Al-Ahram Hebdo, Evénement | La gangrène du sectarisme
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 17 au 23 janvier 2007, numéro 645

 

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Iraq . Alors que les divisions interconfessionnelles prennent le dessus, la nouvelle stratégie américaine laisse de nombreuses forces politiques sceptiques.  

La gangrène du sectarisme 

A Bagdad,
de notre correspondant —

Explosions, tueries, cadavres inconnus découverts chaque jour, le pays continue sa traversée quotidienne de l’horreur avec un horizon de plus en plus bouché. C’est dans cette atmosphère que le président américain George W. Bush a annoncé sa nouvelle stratégie concernant l’Iraq. Mais dans l’immédiat, un nouveau différend s’est déclenché entre les différentes parties américaines et iraqiennes autour de l’intérêt d’une telle stratégie, alors que les indices de la défaite totale des Etats-Unis en Iraq sont clairs. Cette défaite, l’Administration américaine tente de la dissimuler en lui attribuant des appellations différentes comme chaos, guerre contre le terrorisme et Al-Qaëda, etc.

Et le président américain George W. Bush de réaffirmer, dimanche, qu’il appliquerait bel et bien sa décision d’envoyer des troupes supplémentaires en Iraq, quelle que soit l’opposition des démocrates au Congrès. « Je comprends totalement qu’ils veuillent m’en empêcher », déclare le chef de la Maison Blanche, lors d’un entretien enregistré dans sa résidence de Camp David et diffusé dimanche soir dans l’émission 60 Minutes sur CBS. « Mais j’ai pris ma décision, et on y va ». Et de préciser : « Mais ceux qui refusent de donner à ce plan une chance de marcher ont l’obligation d’offrir une alternative qui a de meilleures chances de succès. S’opposer à tout sans rien proposer est irresponsable ». Les Etats-Unis disposent actuellement d’environ 130 000 soldats en Iraq, et les soldats supplémentaires iraient à Bagdad et dans la province d’Anbar, en proie à des violences.

Opinions divergentes

Mais à l’intérieur de l’Iraq où cette déclaration de Bush a été bien suivie, tout ceci n’a aucune importance. Le nombre de morts n’arrête pas d’augmenter, alors que les hommes politiques iraqiens, chacun selon son appartenance, font état de leurs opinions concernant la nouvelle stratégie. Il est évident que les points de vue iraqiens restent divergents. Certains l’ont acceptée de façon absolue, d’autres l’ont catégoriquement refusée, alors qu’un troisième groupe l’a acceptée, mais avec réserves.

A ce propos, Sélim Abdallah, représentant du Front de l’entente au Parlement, déclare : « Nous pensons que la phase à venir connaîtra un essor qualificatif dans le domaine de la sécurité en Iraq, en particulier après la déclaration faite par le président Bush concernant la nouvelle stratégie ». Il ajoute : « Cette stratégie semble se concentrer sur ce qui est le plus important, c’est-à-dire aider le gouvernement iraqien à avoir une centralisation dans la prise de décision, sans aucune intervention de la part des éléments armés ». Il poursuit : « Nous pensons qu’il est très positif que les forces américaines aident les Iraqiens dans une phase où l’incapacité de l’institution militaire iraqienne est claire ».

Quant à Bassem Al-Hossaïni, député et représentant du parti Al-Fadila, une des formations constituant la coalition unie, il déclare : « Le fait d’accélérer l’action militaire afin de réaliser la stabilité et la tentative des Américains d’améliorer la conjoncture économique sont le résultat des pressions de l’opinion publique américaine sur l’Administration Bush ». Selon Al-Hossaïni, la stratégie adoptée par les Américains en Iraq a causé un démantèlement clair dans tous les secteurs vitaux de l’Etat, dont les appareils sécuritaires. Al-Hossaïni accuse les Américains de soutenir certains groupes armés qui ont pillé les richesses de l’Iraq et attisé la tension confessionnelle. Cela dit, il n’exclut pas un progrès. « Il semble que par la nouvelle stratégie, les Américains ont de bonnes intentions et une volonté réelle de sortir de la marée iraqienne. Mais je pense aussi que si la stratégie échoue, ce sera une catastrophe réelle pour l’Administration américaine ».

