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 Semaine du 10 au 17 janvier 2007, numéro 644

 

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Egyptologie. Tous les sites ont-ils livré leurs secrets ? Sans doute pas, estiment les archéologues qui soulignent cependant qu’il est peu probable de faire des découvertes sensationnelles à l’exemple de la tombe de Toutankhamon.

A la recherche des petits secrets

Entre fouilles, restaurations et études, les égyptologues ne cessent de chercher avec l’espoir de trouver du nouveau sous le sable de la terre égyptienne. Plus de 300 missions étrangères et égyptiennes opèrent dans les différents chantiers. Le but essentiel de la plupart serait-il de faire des découvertes spectaculaires ? Les missions d’aujourd’hui peuvent-elles un jour refaire ce que Mariette, Carter ou Emry ont déjà réalisé ?

Une opinion que quelques spécialistes refusent et estiment impossible. « Les grandes dates qui déterminent l’Histoire égyptienne sont aujourd’hui précisées et claires, les nouvelles découvertes effectuées par les missions n’ajoutent en fait que des précisions. Ainsi, les archéologues, notamment les égyptologues, cherchent-ils, à travers leur travail sur le chantier, à répondre aux questions qui ont surgi pendant leurs fouilles et dont les réponses vont combler des lacunes dans la carte de l’Histoire égyptienne », souligne Laure Pantalacci, directrice de l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO) au Caire. Dans ce sens, les grandes zones, à l’instar du plateau des Pyramides, de Saqqara et de Louqsor, vont au fur et à mesure livrer de nouveaux petits secrets. Selon elle, bien que ces sites soient les principaux de l’archéologie égyptienne, il est nécessaire de prêter plus d’attention à d’autres endroits en Egypte qui semblent pour beaucoup être tombés dans l’oubli comme les déserts et le Delta.

D’ailleurs, les récentes saisons dans ces zones ont donné d’intéressantes informations. Le désert oriental, pour Pantalacci, est l’un des lieux fertiles comprenant beaucoup d’importantes zones archéologiques encore vierges à traiter. La route Myos Hormos qui relie Coptos à Qosseir en est l’exemple par excellence. Sur cette route sont installés des forts tous les 25 km. Ces forts protégeaient les caravanes commerciales qui transportaient les marchandises qui passaient de l’Afrique vers l’Asie et vice-versa en passant par la mer Rouge. « Ces forts étaient plutôt de petites villes habitées des familles des protecteurs de la route », explique Pantalacci. Selon elle, une des missions les plus importantes qui opère en Egypte est celle qui fouille dans le désert oriental à Marsa Gawassis sur la côte de la mer Rouge, c’est une mission italiano-américaine présidée par Rodolfo Fattovich et Kathryn Bard.

Avis partagé par Maria Casini, directrice du Centre italien d’archéologie en Egypte. Pour toutes les deux, cette mission a découvert pour la première fois des traces de l’Ancien Empire dans cette région comme des fragments de la céramique trouvés au sein d’une grotte sur le site. Ceci prouve que Marsa Gawassis était fréquentée par les Egyptiens à cette époque lointaine. Les membres de la mission ont aussi découvert des rames et des poteries qui datent du Moyen Empire. Par ailleurs, la saison dernière a été couronnée par la découverte d’un ensemble de cordes et de boîtes. « Les cordes sont tellement bien conservées qu’elles paraissent neuves et fabriquées de nos jours. Quant aux boîtes, celles-ci sont incises par la phrase Les trésors des pays de Pount », explique Casini. Chacun de ces deux sites, que ce soit Wadi Al-Gawassis ou le désert oriental, ajoute de nouvelles informations à l’Histoire égyptienne. A l’oasis de Dakhla, plus précisément dans la région de Douche, où opère la mission française dépendant de l’Ifao dans un temple antique, des installations agricoles et un système d’irrigation installé par les Perses, baptisé qanat, ont été découverts. « C’était bizarre de trouver un tel système d’irrigation dans les oasis occidentales et avec cette grande quantité. Ce site comprend en fait 25 qanats. Celui-ci est plutôt fréquent au Sinaï », explique Pantalacci.

 

Missions au long cours

Si ces missions opèrent sur les chantiers depuis quelques saisons, il est à noter qu’il y en a d’autres qui travaillent sur des sites depuis des décennies et d’ailleurs ne cessent de faire des découvertes ou de donner de nouvelles informations avec chaque saison de fouilles, que ce soit suite à des restaurations, de fouilles ou suite à de nouvelles études. La mission polonaise est l’exemple par excellence : elle opère sur le site du temple d’Al-Deir Al-Bahari de Hatchepsout, à Louqsor, il y a plus de 40 ans ! Et encore toujours des découvertes.

