Iraq.
La visite à Damas du président iraqien — une première depuis
plus de 25 ans — vient rappeler que le régime d’Al-Assad ne
peut être écarté des recherches de solution.
La Syrie entre dans le jeu
Ce n’est certes pas la première fois que les Américains
reprochent une attitude négative à Damas. Dans sa nouvelle
stratégie en Iraq, le président américain a promis
d’interrompre ce qu’il a appelé « le soutien apporté par la
Syrie et l’Iran aux insurgés iraqiens ». Dans son discours à
la nation, George Bush a également mis en garde Damas et
Téhéran contre les « tentatives de déstabilisation de l’Iraq
». Un rapport établi sur la visite de Dick Cheney en Arabie
saoudite le 25 novembre 2006 dévoile des démarches
entreprises par l’Administration Bush au Moyen-Orient, plus
précisément contre la Syrie et l’Iran. Les Américains
tenteront ainsi d’encourager une sorte de divorce
irano-syrien, pour isoler l’Iran dans la région. Selon ce
rapport, Washington proposera à la Syrie de rompre ses
relations avec l’Iran et de rejoindre le bloc arabe sunnite.
Damas devrait en contrepartie demander un retrait israélien
du Golan. Mais cette politique ambitieuse des Américains a
été vite contrecarrée par une visite du président iraqien en
Syrie. Pour la première fois depuis la rupture des relations
diplomatiques entre les deux pays il y a plus de 25 ans, un
chef d’Etat iraqien se rend à Damas. Bien que tous les deux
pays soient dirigés par le parti panarabe Baas, la Syrie et
l’Iraq entretenaient de mauvaises relations. Jalal Talbani a
entamé sa visite au moment même où Condoleezza Rice
effectuait sa propre tournée dans la région. Tournée dont le
but annoncé est de construire une alliance arabe contre
l’Iran et la Syrie.
Mais ce qui s’est passé à Damas était presque l’opposé : une
réconciliation syro-iraqienne. Le président Bachar Al-Assad
a ainsi affirmé que son pays était prêt à « aider les
Iraqiens à réaliser la conciliation nationale, ainsi que
l’unité, la sécurité et la stabilité ».
Talbani était encore plus courtois. « La Syrie nous a aidés
dans les jours les plus noirs et nous lui sommes
reconnaissants. (...) Nous sommes déterminés à établir les
meilleures relations politiques, commerciales et pétrolières
», a-t-il affirmé. Le plus remarquable dans les déclarations
de Talbani, qui est officiellement soutenu par les
Etats-Unis, était ces critiques voilées contre les
Américains. « Nous voulons briser cet étau qui nous a été
imposé et qui a été planifié par les forces colonisatrices
pour empêcher toute coopération et tout rapprochement
syro-iraqiens », a précisé le président iraqien, qui est
aussi un ami de l’Iran. Bagdad a certes besoin du soutien de
Damas, en matière de sécurité précisément. Talbani a été
précédé à Damas par une importante délégation sécuritaire,
dont le ministre de l’Intérieur, Jawad Bolani.
Le vice-président, Farouq Al-Chareh, a affirmé que le
rapprochement entre les deux pays visait à consolider les
relations et « n’intervenait pas pour des raisons
extérieures » en allusion à Washington. Al-Chareh a accusé
George Bush de « jeter de l’huile sur le feu », en décidant
de déployer des soldats supplémentaires en Iraq. Quelque 20
000 soldats américains devraient partir en Iraq aux côtés
des 150 000 déjà sur le terrain depuis quatre ans. Aux yeux
des Syriens, la nouvelle stratégie américaine vise à
approfondir les divisions interarabes conformément aux
intérêts d’Israël. Cette stratégie « consiste à briser les
relations interarabes et à approfondir les divisions
provoquées à l’origine par les Etats-Unis entre les régimes
modérés et les régimes durs », écrit ainsi le quotidien
officiel Techrine. De l’avis de certains observateurs, la
Syrie ne devrait pas rester là. Le régime syrien serait
contraint à faire non seulement des déclarations de bonne
volonté, mais aussi des gestes. Des mesures pour tenter de
sécuriser la frontière ou au moins une partie devrait
intervenir.
Samar
Al-Gamal