D’un autre côté, l’un des dirigeants du parti de la Daawa Islamiya (chiite), membre de la coalition, Walid Al-Halï déclare : « Nous pensons que la sécurité en Iraq ne pourra se réaliser que si les forces sécuritaires deviennent bien équipées et prêtes à assurer leur tâche ». Il a exprimé son inquiétude quant à la présence continue des forces américaines aux côtés des appareils iraqiens de sécurité. Il a ensuite répliqué : « Nous acceptons cette présence si elle est uniquement momentanée ». Al-Halï a appelé le gouvernement iraqien à limiter la présence d’armes entre les mains du gouvernement seulement, car si la sécurité est garantie en Iraq, tous les Iraqiens prendront l’initiative de se débarrasser de leurs armes.

Des vœux pieux

Il est sûr que ces points de vue sont trop simplistes, si nous prenons en considération les faits réels en Iraq. Le premier de ces faits est la fragilité des institutions militaires iraqiennes et l’absence de l’appartenance et de dévouement nationaux en contrepartie des appartenances confessionnelles. Ceci est tout à fait naturel, puisque les principes sur lesquels se fondent les institutions militaires iraqiennes n’ont rien à voir avec ceux permettant de former une armée nationale efficace.

Deuxièmement, le processus politique actuel qui est supposé être un processus de coopération national a été basé sur de fausses données, comme il est exactement le cas pour les institutions militaires. La preuve la plus flagrante en est que le premier ministre iraqien, qui est supposé être le président de tous les Iraqiens, est un membre du parti de la Daawa qui est le plus extrémiste dans son hostilité aux Arabes sunnites.

Ceci explique pourquoi il a gardé le silence face aux actes atroces commis contre les sunnites qui ont été tués et ceux obligés de quitter la région du sud ou les régions où cohabitaient les chiites et les sunnites.

Le coup de poignard

D’ailleurs, cette question de sectarisme reste incontournable. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, le souligne bien. Il l’a expliqué dans un commentaire sur la nouvelle stratégie américaine : « La stabilité ne sera pas restaurée en Iraq tant que se poursuivront les conflits sectaires ». Il a surtout dénoncé ceux « qui utilisent le sectarisme ou le laissent prendre cours sans le traiter ou s’y opposer ». Il a affirmé que « ces points devaient être tirés au clair » avant d’« appuyer ou de rejeter » la stratégie de Bush. Et de relever qu’un règlement du problème iraqien devait traiter la maladie principale : le sectarisme et sa manipulation par des parties étrangères. « La question du sectarisme est extrêmement dangereuse (...), attiser l’esprit de confrontation et de sédition entre chiites et sunnites a été un grand coup de poignard qui a frappé la société iraqienne ».

Or, même lorsqu’il s’agit de l’exécution de Saddam, nous nous trouvons dans des interprétations sectaires. La façon et la date de l’exécution sont porteuses de plusieurs indices, comme si c’était l’exécution du président des Arabes sunnites en Iraq. Cependant, les sources officielles ne cessent de répéter que Saddam Hussein constituait un obstacle face à la réconciliation nationale. Et pourtant, rien ne prouve que son exécution ne permettra à cette réconciliation de se réaliser.

Donc, de façon générale, la situation est très compliquée et le gouvernement iraqien est l’un des facteurs qui ont causé la chute de l’Iraq vers le précipice. Et il ne semble pas que ce gouvernement ait l’intention de comprendre que l’Iraq est un pays aux multiples doctrines et ethnies. Un Etat pluriel, mais où les tendances sectaires ont été attisées par l’invasion américaine. Pour le moment, rien ne semble préjuger d’une disparition de cet état d’esprit. Ni les visées régionales américaines, ni les ambitions communautaires ou ethniques internes ne peuvent favoriser un développement positif. D’ailleurs, avec l’attitude américaine, l’incertitude bat son plein. « Certains de mes amis au Texas me disent : laisse-les se battre, en quoi est-ce ton affaire ? Je sais que c’est une tentation que beaucoup de gens ont. Mais si l’on ne réussit pas en Iraq, on laissera derrière nous un Proche-Orient qui mettra l’Amérique en danger », déclare Bush. Mais en pratique, que faut-il attendre ? Le nouveau plan de sécurité de Bagdad, qui doit être mis en œuvre dans les prochains jours, ne présente même pas pour le chef des forces américaines en Iraq, le général George Casey, « de garantie de succès ».