« Lors de nos derniers travaux, l’on a dégagé une cité académique avec ses bâtiments, ses différents départements ainsi que les lieux d’enseignement », affirme Zbigniew Szafranski, directeur de la maison des missions polonaises en Egypte. Pour lui, cette cité remonte aux VIe et VIIe siècles de notre ère.

« Au cours des travaux de restauration, l’on a dégagé une tombe d’un certain vizir nommé Padiamonet, de la XXIIIe dynastie. On a trouvé des fragments de ses cartonnages dont la peinture est extrêmement fine. En plus, des fragments de son sarcophage et ceux des membres de sa famille ont été découverts », reprend Szafranski. Pour lui, cette période, entre les XXIIIe et XXVe dynasties, est inconnue pour les égyptologues. Une telle découverte pourrait donner quelques éclairages sur le lien entre ce vizir et le temple de Hatchepsout après la fin de la XVIIIe dynastie.

Si les résultats des sites peu connus rajoutent des détails importants à l’Histoire égyptienne, ceux des grandes zones archéologiques eux aussi sont de grande valeur. Là, Pantalacci fait rappel aux prestigieuses missions de Saqqara, du plateau des Pyramides, d’Héliopolis malgré sa décadence, sans oublier celles d’Alexandrie et notamment Kom Al-Dekka.

Un sol riche qui livre toujours des secrets et des trésors avec le moindre travail sur les sites archéologiques .

Doaa Elhami

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Magdi Al-Ghandour, directeur des missions étrangères en Egypte au Conseil Suprême des Antiquités (CSA), explique les règles régissant une coopération très encadrée.

« 300 missions aux quatre coins de l’Egypte »

Al-Ahram Hebdo : Combien de missions étrangères opèrent-elles sur les chantiers égyptiens ?

Magdi Al-Ghandour : Cette saison, nous avons en total 300 missions étrangères qui opèrent aux quatre coins de l’Egypte. Les activités de ces missions varient entre fouilles, restauration, préservation et sauvegarde des sites archéologiques. D’autres missions travaillent uniquement sur l’enregistrement et la préparation des cartes et des plans topographiques qui précisent les régions historiques par satellite et encore l’étude de la reconstruction des vestiges monumentaux par le moyen du programme de 3 dimensions.

— Le travail archéologique ne se limite donc pas aux fouilles ...

— Il faut préciser que jusqu’aux années 1990, les fouilles étaient l’activité primordiale pour les archéologues, alors que maintenant les choses ont changé. Cette science a tellement évolué qu’elle regroupe actuellement plusieurs spécialités, à l’instar de la restauration, de l’étude du style artistique qui précise la chronologie des pièces. La géologie encore sert beaucoup cette science, sans oublier l’anthropologie, l’architecture et la biologie. Les spécialistes de toutes ces sciences coopèrent sur le chantier soit pour préserver le site ou encore pour ajouter une nouvelle information historique, ou bien pour résoudre une énigme quelconque. Ainsi, les fouilles ne sont-elles qu’une étape d’une grande chaîne illimitée.

— Vous avez parlé de 300 missions étrangères opérant en Egypte, quels sont les critères pour admettre de telles missions ?

— Nous ne coopérons qu’avec les institutions scientifiques qui ont une expérience considérable dans l’archéologie. En gros, les méthodes scientifiques sont toutes les mêmes, mais chaque mission a le droit de modifier dans les détails. Avant de donner la concession à une mission, l’on étudie bien son dossier, celle-ci est censée nous présenter le plan détaillé de son travail, le nombre de son équipe et la durée de sa présence sur le chantier. Concernant les anciennes missions, dont la durée a dépassé les dix ans, celles-ci doivent présenter, à chaque fin de saison, les résultats de leur travail au CSA. Quant aux récentes missions, elles ont le droit de présenter leurs rapports dans une période de 5 ans comme durée maximale. Lors d’un retard pour des raisons illogiques, la mission est suspendue. D’autre part, il faut encore réaliser des restaurations à côté des fouilles. Toutes ces contraintes figurent dans les clauses des contrats signés par le CSA et l’institution scientifique étrangère représentée par le directeur de la mission.

— Comment supervisez-vous toutes ces missions sur terrain ?

— A travers les inspecteurs du CSA. Ceux-ci représentent le CSA sur le site. C’est plutôt l’inspecteur qui est censé gérer le chantier et non pas le directeur étranger de la mission. L’inspecteur est le premier responsable de la réalisation du programme annoncé entre les deux côtés. Aussi, celui-ci doit surveiller l’ouverture et la fermeture des dépôts de même que l’enregistrement des pièces dégagées du site. A la fin de chaque saison, l’inspecteur nous présente un rapport comprenant le niveau des travaux de la mission ... .

Propos recueillis par

D. E.

 

 




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