Al-Ahram Hebdo, Société | Vous en aurez le cœur Net
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 Semaine du 10 au 17 janvier 2007, numéro 644

 

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Société

Tendances. Chatting, SMS, e-mails ou blogs sont devenus des moyens de plus en plus courants pour partager ses passions, se faire des amis ou nouer des relations passagères. Un monde virtuel,où tout est permis, côtoie ainsi une réalité truffée de tabous et d’interdits.  

Vous en aurez le cœur Net 

L`’affaire de Hossam qui ne s’entendait plus avec sa femme et passait le plus clair de son temps branché à son ordinateur a défrayé la chronique il y a quelque temps. A peine rentré à la maison, il s’isolait dans son bureau et se livrait au chatting. Utilisant un pseudonyme, il lui arrivait de passer 18 heures en un week-end à échanger des messages avec une inconnue.

Hossam vivait une belle histoire d’amour sur le Web. De fous rires délirants, des nuits blanches à livrer son intimité à une inconnue sans peur d’être pris en flagrant délit. Il a même piqué des crises d’hystérie pour une panne de connexion tant son cœur battait pour cette femme qu’il désirait intensément rencontrer.

« C’était bien la première fois qu’une femme me comble de mots d’amour. Ma femme n’a jamais été capable d’en faire autant », commente Hossam. Et pour mieux se reconnaître, l’un et l’autre ont précisé quelques détails vestimentaires. Le jour de la rencontre est arrivé. Un véritable choc pour Hossam qui s’est trouvé face à face avec sa propre femme. Hors de lui, il demande immédiatement le divorce.

Blogs (site Web interactif où l’on parle de la vie, parfois privée, de sujets précis, d’histoires vécues, etc.), SMS, e-mails ou chatting sont devenus des moyens bien branchés pour partager ses passions, nouer une amitié ou entretenir des relations passagères. En une décennie, les technologies électroniques ont bouleversé les jeux de la séduction et ont modifié les relations hommes et femmes. Protégé par l’écran, chacun peut affûter son image, livrer son intimité en toute maîtrise, choisir sa prose et sa pose.

Entre le virtuel et le réel s’invente tout un univers de rencontres, avec ses codes, son langage, ses pièges aussi. Chacun cherche dans son « chatteur » une âme sœur avec qui communiquer sur le Web. L’on teste, l’on papillonne, on aime ou on déteste, avec toujours la possibilité de se débrancher, puis de recommencer sa quête.

Selon une étude faite par l’Organisme national des recherches socioéconomiques sur un échantillon composé de 76 hommes et 10 femmes adeptes du chatting dont l’âge varie entre 25 et 60 ans, l’infidélité commence par le chatting. Autrement dit, ce phénomène est devenu l’une des causes principales de mésentente entre les couples. « Pendant que leurs femmes roupillent, certains maris font du chatting, tissant ainsi des relations Take Away. L’ennui, le manque d’appétit sexuel, le désir de nouer une nouvelle relation poussent souvent les gens à ce stade. Des relations qui au départ sont amicales mais se transforment parfois en liaison amoureuse », explique le sociologue Ahmad Al-Magdoub, tout en ajoutant que le tiers des personnes interrogées lors de cette enquête par sondage ont fini par se voir. D’après lui, alors que les statistiques évaluent à 3 millions le nombre d’Egyptiens ayant accès à l’Internet, les amateurs de chatting et de sites pornographiques se font de plus en plus nombreux. Le Net Sex est le site le plus visité.

La frustration, l’impossibilité d’avoir une relation sexuelle avant le mariage et le retard de l’âge du mariage font que des internautes ont recours au chatting pour assouvir leur désir sexuel. Un exemple : le cas de Karim, 35 ans, surpris par sa femme en train de faire l’amour à une inconnue par le biais d’une webcam. Une attitude qui s’est répétée à plusieurs reprises, au point où elle a demandé à ses amis d’intervenir pour qu’il cesse cet acte pervers. A sa grande surprise, ils lui apprennent qu’ils font de même. Scandalisée, elle demande à son mari de choisir entre elle ou l’ordinateur. Sans hésiter, il a opté pour le second choix. Et il ne restait plus à cette femme que de demander al-kholea (la séparation).

