Tendances.
Chatting, SMS, e-mails ou blogs sont devenus des moyens de
plus en plus courants pour partager ses passions, se faire des
amis ou nouer des relations passagères. Un monde virtuel,où
tout est permis, côtoie ainsi une réalité truffée de tabous et
d’interdits.
Vous en aurez le cœur Net
L`’affaire
de Hossam qui ne s’entendait plus avec sa femme et passait le
plus clair de son temps branché à son ordinateur a défrayé la
chronique il y a quelque temps. A peine rentré à la maison, il
s’isolait dans son bureau et se livrait au chatting. Utilisant
un pseudonyme, il lui arrivait de passer 18 heures en un
week-end à échanger des messages avec une inconnue.
Hossam vivait une belle histoire d’amour sur le Web. De fous
rires délirants, des nuits blanches à livrer son intimité à
une inconnue sans peur d’être pris en flagrant délit. Il a
même piqué des crises d’hystérie pour une panne de connexion
tant son cœur battait pour cette femme qu’il désirait
intensément rencontrer.
« C’était bien la première fois qu’une femme me comble de mots
d’amour. Ma femme n’a jamais été capable d’en faire autant »,
commente Hossam. Et pour mieux se reconnaître, l’un et l’autre
ont précisé quelques détails vestimentaires. Le jour de la
rencontre est arrivé. Un véritable choc pour Hossam qui s’est
trouvé face à face avec sa propre femme. Hors de lui, il
demande immédiatement le divorce.
Blogs (site Web interactif où l’on parle de la vie, parfois
privée, de sujets précis, d’histoires vécues, etc.), SMS,
e-mails ou chatting sont devenus des moyens bien branchés pour
partager ses passions, nouer une amitié ou entretenir des
relations passagères. En une décennie, les technologies
électroniques ont bouleversé les jeux de la séduction et ont
modifié les relations hommes et femmes. Protégé par l’écran,
chacun peut affûter son image, livrer son intimité en toute
maîtrise, choisir sa prose et sa pose.
Entre le virtuel et le réel s’invente tout un univers de
rencontres, avec ses codes, son langage, ses pièges aussi.
Chacun cherche dans son « chatteur » une âme sœur avec qui
communiquer sur le Web. L’on teste, l’on papillonne, on aime
ou on déteste, avec toujours la possibilité de se débrancher,
puis de recommencer sa quête.
Selon une étude faite par l’Organisme national des recherches
socioéconomiques sur un échantillon composé de 76 hommes et 10
femmes adeptes du chatting dont l’âge varie entre 25 et 60
ans, l’infidélité commence par le chatting. Autrement dit, ce
phénomène est devenu l’une des causes principales de
mésentente entre les couples. « Pendant que leurs femmes
roupillent, certains maris font du chatting, tissant ainsi des
relations Take Away. L’ennui, le manque d’appétit sexuel, le
désir de nouer une nouvelle relation poussent souvent les gens
à ce stade. Des relations qui au départ sont amicales mais se
transforment parfois en liaison amoureuse », explique le
sociologue Ahmad Al-Magdoub, tout en ajoutant que le tiers des
personnes interrogées lors de cette enquête par sondage ont
fini par se voir. D’après lui, alors que les statistiques
évaluent à 3 millions le nombre d’Egyptiens ayant accès à
l’Internet, les amateurs de chatting et de sites
pornographiques se font de plus en plus nombreux. Le Net Sex
est le site le plus visité.
La frustration, l’impossibilité d’avoir une relation sexuelle
avant le mariage et le retard de l’âge du mariage font que des
internautes ont recours au chatting pour assouvir leur désir
sexuel. Un exemple : le cas de Karim, 35 ans, surpris par sa
femme en train de faire l’amour à une inconnue par le biais
d’une webcam. Une attitude qui s’est répétée à plusieurs
reprises, au point où elle a demandé à ses amis d’intervenir
pour qu’il cesse cet acte pervers. A sa grande surprise, ils
lui apprennent qu’ils font de même. Scandalisée, elle demande
à son mari de choisir entre elle ou l’ordinateur. Sans
hésiter, il a opté pour le second choix. Et il ne restait plus
à cette femme que de demander al-kholea (la séparation).
