Guinée .
La CEDEAO entame la semaine prochaine une médiation pour
trouver une issue à la crise politico-sociale que traverse
le pays depuis deux semaines.
Le continent mobilisé
Le
mouvement social entamé le 10 janvier dernier par une grève
générale s’est transformé cette semaine en mouvement de
protestation politique. La situation s’est, en effet,
dégradée et la journée de samedi a vu la mort de quatre
personnes, portant à neuf le nombre de victimes tombées
durant les manifestations. Manifestations qui appellent au
départ du président Lansana Conté, au pouvoir depuis 23 ans,
et considéré comme responsable de la crise économique
actuelle, d’autant plus que la Guinée, petit pays d’Afrique
de l’Ouest, est minée par la corruption et les détournements
de fonds publics qui en font l’un des Etats les plus pauvres
du monde. De quoi susciter de vives inquiétudes en Afrique
de l’Ouest, dont deux chefs d’Etat ont été chargés de mener
une médiation. Le président de la Commission de l’Union
africaine, Alpha Oumar Konaré, a ainsi « exhorté » le
président guinéen à dialoguer avec « l’ensemble des forces
vives de la nation » pour mettre fin à la grève générale
actuelle. Dans un courrier adressé à M. Conté, M. Konaré
déclare : « Je voudrais vous encourager à accélérer la mise
en œuvre de la concertation et du dialogue que vous avez
envisagés entre les institutions républicaines, le
gouvernement, le secteur privé, les partis politiques, la
société civile, y compris les syndicats, en vue de trouver
une solution négociée aux revendications formulées par les
centrales syndicales ».
Face à la détérioration de la
situation, la Communauté Economique Des Etats d’Afrique de
l’Ouest (CEDEAO), en sommet vendredi à Ouagadougou, a
annoncé l’envoi prochain d’une médiation régionale en Guinée.
Ce sont les présidents sénégalais Abdoulaye Wade et nigérian
Olusegun Obasanjo qui mèneront cette médiation. Ils se
rendront en Guinée la semaine prochaine, selon la présidence
sénégalaise. A Dakar, le représentant du secrétaire général
de l’Onu pour l’Afrique de l’Ouest, Ahmedou Ould Abdallah, a
lui aussi condamné samedi les violences et exhorté les
parties à s’assurer d’« une sortie ordonnée et pacifique de
la crise ».
Libérations contestées
Des appels qui pour l’heure ne
servent pas à grand-chose. D’autant plus que la crise
actuelle révèle un ras-le-bol qui existe depuis longtemps
chez les Guinéens. En effet, c’est un geste déplacé mais
révélateur du général Lansana Conté, au pouvoir depuis 1984,
qui a tout déclenché. Récemment, le président guinéen a
libéré deux de ses proches impliqués dans des affaires de
détournements de fonds publics. Un événement qui a exacerbé
le ressentiment de la population, provoquant la relance, par
les syndicats des travailleurs, de la grève générale,
suspendue en juin 2006. En février et en juin 2006, les
centrales syndicales avaient déjà lancé deux grèves
générales laissant un bilan d’une vingtaine de victimes. Les
revendications portaient entre autres sur la hausse des
salaires.
Cette fois-ci, les grévistes qui
protestent notamment contre la corruption et des
détournements de fonds publics dans le pays et qui réclament
le retour en prison des deux cadres récemment libérés,
demandent surtout la démission du président Lansana Conté,
considéré comme n’étant plus capable de conduire les
affaires du pays.
Pour tenter de trouver une issue
interne à l’impasse, deux réunions entre l’intersyndicale à
l’origine de la grève et de hauts responsables de l’Etat ont
été organisées samedi et dimanche à huis clos au Palais du
peuple, siège de l’Assemblée nationale, à Conakry. Mais
elles n’ont semble-t-il abouti à rien de concret. D’ailleurs,
aucune rencontre n’a été programmée avec le chef de l’Etat.
Devant le refus de ce dernier de transiger sur plusieurs
points, les syndicats — soutenus par 14 partis d’opposition
— ont souhaité que soit « constatée la vacance du pouvoir »
devant la « dégradation » de l’état de santé du président,
âgé de 72 ans et affaibli par un diabète et une leucémie.
En 2003, Lansana Conté a été
réélu pour la troisième fois. Deux ans plus tôt, il avait
fait modifier la Constitution, lors d’un référendum boycotté
par la population, pour se représenter de manière illimitée
et allonger le mandat présidentiel de 5 à 7 ans. Une
situation classique dans nombre d’Etats africains et qui
n’augure rien de bon.
Abir Taleb