Affaire Haydelina.
Le Parlement a levé l’immunité du député et homme d’affaires
Hani
Sourour. Sa société est accusée d’avoir mis sur le
marché, via le ministère de la Santé, des poches
non-conformes aux normes
destinées à contenir du sang.
Défaillances sanitaires ou complot politique ?
L’Assemblée du peuple a approuvé cette semaine la levée de
l’immunité parlementaire de l’homme d’affaires et député
Hani
Sourour, et ce à la demande de ce dernier. Membre du
comité des politiques du Parti National Démocrate (PND, au
pouvoir), Sourour est accusé
d’avoir fourni à des hôpitaux publics des poches
non-conformes aux normes et
destinées à contenir du sang par le biais de
Haydelina, une société
d’équipements médicaux dont il est le propriétaire.
L’affaire avait éclaté au grand jour la semaine dernière
lorsque, suite à une plainte présentée par la chef du
département des affaires juridiques au ministère de la
Santé, le Parquet a requis la levée de l’immunité du député
afin qu’il puisse être entendu.
Selon la plainte en question, Haydelina
aurait fourni à partir de mars 2006 et en vertu d’un accord
avec le ministère de la Santé, 300 000 poches de sang
non-conformes aux normes. Les
poches en question, fabriquées en plastique, sont revêtues
d’une matière qui, en contact avec le sang accentuerait les
risques de leucémie. Elles comprendraient d’autres défauts
techniques, comme l’épaisseur exagérée de l’aiguille.
Faten
Moftah, directrice du Centre national de transfusion
sanguine, souligne : « Il faut être très vigilant car cela
peut donner lieu à des cas de cancer et à des intoxications
».
Il y a quelques mois, un député du PND,
Heidar Boghdadi, avait
soulevé la question en présentant une interrogation au
Parlement sur les produits de la société
Haydelina. Bien que certaines
banques de sang se soient plaintes au sujet de ces poches,
le ministère de la Santé a continué à les distribuer aux
hôpitaux. Mais face à la multiplication des plaintes, le
ministère a formé une commission d’enquête qui a reconnu
certains défauts de fabrication. Le ministère a alors
demandé à la société Haydelina
de reprendre les poches qui n’avaient pas été utilisées et
de les remplacer par d’autres sans défauts. Cependant, 32
000 poches sur les 300 000 fournies par
Haydelina avaient déjà été utilisées dans les
hôpitaux.
L’affaire suscite bien des remous au sein de la classe
politique. Certains estiment que l’existence de défauts
techniques n’incrimine pas le propriétaire de la société. «
Les normes de fabrication des poches de sang ne sont pas
encore bien définies en Egypte, c’est un domaine
relativement nouveau », explique Hamdi
Al-Sayed, président du Syndicat
des médecins et député du PND. Soucieux de contenir cette
affaire, le ministre de la Santé, Hatem
Al-Gabali a affirmé que
Hani
Sourour a été pénalisé. « Le ministère a arrêté de
traiter avec la société Haydelina
et en plus Sourour a été tenu de
fournir à ses frais les besoins de 4 mois en poches de sang
», a déclaré le ministre.
Hani
Sourour crie quant à lui au
complot. « S’il y a des défauts techniques, je suis prêt à
assumer la responsabilité mais pourquoi cette affaire a été
soulevée seulement maintenant, 4 mois après les faits. Il
est évident que certains veulent me causer des ennuis pour
m’éloigner du Parlement. Je crois aussi que certaines
sociétés étrangères ne veulent pas que des compagnies
égyptiennes réussissent dans cette industrie »,
explique-t-il.
Dans les rangs de l’opposition, les critiques vont bon
train. Pourquoi le ministère de la Santé n’a-t-il pas
examiné ces poches avant de les distribuer aux hôpitaux
surtout que cette société, Haydelina,
s’engageait dans la fabrication de ce genre de produits pour
la première fois ? Et Aussi, pourquoi le ministère de la
Santé n’a-t-il pris aucune mesure légale contre la société
et son propriétaire Hani
Sourour ? « C’est une affaire de
santé publique qui aurait dû être traitée avec plus de
transparence », affirme Hussein
Abdel-Razeq, secrétaire général du parti du
Rassemblement unioniste progressiste (UPI, gauche). Selon
lui, les circonstances qui entourent cette affaire indiquent
qu’il y a eu négligence et manque de transparence. « Je
crois que le ministre de la Santé doit présenter sa
démission au moins jusqu’à ce que l’enquête soit terminée.
Nous savons que Hani
Sourour était médecin à
l’hôpital que dirigeait le ministre avant d’intégrer le
gouvernement », assure Hussein
Abdel-Razeq. Et d’ajouter : « Certains députés du PND
ont dit qu’il n’y avait pas eu de crime. Mais mettre en
danger la santé des Egyptiens n’est pas une chose avec
laquelle on peut jouer ». Quoi qu’il en soit, cette affaire
a levé le voile sur l’absence de contrôle par le ministère
de la Santé sur les fournitures médicales.
Ola
Hamdi