Découverte.
Une pierre gravée en hiéroglyphes apporte de nouveaux éléments
historiques.
Stèle paradoxale
Sur
le dromos (passage) qui reliait les temples de Karnak à ceux
de Louqsor, une mission égyptienne dépendant du Conseil
Suprême des Antiquités (CSA) a découvert la semaine dernière
une stèle datant du XIIe siècle av. J.-C. En quartzite, cette
grande stèle, dont les mesures sont de 170 cm sur 80 cm, est
inscrite de 17 lignes en hiéroglyphes qui, lors des examens
préliminaires, rapportent les réalisations du grand prêtre Bak
En Khonso et ses contributions au temple de Karnak. Cette
stèle remonte au règne du pharaon Sethnakht, fondateur de la
XXe dynastie et père de Ramsès III, dernier pharaon
combattant. L’intérêt de cette stèle est, selon Zahi Hawas,
secrétaire général du CSA, qu’elle pourrait permettre « de
reconstituer l’histoire du Karnak et va enrichir notre
compréhension de ce temple ». Certes, mais cette pièce a fait
surgir déjà d’autres questions auxquelles les égyptologues
cherchent à répondre.
Lors d’une observation minutieuse, on remarque qu’elle se
divise en deux scènes principales, la première représente le
roi Sethnakht accroupi et coiffé de la couronne bleue de la
Haute-Egypte. Sethnakht est en train en fait d’offrir le
symbole de la justice au dieu Amon Rê. Et ce, tout en tenant à
la main gauche Wast, symbole de Thèbes, et le Ankh de la vie à
la main droite. Derrière lui se trouve la déesse Mout, l’une
du trio de Thèbes composé d’Amon, Mout et leur fils Khonso,
debout levant sa main gauche protégeant le pharaon. Et ce en
tenant, toujours à la main droite, le Ankh.
Généalogie du grand prêtre
Quant à la seconde scène, elle se compose d’un texte en
hiéroglyphes de 17 lignes, en dessous est représentée la
figure du prêtre Bak En Khonso. Nomination qui signifie «
celui qui aime Khonso ». Le prêtre porte l’uniforme officiel
et est gravé en pleine dévotion. Quant au texte, celui-ci
donne pour la première fois des détails sur l’arbre
généalogique du grand prêtre qui avait une grande importance à
l’époque, puisqu’il a vécu pendant le règne du pharaon
Sethnakht et son successeur Ramsès III. A cette époque, le
grand prêtre était considéré comme la personne la plus
importante après le pharaon, conduisant les rites et faisant
des offrandes au nom de ce dernier. En plus, l’importance de
cette personne est reflétée grâce aux quatre statues qui
l’incarnent et qui sont exposées au Musée égyptien du Caire.
Pour les égyptologues, une telle position distinguée a préparé
l’arrivée des prêtres au trône pour fonder la XXIe dynastie,
appelée celle des rois- prêtres.
En outre, la stèle découverte donne beaucoup d’autres
interprétations et suggestions. Lors d’une lecture attentive,
les archéologues ont constaté que la stèle est datée
précisément de la quatrième année du règne du roi Sethnakht.
Or, « ce souverain, d’après nos connaissances, n’a régné que
trois ans seulement », explique Mansour Boreik, directeur
général des antiquités de Louqsor. « Cette stèle assure en
fait que Sethnakht est resté sur le trône quatre ans et
peut-être plus », ajoute-t-il. En même temps, le lieu de
découverte pose beaucoup de points d’interrogations pour les
chercheurs. Selon Boreik, cette partie du dromos des sphinx,
qui reliait le temple du Karnak à celui de Louqsor, a été
bâtie par le roi Nectanébo, fondateur de la XXXe dynastie pour
commémorer ce site religieux prestigieux. Là une question
surgit : « Comment cette stèle, datée de la XXe dynastie,
est-elle donc trouvée là ? », se demande Boreik. Celui-ci
suppose que cette stèle a été transportée pour être réutilisée
dans des constructions romaines. Et ce parce que « lors de nos
fouilles, nous avons découvert beaucoup de statues de sphinx
composants le dromos. Mais le plus important c’est le
dégagement d’un tas de vestiges qui datent de l’époque romaine
qui ne sont pas encore étudiés », pense-t-il. En tout cas, la
saison de fouilles n’est pas encore terminée. Les membres de
la mission égyptienne espèrent que les dégagements les plus
proches dévoileront les mystères de la stèle .
Doaa
Elhami