Somalie
. L’Union africaine a décidé d’envoyer une force de
maintien de la paix pour une période de six mois, au terme de
laquelle les Nations-Unies devront prendre le relais.
Pacification problématique
Nombre
d’observateurs régionaux et internationaux ont estimé que la
tentative de reprise en main de la Somalie par les troupes
gouvernementales et somaliennes représentait une chance unique
pour ce pays dévasté par la guerre civile depuis plus de 15 ans.
Pourtant, trois semaines après la débâcle des islamistes, la
violence perdure à Mogadiscio et dans différentes villes du
pays. Les Tribunaux islamiques ont même prévenu qu’ils
mèneraient une guérilla contre le gouvernement somalien et ses
alliés éthiopiens. Leur débâcle soudaine avait d’ailleurs
suscité de nombreuses interrogations d’autant plus qu’elle était
intervenue après qu’ils eurent acquis une véritable supériorité
militaire avant leur défaite. On se demande aujourd’hui s’il
s’agissait d’un repli stratégique, comme l’avaient annoncé les
responsables des Tribunaux islamiques. Quoi qu’il en soit,
l’état des lieux actuel n’augure nullement une stabilisation de
la situation en Somalie. Outre la guérilla promise par les
combattants islamistes, il y a l’épineuse question du
désarmement. Ou encore celle des chefs de guerre qui refont leur
apparition.
Une donne compliquée qui ne peut
être réglée que par le dialogue. En effet, les Nations-Unies, et
plusieurs protagonistes internationaux, ont prévenu le
gouvernement somalien que ses chances de succès dépendaient
largement de sa volonté d’œuvrer à la réconciliation nationale,
plutôt que de régler de vieux comptes. Pourtant, le premier
ministre somalien Ali Mohamed Gedi, en visite au Soudan, a
catégoriquement rejeté toute médiation entre son gouvernement et
les Tribunaux islamiques écartés du pouvoir. « Il n’y aura pas
de médiation, par quelque partie que ce soit, entre le
gouvernement de transition et les Tribunaux islamiques », a-t-il
déclaré.
En attendant de trouver une solution
négociée, il s’agit désormais de tenter de stabiliser la
situation. Pour ce, le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de
l’Union Africaine (UA) a décidé vendredi dernier le déploiement
d’une force de paix en Somalie pour une période de six mois.
Selon le commissaire de l’UA chargé de la paix et de la sécurité,
Saïd Djinnit, « la mission se transformera par la suite en une
opération des Nations-Unies ».
Ce dernier a ajouté que le CPS a
décidé d’autoriser le déploiement de l’Amisom (Mission africaine
en Somalie) pour aider et soutenir le gouvernement fédéral de
transition, faciliter les opérations humanitaires en Somalie et
consolider la paix et la stabilité en Somalie. « L’Amisom devra
aussi assurer les tâches suivantes : appuyer le dialogue,
assurer la protection des institutions de transition et leurs
infrastructures », a expliqué M. Djinnit. « Le CPS appelle les
Etats membres, l’Union européenne et tous les partenaires à
apporter un soutien financier et technique », a-t-il ajouté.
Un haut responsable de l’UA avait
affirmé que l’objectif de l’organisation continentale était de
déployer les premiers soldats de la paix en Somalie avant la fin
du mois de janvier. Jusqu’à présent cependant, un seul pays,
l’Ouganda, a annoncé être disposé à envoyer des soldats en
Somalie, environ un millier. De son côté, François Fall,
représentant pour la Somalie du secrétaire général de l’Onu Ban
Ki-moon, a confirmé qu’« il appartient à la communauté
internationale de mettre l’argent sur la table. L’argent est le
principal problème ». Plus tôt, l’UE s’était dit prête, vendredi
dernier, à envisager le déblocage de 15 millions d’euros pour
une éventuelle mission de maintien de la paix en Somalie, à
condition notamment que cette force puisse se déployer dans un
contexte de réconciliation nationale.
En revanche, certains analystes
estiment que l’argent n’est pas le seul obstacle. « Il existe
d’autres questions plus importantes que l’argent. La majorité
des pays africains souffrent eux-mêmes de conflits et de
problèmes internes qui risquent d’entraver leur participation à
cette force de paix », explique le Dr Ibrahim Nasreddine,
analyste au Centre des études africaines. Cet avis est partagé
par plusieurs analystes. Selon le Dr Helmi Chaarawi, professeur
à la faculté de sciences politiques à l’Université du Canal de
Suez, « les combats qui se poursuivent dans ce pays menacent la
mission même des forces de paix. Si cette situation
d’instabilité demeure, il sera difficile pour les Nations-Unies
d’envoyer leurs forces ».
On risque de revenir donc à la case
départ, d’autant plus que de précédentes opérations
internationales dans ce pays de la Corne de l’Afrique en guerre
civile depuis 1991 se sont terminées par un fiasco total.
Maha Salem