérêt particulier. Il aurait suffi peut-être de se contenter des bras et des jambes hissés comme une marionnette car la corde autour du cou a donné un effet très désagréable, même si c’était réalisé avec cette intention.

Ce que nous déplorons avec force, ce sont les spectacles faits d’une suite de scènes de la vie quotidienne ou personnelle dans le but de mettre à nu et de dénoncer les avatars de la société contemporaine. En général, la facilité est la marque de ce genre de théâtre. Un exemple flagrant : Beau temps, d’après Un Riche, trois pauvres de Jean-Louis Caleferte, mis en scène par Nada Sabet. Il y est question de la médiocrité de la qualité de vie des individus de différents milieux sociaux. Le dénominateur commun de leur comportement est l’insatisfaction et l’égoïsme, et la monotonie régit leurs différents mondes. Tout cela a l’air théâtralement correct, mais l’approche est tellement superficielle que les saynètes perdent toute consistance. Le pire reste, en arrière-fond, dans l’usage de films sur la misère en Iraq, pour soi-disant nous dire que pendant qu’on meurt là-bas, nous nous abrutissons davantage. La catastrophe iraqienne devient alors un alibi injustifié à un engagement politique dont la pièce est dépourvue. Il semble, d’après les spectacles présentés au Festival des jeunes créateurs, que le jeune théâtre se porte mal. On dirait qu’il ressemble exactement à ce qu’il dénonce : la confusion ainsi que la pauvreté intellectuelle et artistique.

Menha el Batraoui

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