Mohamed Al-Anouar

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Après Saddam, les têtes continuent de tomber

Deux proches de Saddam Hussein, Barzan Al-Tikriti et Awad Al-Bandar, ont été pendus lundi par les autorités iraqiennes en dépit des condamnations des organisations humanitaires et des pays de l’UE.

Les informations, selon lesquelles la tête de Barzan s’est détachée de son corps, ont ravivé la polémique sur ces exécutions et accentué les divisions.

C’est dans le plus grand secret que Barzan Al-Tikriti et Awad Al-Bandar ont été pendus. On s’y attendait depuis l’exécution, il y a deux semaines de l’ancien président iraqien. Al-Tikriti est le demi-frère de Saddam Hussein et ex-chef des services de renseignement, alors qu’Al-Bandar est l’ex-président du tribunal révolutionnaire. Tous deux ont été condamnés à mort pour leur responsabilité dans le massacre de 148 villageois du Doujail dans les années 1980.

« L’exécution s’est déroulée dans la dignité », a annoncé le porte-parole du premier ministre Nouri Al-Maliki, Ali Al-Dabbagh, dans une tentative de rassurer un monde en colère après une très polémique pendaison de Saddam. Celui-ci a été insulté et pris à partie par plusieurs témoins lors de ses derniers instants.

« Nous avons informé tous les témoins assistant à l’exécution qu’ils devaient se comporter avec dignité et respect », a encore dit le responsable iraqien.

Les deux hommes devaient être pendus en même temps que Saddam Hussein, le 30 décembre, dans une caserne des renseignements militaires à Bagdad. Mais leur exécution avait été ajournée au dernier moment pour une raison indéterminée et avait été depuis reportée.

Des organisations internationales de défense des droits de l’homme avaient appelé le gouvernement iraqien à suspendre les exécutions des condamnés à mort. Malgré ces appels, M. Maliki avait prévenu que le gouvernement mènerait à bien ces exécutions, estimant qu’il s’agissait d’une « affaire interne ne concernant que les Iraqiens ». A Washington, la Maison Blanche a indiqué que le gouvernement iraqien « exerçait », selon elle, la justice « contre ceux coupables de crimes brutaux contre l’humanité ».

Cela dit, les organisations des droits de l’homme et une majorité de pays européens sont opposées au principe même d’exécution. Amnesty International a condamné

l’exécution de Barzan Al-Tikriti et Awad Al-Bandar, à Bagdad, qui constitue selon l’organisation une « violation brutale du droit à la vie ». « Saddam Hussein et ses proches devaient certainement être considérés comme responsables d’horribles crimes contre les droits de l’homme commis par son gouvernement », a estimé Amnesty dans un communiqué. « Mais cela aurait dû être fait par le biais d’un procès juste et sans recourir à la peine de mort », a poursuivi l’organisation de défense des droits de l’homme. « Les informations selon lesquelles la tête de Barzan Al-Tikriti s’est détachée de son corps lors de sa pendaison ne font que souligner la brutalité de cette punition déjà cruelle, inhumaine et dégradante », a poursuivi Amnesty.

La France a rappelé aussi son opposition de principe à la peine de mort. « La position de la France, comme celle de ses partenaires européens, est d’œuvrer pour l’abolition universelle de la peine de mort. C’est une position de principe qui s’applique à tous les cas. La France poursuivra ses efforts en ce sens », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, et d’ajouter : « Dans le même temps, la France considère que les responsables des exactions commises en Iraq doivent répondre de leurs actes et être traduits en justice ».

Le chef de la diplomatie italienne Massimo D’Alema a lui aussi critiqué à Abou Dhabi ces exécutions regrettant que « les appels (à la clémence en faveur des deux condamnés) ont été ignorés ».

« Nous nous opposons, par principe, à la peine de mort. Nous confirmons cette position de principe », a affirmé le ministre italien.

Auparavant, le président du Conseil italien Romano Prodi avait condamné ces exécutions. « J’ai la même position que pour l’exécution de Saddam Hussein. L’Italie est contre la peine de mort. Toute autre parole est superflue », a déclaré M. Prodi à la presse à l’issue d’un entretien avec le président de la Commission européenne José Manuel Barroso qui a lui aussi condamné ces exécutions.

 




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