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 Semaine du 24 au 30 janvier 2007, numéro 646

 

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Afrique

Guinée . La CEDEAO entame la semaine prochaine une médiation pour trouver une issue à la crise politico-sociale que traverse le pays depuis deux semaines. 

Le continent mobilisé 

Le mouvement social entamé le 10 janvier dernier par une grève générale s’est transformé cette semaine en mouvement de protestation politique. La situation s’est, en effet, dégradée et la journée de samedi a vu la mort de quatre personnes, portant à neuf le nombre de victimes tombées durant les manifestations. Manifestations qui appellent au départ du président Lansana Conté, au pouvoir depuis 23 ans, et considéré comme responsable de la crise économique actuelle, d’autant plus que la Guinée, petit pays d’Afrique de l’Ouest, est minée par la corruption et les détournements de fonds publics qui en font l’un des Etats les plus pauvres du monde. De quoi susciter de vives inquiétudes en Afrique de l’Ouest, dont deux chefs d’Etat ont été chargés de mener une médiation. Le président de la Commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré, a ainsi « exhorté » le président guinéen à dialoguer avec « l’ensemble des forces vives de la nation » pour mettre fin à la grève générale actuelle. Dans un courrier adressé à M. Conté, M. Konaré déclare : « Je voudrais vous encourager à accélérer la mise en œuvre de la concertation et du dialogue que vous avez envisagés entre les institutions républicaines, le gouvernement, le secteur privé, les partis politiques, la société civile, y compris les syndicats, en vue de trouver une solution négociée aux revendications formulées par les centrales syndicales ».

Face à la détérioration de la situation, la Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), en sommet vendredi à Ouagadougou, a annoncé l’envoi prochain d’une médiation régionale en Guinée. Ce sont les présidents sénégalais Abdoulaye Wade et nigérian Olusegun Obasanjo qui mèneront cette médiation. Ils se rendront en Guinée la semaine prochaine, selon la présidence sénégalaise. A Dakar, le représentant du secrétaire général de l’Onu pour l’Afrique de l’Ouest, Ahmedou Ould Abdallah, a lui aussi condamné samedi les violences et exhorté les parties à s’assurer d’« une sortie ordonnée et pacifique de la crise ».

Libérations contestées

Des appels qui pour l’heure ne servent pas à grand-chose. D’autant plus que la crise actuelle révèle un ras-le-bol qui existe depuis longtemps chez les Guinéens. En effet, c’est un geste déplacé mais révélateur du général Lansana Conté, au pouvoir depuis 1984, qui a tout déclenché. Récemment, le président guinéen a libéré deux de ses proches impliqués dans des affaires de détournements de fonds publics. Un événement qui a exacerbé le ressentiment de la population, provoquant la relance, par les syndicats des travailleurs, de la grève générale, suspendue en juin 2006. En février et en juin 2006, les centrales syndicales avaient déjà lancé deux grèves générales laissant un bilan d’une vingtaine de victimes. Les revendications portaient entre autres sur la hausse des salaires.

Cette fois-ci, les grévistes qui protestent notamment contre la corruption et des détournements de fonds publics dans le pays et qui réclament le retour en prison des deux cadres récemment libérés, demandent surtout la démission du président Lansana Conté, considéré comme n’étant plus capable de conduire les affaires du pays.

Pour tenter de trouver une issue interne à l’impasse, deux réunions entre l’intersyndicale à l’origine de la grève et de hauts responsables de l’Etat ont été organisées samedi et dimanche à huis clos au Palais du peuple, siège de l’Assemblée nationale, à Conakry. Mais elles n’ont semble-t-il abouti à rien de concret. D’ailleurs, aucune rencontre n’a été programmée avec le chef de l’Etat. Devant le refus de ce dernier de transiger sur plusieurs points, les syndicats — soutenus par 14 partis d’opposition — ont souhaité que soit « constatée la vacance du pouvoir » devant la « dégradation » de l’état de santé du président, âgé de 72 ans et affaibli par un diabète et une leucémie.

En 2003, Lansana Conté a été réélu pour la troisième fois. Deux ans plus tôt, il avait fait modifier la Constitution, lors d’un référendum boycotté par la population, pour se représenter de manière illimitée et allonger le mandat présidentiel de 5 à 7 ans. Une situation classique dans nombre d’Etats africains et qui n’augure rien de bon.

Abir Taleb 

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