Entretien .
La productrice Marianne
Khoury a effectué la
présélection des films égyptiens participant au Festival
international des programmes audiovisuels, qui se tient du
23 au 28 janvier à Biarritz (France).
«
Un jeune cinéma indépendant en plein épanouissement »
Al-Ahram
Hebdo : Comment avez-vous été désignée pour faire la
présélection des films égyptiens ?
Marianne Khoury :
J’ai eu l’honneur de présider l’an dernier le jury de la
musique et du spectacle du Festival. Tâche qui n’était pas
facile, surtout que j’avais à délibérer sur des films sur la
musique, la biographie de musiciens de renom et des concerts
filmés. Un domaine qui ne cadre pas avec mes occupations
habituelles. Je devais aussi fédérer les avis de collègues
qui venaient de l’univers de la musique et travaillaient à
faire exister ces films tels Mikos
Szinetar, directeur de l’Opéra
de Hongrie, Gréco Casadessus,
musicien-compositeur et
producteur de musique français, et Frédéric
Devreese, compositeur et chef
d’orchestre belge. Mais, convaincue qu’il n’est jamais trop
tard pour bien voir et surtout comprendre, j’ai fini par
partager leur réflexion sur les films en compétition et nous
avons décerné le premier prix au film Glenn Gould du nom du
grand pianiste canadien, réalisé par Bruno Monsaingeon, qui
constitue un modèle d’assemblage de documents d’archives et
de la technique d’appréhension de la biographie de
personnalités marquantes. Dès lors, Pierre-Henri Deleau,
président du Festival, a décidé de me confier la
présélection des films égyptiens cette année en tant que
correspondante.
— Comment s’est opéré le choix des films ?
— L’enjeu pour moi était de saisir cette opportunité pour
faire accéder au Festival le plus grand nombre de films qui
ont une qualité technique et une esthétique de haut niveau.
J’ai donc commencé à explorer le paysage cinématographique
égyptien et je me suis servie de mes contacts avec des
professionnels du métier et du coup j’ai été amenée à faire
un constat important. Il y a une grande mouvance d’un jeune
cinéma indépendant en plein épanouissement. De jeunes
cinéastes, ayant acquis la technique de tournage dans des
écoles et des ateliers non spécialisés, défendent un cinéma
contemporain des difficultés et aspirations de leur
génération, non soumis à une logique commerciale ni à la
censure, et fait avec leurs modestes moyens et leur
interaction solidaire. De ce cinéma porteur, j’ai proposé 40
œuvres-clés.
— Combien en ont été retenus par le Festival ?
— Cinq œuvres ont été retenues pour la compétition : Tu
seras assassiné, un film expérimental d’Amal Qénawi, L’Autre
monde d’Imane Al-Naggar sur les personnes autistes, Jour et
nuit d’Islam Al-Azzazi sur un opportuniste qui manipule son
entourage, Iles de Mohamad Salah sur un groupe de gens
isolés et marginalisés par la société, et Lever et coucher
de Chérif Al-Bendari sur des moments déplaisants que vit une
jeune femme au cours d’une journée. Quatre autres films ont
été choisis pour la section Fipatel du marché : 20 sec.
au Pakistan d’Ibrahim Al-Batouti,
un documentaire sur les affres de la guerre, Tamboura de
Philippe Al-Dib sur les traditions festives à Suez, Rêves et
obscurité de Saad Hindawi sur les détenus marocains en
prison dans les années de plomb, et Ithaky d’Ibrahim
Al-Batouti, sur un jeune aspirant à se faire une situation.
Cette section met à la disposition des sélectionneurs
potentiels 200 à 300 écrans pour visionner un ensemble de
films outre ceux présentés dans les différentes sections :
téléfilms, séries et feuilletons, documentaires de création
et essai, grands reportages et faits de société, musique et
spectacle, courts métrages. Et ce afin qu’ils
approvisionnent leur bouquet de programmes télévisuels. Par
ailleurs, le président du Festival a appuyé le choix des
films égyptiens, avouant qu’il a été surpris par leur
qualité et leur diversité thématique.
— Qu’est-ce que le Festival offre d’intéressant encore ?
— Il réserve un clin d’œil à la production représentative
des procédés d’enseignement de l’Institut supérieur du
cinéma égyptien. Ainsi 12 films de la dernière promotion de
2006 y seront-ils présentés. Dans cette perspective, trois
étudiants de l’Institut : Mohamad Kamel, Héba Yousri et
Mohamad Nour accompagneront leurs œuvres respectives :
Essayage de la mer, Une Autre passion, et un film
d’animation. Le ministère de la Culture prendra en charge
les frais de leur déplacement. De même, Alexandre Sorentino,
attaché audiovisuel de l’ambassade de France qui a assuré
l’envoi des films au Festival, essaye de procurer des
ressources aux jeunes qui s’y rendront. J’espère que les
films égyptiens obtiendront un résultat honorable en se
faisant remarquer par les moyens qu’ils
possèdent .
Amina
Hassan