Médicaments .
La dernière hausse des prix de 10 à 25 % rend amère la vie
des plus malades et les experts dénoncent la soumission du
gouvernement aux multinationales, dans un marché des plus
opaques.
Un scénario qui se répète
Les fêtes sont devenues les occasions préférées du
gouvernement pour annoncer une hausse des prix. Comme pour
éviter toute réaction hostile à ses décisions. Cette
fois-ci, la hausse a touché le secteur des médicaments.
Pendant les congés du grand Baïram et du Noël orthodoxe,
plus de 94 médicaments ont en effet été augmentés de 10 à 25
%, voire 100 % pour le cas des traitements récents des
maladies cardiaques, du diabète et de la tension artérielle.
« Cette hausse n’est pas la première du genre. Depuis 2003,
les sociétés pharmaceutiques nous envoient des listes de
hausses annuelles variant entre 2 et 3 L.E. pour les
médicaments fabriqués localement et de 5 à 6 L.E. pour les
importés », explique Medhat Mario, un propriétaire de
pharmacie. Il ajoute que ces sociétés demandent même aux
pharmacies de vendre les stocks anciens aux nouveaux prix.
Mais cette dernière hausse a suscité le mécontentement des
citoyens, comme Fahmi Morsi, cardiaque et diabétique, âgé de
50 ans. « Mon budget ne supporte aucune hausse. Je verse
déjà chaque mois presque le tiers de mon salaire pour
acheter mes médicaments. Avec la nouvelle augmentation, je
serai incapable de recevoir le même traitement ». Il se
demande si une pharmacie acceptera de vendre les médicaments
à crédit ...
La hausse des prix a aussi poussé certains à renoncer à
l’achat de médicaments. C’est l’exemple de Hicham Ahmad, un
ouvrier sensible aux grippes, qui préfère désormais souffrir
plutôt que de payer 4 L.E. pour se soigner. « La facture des
médicaments est devenue un fardeau sur le budget des
personnes à revenus très modestes », s’insurge-t-il.
Ces réactions contre des nouvelles augmentations confortent
les inquiétudes des experts vis-à-vis des répercussions de
la mise en œuvre de l’accord sur les droits de propriété
intellectuelle liés au commerce (ADPIC), entré en vigueur en
janvier 2005. Selon cet accord, il n’est pas permis de
produire les médicaments brevetés par les multinationales
sans payer un droit élevé. Et cela tout le long de la
période de protection de 20 ans. De plus, aucune entreprise
ne peut « copier » ce médicament pendant cette période.
Raouf Hamed, expert de pharmaceutiques, explique cependant
qu’il « est trop tôt pour parler des répercussions de cet
accord dans le secteur du médicament. Car il ne doit toucher
que les médicaments lancés sur le marché récemment. Alors
que la dernière augmentation touche les anciens médicaments
».
De sa part, le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali,
explique que la hausse concerne des médicaments non récents
dont les prix n’ont pas bougé depuis très longtemps. « 80
médicaments sur 94 ayant été augmentés, sont ceux des
sociétés du secteur public des affaires. Le reste est la
production de multinationales », souligne-t-il. Il trouve la
hausse logique pour ces dernières, qui dépensent des
milliards de dollars pour des produits qui se vendent à 5 ou
10 L.E. « Il faut renforcer les budgets de ces sociétés pour
qu’elles puissent continuer à développer des médicaments »,
dit-il. Il ajoute que le ministère refuse de toucher au prix
de 460 sortes de médicaments essentiels. « Par contre, nous
essayons de baisser les prix de certains autres. Par
exemple, nous avons mené des négociations réussies, en
décembre dernier, avec une société productrice pour baisser
les prix d’un médicament de 1 300 L.E. à 480 L.E. »,
explique Al-Gabali. Il ajoute que le ministère a également
baissé les prix de 40 médicaments en 2006. Parmi lesquels 9
ont bénéficié d’une baisse entre 10 et 32 %, pour les rendre
plus accessibles au grand public.
Coup de pouce
Une justification qui s’inscrit en faveur des
multinationales qui ont exprimé leur satisfaction quant à la
récente hausse des prix. Elles assurent que le gouvernement
leur donne un coup de pouce pour compenser leurs pertes
résultant de la fluctuation de la monnaie nationale. « Le
ministère de la Santé a fixé les prix de médicaments pour
une longue durée en se basant sur un dollar à 3,45 L.E.
Alors qu’il a atteint en réalité presque 6 L.E. Le coût de
nos importations de matières premières a augmenté de plus de
40 % à cause de la fluctuation de la monnaie nationale. Et
nous étions obligés de vendre selon les mêmes prix. Qui peut
supporter cette différence ? », s’interroge Alaa Al-Sammane,
le porte-parole de la multinationale Sanofi Aventis. Il
ajoute que cette situation a conduit les sociétés à baisser
leurs investissements dans le domaine pour minimiser les
pertes. D’après Al-Sammane, sa société a réalisé 615
millions de L.E. de ventes en 2006. Mais il refuse de
dévoiler le chiffre de ses profits, qui pour Raouf Hamed
sont énormes, comme pour toute multinationale du secteur. «
Leurs médicaments sont très chers et avec le temps, les prix
des matières premières baissent sur les marchés
internationaux. En plus, des pressions sont exercées par les
sociétés sur le gouvernement pour augmenter les prix en vue
de maximiser les profits », souligne-t-il. Il comprend
pourtant que les sociétés publiques cherchent, elles, à
augmenter leurs prix. Car pendant de longues années, elles
ont vendu à perte. Il ajoute que le gouvernement devrait
être transparent en dévoilant les critères sur lesquels il
décide d’une augmentation. Transparence ? Le ministère
refuse de dévoiler les chiffres des importations. Sans
parler de l’évolution de la part sur le marché des
médicaments sous brevet contre la catégorie hors brevet ...
.
Gilane Magdi