Du chatting aux textos
Autre cas de cyber infidélité. Persuadée d’avoir trouvé
l’homme de sa vie, Samar, 20 ans, étudiante, a surpris son
fiancé en train de faire du chatting. Se faisant alors passer
pour une autre par le biais du chatting, elle lui a fixé
rendez-vous dans une cafétéria. Il s’est pointé pour une fille
qui n’existait pas. « J’ai voulu le tester et c’était la
rupture ! ». Pour cette jeune fille, chatter, c’est tromper
son partenaire.
Cependant, et avec près de 9,5 millions de célibataires,
recourir à ce virtuel entremetteur n’est plus un tabou. Riyad,
architecte de 30 ans, confie qu’oser aujourd’hui entrer en
contact avec une inconnue n’est plus licencieux. Pour échapper
à l’anonymat des grandes villes, les jeunes veulent cueillir
le maximum de liens par le chatting, la blogosphère ou le SMS.
« Une flopée de liens qu’ils ne trouvent plus dans la vie, à
une époque où le quotidien est de plus en plus stressant »,
explique Riyad.
Et les règles sont bouleversées. Le clic de la souris a
remplacé la poignée de main, l’effet de surprise s’estompe dès
le départ, puisque tout est affiché : fumeur ou pas, situation
de famille, hobbies, taille, poids. Et un nouveau type de
rencontres voit le jour sur les touches de l’ordinateur et
prolifère parallèlement au monde réel truffé de tabous. Rania,
une hôtesse de l’air célibataire, s’est inscrite sur l’un des
sites de rencontres sur le Web : « Si vous êtes charmant et un
cœur à prendre, je suis là ! ». Elle est arrivée à trouver
l’âme sœur. « Il fume, moi pas, il aime la natation, moi j’ai
peur de l’eau, mais on arrive à s’entendre. Nous parlons déjà
mariage et enfants ! ». Pour elle, aspirer au bonheur, c’est
fonder un foyer et avoir des enfants. Ce couple qui s’est
connu en juin 2004 a fixé son mariage pour le 14 février 2007
(fête de la St. Valentin).
Les connexions entre cœurs à prendre battent aussi le plein
par le biais des SMS du portable. Et c’est tout un rituel. Dès
qu’il existe des affinités, les chatteurs n’hésitent pas à
s’échanger leurs numéros de téléphone et quittent le site pour
le cellulaire.
La passion en 160 mots
Séduire, oui, mais autrement, aussi bien par la voix que par
les SMS. « L’individu crée avec l’être aimé une présence
connectée, en multipliant les SMS. Les messageries occupent
aujourd’hui une place de plus en plus grande, environ 20 % de
nos communications », explique Moustapha, responsable dans une
société de téléphone mobile.
Aujourd’hui, le coup de foudre, le désir, la passion se
déclinent en 160 mots — c’est le maximum d’un texto. Les SMS
ne cessent d’être échangés. Ils sont de plus en plus audacieux
et séduisent leur proie. C’est une véritable révolution dans
les relations amoureuses.
« J’ai vu une adolescente envoyer 30 textos par jour à son
amoureux : je suis là, je mange, je vais en cours, je t’aime,
etc. C’est devenu le moyen de communication entre les jeunes
», souligne-t-il. Et d’ajouter que pour envoyer un baiser à
son amoureux, elle lui écrit : « N’oublie pas de prendre mes
lèvres avec toi, elles veulent connaître les tiennes ». Selon
les dernières statistiques, les utilisateurs du cellulaire
dépassent ceux du téléphone fixe. Ils sont au nombre de 13
millions. Ces statistiques démontrent aussi combien les
Egyptiens ont du mal à résister devant un combiné,
particulièrement les jeunes qui ne lâchent plus leurs
portables et les gardent allumés au fond du lit. Citons le cas
de Sawsan qui a reçu, un soir, un coup de fil anonyme et qui
s’est transformé, en quelques semaines d’échanges d’appels
complices, en histoire d’amour avec Rami, 22 ans. Il a voulu
rencontrer cette personne du bout de fil, mais ce fut la
grande déception pour lui. Elle qui disait avoir 18 ans et
peser seulement 50 kilos paraissait en avoir 32 et portait 120
kilos. « Ce n’est rien, ces kilos vont se perdre, car je suis
profondément amoureuse de toi », s’est justifiée Sawsan en
espérant gagner son cœur.
Chahinaz
Gheith