Théâtre .
La cinquième édition du Festival des jeunes créateurs, qui
vient de s’achever au Centre Français de Culture et de
Coopération (CFCC), n’a pas brillé par la richesse de ses
œuvres. Bilan.
Coup de jeune manqué
Durant
les quatre éditions précédentes du Festival des jeunes
créateurs, créé et dirigé par Latifa Fahmi, le théâtre avait
tenu une place prépondérante. Aujourd’hui, aux dépens de ce
dernier, plusieurs spectacles se penchent sur une expression
dramatique qui se cherche dans le monde de la danse, du
moins dans le mouvement corporel, où le gestuel s’approprie
des sens nouveaux. D’ailleurs, le grand prix a été décerné
au spectacle (théâtre-danse) intitulé Un moment de pur
silence par la compagnie Katja et Assem Dance. Une
adaptation, très singulière, de Cassandre de Crista Wolf et
des Troyennes de Sartre. Mieux qu’un trophée, les membres de
la troupe primée iront à Avignon l’été prochain pour
assister à son célèbre festival et suivre un stage. Tout
pour renforcer leur bagage artistique et enrichir leurs
outils de travail.
Quant à Omar Ghayatt, qui avait gagné le prix de la mise en
scène deux années consécutives, il inaugure le Festival avec
Fragile, une adaptation du Mythe de Sisyphe de Camus, par la
troupe Studio Moroni. On y retrouve le superbe comédien Emad
Ismaïl qui présente, à lui tout seul, une performance
d’acteur de plus en plus tenue et d’une grande générosité.
Mais tout le reste tombe dans le terrible piège de vouloir
en faire trop pour exhiber des moyens qui, en fait, font
plus défaut que trouvaille. Avec la présence de Dahlia
Al-Abd, une danseuse d’une grâce éblouissante, Ghayatt
aurait pu restreindre son blabla pour découvrir la beauté de
l’économie.
Ayant un faible pour la machinerie artisanale du théâtre,
les cordes tirées manuellement dans le spectacle Ma liberté
d’après des textes poétiques d’Amal Donkol et d’autres de
Naguib Sourour et Mahmoud Diab, mis en scène et interprété
par Mohamad Hamdi, ont attiré notre attention. Une
scénographie dans l’espace qui mérite un intérêt
particulier. Il aurait suffi peut-être de se contenter des
bras et des jambes hissés comme une marionnette car la corde
autour du cou a donné un effet très désagréable, même si
c’était réalisé avec cette intention.
Ce que nous déplorons avec force, ce sont les spectacles
faits d’une suite de scènes de la vie quotidienne ou
personnelle dans le but de mettre à nu et de dénoncer les
avatars de la société contemporaine. En général, la facilité
est la marque de ce genre de théâtre. Un exemple flagrant :
Beau temps, d’après Un Riche, trois pauvres de Jean-Louis
Caleferte, mis en scène par Nada Sabet. Il y est question de
la médiocrité de la qualité de vie des individus de
différents milieux sociaux. Le dénominateur commun de leur
comportement est l’insatisfaction et l’égoïsme, et la
monotonie régit leurs différents mondes. Tout cela a l’air
théâtralement correct, mais l’approche est tellement
superficielle que les saynètes perdent toute consistance. Le
pire reste, en arrière-fond, dans l’usage de films sur la
misère en Iraq, pour soi-disant nous dire que pendant qu’on
meurt là-bas, nous nous abrutissons davantage. La
catastrophe iraqienne devient alors un alibi injustifié à un
engagement politique dont la pièce est dépourvue. Il semble,
d’après les spectacles présentés au Festival des jeunes
créateurs, que le jeune théâtre se porte mal. On dirait
qu’il ressemble exactement à ce qu’il dénonce : la confusion
ainsi que la pauvreté intellectuelle et artistique.
Menha el
Batraoui