Handball.
Hamada Al-Naqib,
gardien de but de la sélection et l’un des anciens cadres de
l’équipe nationale égyptienne, évoque les chances des
Pharaons lors du Mondial d’Allemagne. Entretien.
« J’espère que le manque d’expérience des jeunes joueurs ne
nous sera pas fatal »
Al-Ahram
Hebdo : Dans un groupe comprenant l’Espagne et la République
tchèque, la sélection nationale peut-elle accéder au second
tour ?
Hamada Al-Naqib :
Notre mission sera sans doute assez difficile vu la
puissance de nos adversaires. L’Espagne est la tenante du
titre du dernier Mondial. Quant à la République tchèque,
c’est la puissance montante dans le monde du handball en
Europe actuellement.
Le changement du système de la compétition qui a réduit le
nombre de qualifiés au second tour à deux a augmenté la
difficulté de notre mission.
A mon avis, notre qualification pour le second tour dépend
en grande partie de notre résultat contre les Tchèques. Car
notre mission contre l’Espagne sera très difficile, voire
impossible. Alors nous devons nous concentrer sur notre
rencontre face à la République tchèque. Il est vrai que la
sélection tchèque est une puissante sélection, mais son
niveau est assez inférieur à celui de l’Espagne. Et je pense
qu’on peut surmonter l’obstacle tchèque avec un peu de
chance et une concentration maximale de la part des joueurs.
— Etes-vous satisfait de la préparation de l’Egypte pour le
Mondial ?
— Oui je suis très satisfait. La sélection a effectué une
excellente période de préparation étalée sur 8 mois. On a
participé à de nombreux tournois internationaux et la
sélection a disputé plusieurs matchs amicaux face à des
sélections de renom. Ce qui est clair dans l’excellente
condition physique des joueurs actuellement. Il faut
préciser que cette dernière était l’une des grandes lacunes
de la sélection auparavant, mais le cadre technique a réussi
à y remédier.
— Les résultats de la sélection lors de ces matchs,
notamment lors du Tournoi international d’Al-Ahram,
n’étaient pourtant pas très reluisants ...
— Lors des matchs amicaux on ne s’intéresse pas aux
résultats. L’important, c’est la performance. En général,
les techniciens visent dans ce genre de rencontres à essayer
les joueurs et leurs capacités.
De même, les rencontres amicales sont une bonne occasion
pour le directeur technique de mettre en application
plusieurs tactiques et plusieurs styles de jeu.
Dans notre cas, les matchs amicaux étaient très importants
afin de donner l’expérience nécessaire aux jeunes joueurs
avant le Mondial. Il est vrai que l’on a perdu plusieurs
matchs, mais les jeunes ont acquis une certaine expérience.
— Dans quel état d’esprit se trouve la sélection
actuellement ?
— Tout le monde sait que la sélection est en pleine
mutation. Les jeunes joueurs représentent une grande partie
de la sélection actuellement. Mais le problème est que ces
derniers manquent d’expérience. Ce qui représente une grande
lacune surtout dans une grande compétition, comme les
Championnats du monde, qui exige une grande expérience de la
part des joueurs. J’espère que le manque d’expérience des
jeunes joueurs ne nous sera pas fatal pour nous. En tout
cas, les hommes de la fédération connaissent cette réalité
et ils n’ont pas demandé aux joueurs de se battre pour le
titre.
— Depuis 2003, on entend la même excuse : la sélection est
en pleine mutation ... Les résultats tardent ...
— Le problème du handball égyptien est un problème de base.
Par exemple, l’exploit de la 4e place lors du Mondial de
France en 2001 était le fruit de 10 ans de travail des
générations successives.
Si l’on se rappelle l’effectif de 2001, on peut constater un
bon mélange des différentes générations, comme Ahmad Bilal,
Amr Al-Guiyouchi de l’ancienne génération, puis les joueurs
de la sélection juniors qui ont remporté le Championnat du
monde juniors en 1993 comme moi, Chérif Moëmen, Gohar Nabil,
Achraf Awwad et Al-Roubi et finalement Hussein Zaki, qui a
représenté les jeunes joueurs à cette époque. Aujourd’hui,
il n’y a pas cette succession. En dehors d’Ahmad Al-Ahmar,
les nouvelles générations n’ont pas sécrété de joueur digne
d’être une star. Ils sont tous de niveau ordinaire.
— Le niveau du handball égyptien serait-il en régression ?
— Oui, il est clair que le handball égyptien a beaucoup
régressé ces 4 dernières années. Après l’exploit de 2001, la
sélection a dégringolé à la 15e place lors du Mondial du
Portugal. En 2005 lors du Mondial de Tunisie, la sélection a
été éliminée du premier tour pour la première fois depuis
1993. Et je ne suis pas optimiste sur le sort de la
sélection dans le Mondial d’Allemagne.
— Qui est responsable de cette régression ?
— Outre le manque de joueurs talentueux, je peux citer les
mauvaises décisions de la fédération égyptienne. Ces
décisions ont joué un grand rôle dans la régression du
handball égyptien. Par exemple, la fédération a obligé
plusieurs joueurs à prendre leur retraite après l’échec de
2003. C’était très bizarre de voir des joueurs comme Gohar
Nabil, Magdi Aboul-Magd et autres arrêter leur carrière à
l’âge de 30 ans. Cette décision a diminué en grande partie
le nombre des joueurs expérimentés au sein de l’équipe, et
en même temps les hommes de la fédération expliquent les
échecs de la sélection par le manque d’expérience des
joueurs.
De même, la fédération met beaucoup d’obstacles devant le
transfert des joueurs de la sélection à l’Europe. Selon le
règlement en Egypte, la fédération possède le droit
d’accepter ou de refuser les offres de transfert des joueurs
internationaux. Pour que la fédération accepte le transfert
du joueur, il faut d’abord que l’offre vienne d’un des 3
clubs phare, à savoir les championnats allemand, espagnol ou
français. Sinon, la fédération n’accepte pas le transfert.
Ce qui est complètement aberrant, d’autant plus que la
concurrence dans le championnat égyptien est très faible et
elle n’aide pas à construire un joueur international de haut
niveau. Cette décision a beaucoup déçu les joueurs qui
aimeraient partir en Europe. Par exemple, l’arrière droit de
Zamalek, Ahmad Al-Ahmar, est un joueur exceptionnel et il a
reçu plusieurs offres de transfert vers l’Allemagne, mais
dans une équipe de moyen classement. Et la fédération a
refusé, car elle n’accepte que les offres des clubs du
sommet seulement. L’on peut imaginer l’état d’esprit du
joueur lors des entraînements.
— Vous semblez très pessimiste sur l’avenir du handball
égyptien ...
— Non je ne suis pas pessimiste, mais je suis triste. Je
suis l’un des joueurs qui ont vécu les moments de gloire du
handball égyptien. Et il est très dur pour moi de voir la
sélection égyptienne dans une telle situation. On a beaucoup
travaillé pour mettre l’Egypte sur la Charte du handball
mondial. Je sens que nos efforts sont perdus. Je n’arrive
pas à croire que nous ne sommes pas favoris pour la
qualification au second tour, tandis que la Tunisie qui
était à notre portée pendant une longue période est un grand
favori pour se placer dans le top 8 de la compétition.
Mohamad
Mosselhi