Diplomatie.
Le président Moubarak a reçu lundi à Louqsor la secrétaire
d’Etat américaine Condoleezza Rice en tournée dans la région
pour recueillir des appuis à la nouvelle stratégie de Bush
en Iraq.
L’Egypte à l’écoute, mais réservée
« Je n’ai pas de nouvelles idées à offrir au conflit
israélo-palestinien, sauf la Feuille de route », a déclaré
Condoleezza Rice avant de se rendre lundi à Louqsor en
Haute-Egypte pour des entretiens avec le président Hosni
Moubarak. C’est donc sur l’Iraq que la secrétaire d’Etat
américaine, en tournée dans la région, a voulu centré sa
visite. Objectif : obtenir l’appui de l’Egypte à la nouvelle
stratégie américaine en Iraq, annoncée le 10 janvier par le
président George Bush. Le chef de la Maison Blanche avait
annoncé son intention d’envoyer de nouvelles troupes en Iraq
afin de faire face à la violence et sa volonté de débloquer
des fonds destinés à aider le gouvernement iraqien. Enfin,
Washington, qui veut faire face à l’influence iranienne
chiite dans la région, souhaite associer les sunnites aux
prises de décisions à Bagdad.
L’Egypte a déclaré qu’elle appuyait cette nouvelle stratégie
américaine. « Nous appuyons la stratégie américaine dont
nous espérons qu’elle sera appliquée pour parvenir à la
stabilité en Iraq », a déclaré Ahmad Aboul-Gheit, ministre
des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse
conjointe avec son homologue américaine. « Nous espérons que
ce plan mènera au renforcement de l’Etat iraqien »
a-t-il ajouté, tout en estimant que des amendements
constitutionnels étaient nécessaires en Iraq afin de
permettre à toutes les parties de prendre part au processus
politique. Mais si Le Caire affiche son soutien à Washington
au niveau de l’Iraq, il s’inquiète par rapport au processus
de paix. « Mme Rice a dit qu’elle n’avait rien à proposer au
processus de paix sauf la Feuille de route. Mais celle-ci
est morte depuis longtemps. Le processus de paix a besoin
lui aussi d’une nouvelle stratégie afin de le remettre sur
les rails », a déclaré à Al-Ahram Hebdo une source
diplomatique qui a requis l’anonymat. La responsable
américaine a, certes, déclaré s’être entendue avec le
premier ministre israélien Ehud Olmert et le président
palestinien Mahmoud Abbass afin de tenir une rencontre
tripartite dans trois à quatre semaines, mais ses
déclarations avant sa visite en Egypte ont été perçues avec
insatisfaction par les responsables égyptiens. « La pression
des démocrates au Congrès a poussé la Maison Blanche à
donner toute la priorité à l’Iraq. Or, nous pensons qu’il
faut donner un intérêt au processus de paix », affirme la
source diplomatique, expliquant que Le Caire appuie la
stratégie américaine en Iraq car il craint l’influence
iranienne sur les chiites de ce pays. Danger qui peut
troubler la région et menacer directement les intérêts de l’Egypte
au Proche-Orient. Mais pour Le Caire, le gel de la paix peut
être tout aussi dangereux que la violence sectaire en Iraq
et mener à une guerre civile. « Nous avons expliqué aux
Américains que la Feuille de route doit être redynamisée
comme leur nouvelle stratégie en Iraq », a déclaré la source
anonyme. Le Caire avait proposé une nouvelle approche « la
fin de la route » qui consiste à commencer par la fin,
c’est-à-dire par la création de l’Etat palestinien pour
régler ensuite toutes les questions en suspens comme le
problème des réfugiés. Condoleezza Rice a expliqué au Caire
que sa rencontre annoncée avec Olmert et Abbass visait à «
aborder des questions larges, afin que nous puissions
travailler sur la Feuille de route pour avancer vers un Etat
palestinien ». De son côté, Ahmad Aboul-Gheit a déclaré que
« la crise palestinienne devait être contenue et que les
contacts devaient reprendre entre Israël et les
Palestiniens, dans ce qu’il a décrit comme une phase de
stabilisation (...). Ensuite, vous commencez la
deuxième phase, où tout est discuté concernant
l’établissement de cet Etat palestinien ». Pour la source
diplomatique, Rice qui a demandé l’aide de l’Egypte pour
stabiliser l’Iraq, doit prendre des mesures actives pour
relancer le processus de paix. « Le Caire a soutenu
Washington en ce qui concerne la nouvelle stratégie en Iraq,
c’est au tour des Américains de s’impliquer davantage dans
le conflit israélo-palestinien », a affirmé la source. Ahmad
Aboul-Gheit et le chef des services de renseignements, Omar
Soliman, doivent se rendre prochainement à Washington afin
d’évoquer la question de la paix .
Chérif Ahmed