 

Du chatting aux textos

Autre cas de cyber infidélité. Persuadée d’avoir trouvé l’homme de sa vie, Samar, 20 ans, étudiante, a surpris son fiancé en train de faire du chatting. Se faisant alors passer pour une autre par le biais du chatting, elle lui a fixé rendez-vous dans une cafétéria. Il s’est pointé pour une fille qui n’existait pas. « J’ai voulu le tester et c’était la rupture ! ». Pour cette jeune fille, chatter, c’est tromper son partenaire.

Cependant, et avec près de 9,5 millions de célibataires, recourir à ce virtuel entremetteur n’est plus un tabou. Riyad, architecte de 30 ans, confie qu’oser aujourd’hui entrer en contact avec une inconnue n’est plus licencieux. Pour échapper à l’anonymat des grandes villes, les jeunes veulent cueillir le maximum de liens par le chatting, la blogosphère ou le SMS. « Une flopée de liens qu’ils ne trouvent plus dans la vie, à une époque où le quotidien est de plus en plus stressant », explique Riyad.

Et les règles sont bouleversées. Le clic de la souris a remplacé la poignée de main, l’effet de surprise s’estompe dès le départ, puisque tout est affiché : fumeur ou pas, situation de famille, hobbies, taille, poids. Et un nouveau type de rencontres voit le jour sur les touches de l’ordinateur et prolifère parallèlement au monde réel truffé de tabous. Rania, une hôtesse de l’air célibataire, s’est inscrite sur l’un des sites de rencontres sur le Web : « Si vous êtes charmant et un cœur à prendre, je suis là ! ». Elle est arrivée à trouver l’âme sœur. « Il fume, moi pas, il aime la natation, moi j’ai peur de l’eau, mais on arrive à s’entendre. Nous parlons déjà mariage et enfants ! ». Pour elle, aspirer au bonheur, c’est fonder un foyer et avoir des enfants. Ce couple qui s’est connu en juin 2004 a fixé son mariage pour le 14 février 2007 (fête de la St. Valentin).

Les connexions entre cœurs à prendre battent aussi le plein par le biais des SMS du portable. Et c’est tout un rituel. Dès qu’il existe des affinités, les chatteurs n’hésitent pas à s’échanger leurs numéros de téléphone et quittent le site pour le cellulaire.

 

La passion en 160 mots

Séduire, oui, mais autrement, aussi bien par la voix que par les SMS. « L’individu crée avec l’être aimé une présence connectée, en multipliant les SMS. Les messageries occupent aujourd’hui une place de plus en plus grande, environ 20 % de nos communications », explique Moustapha, responsable dans une société de téléphone mobile.

Aujourd’hui, le coup de foudre, le désir, la passion se déclinent en 160 mots — c’est le maximum d’un texto. Les SMS ne cessent d’être échangés. Ils sont de plus en plus audacieux et séduisent leur proie. C’est une véritable révolution dans les relations amoureuses.

« J’ai vu une adolescente envoyer 30 textos par jour à son amoureux : je suis là, je mange, je vais en cours, je t’aime, etc. C’est devenu le moyen de communication entre les jeunes », souligne-t-il. Et d’ajouter que pour envoyer un baiser à son amoureux, elle lui écrit : « N’oublie pas de prendre mes lèvres avec toi, elles veulent connaître les tiennes ». Selon les dernières statistiques, les utilisateurs du cellulaire dépassent ceux du téléphone fixe. Ils sont au nombre de 13 millions. Ces statistiques démontrent aussi combien les Egyptiens ont du mal à résister devant un combiné, particulièrement les jeunes qui ne lâchent plus leurs portables et les gardent allumés au fond du lit. Citons le cas de Sawsan qui a reçu, un soir, un coup de fil anonyme et qui s’est transformé, en quelques semaines d’échanges d’appels complices, en histoire d’amour avec Rami, 22 ans. Il a voulu rencontrer cette personne du bout de fil, mais ce fut la grande déception pour lui. Elle qui disait avoir 18 ans et peser seulement 50 kilos paraissait en avoir 32 et portait 120 kilos. « Ce n’est rien, ces kilos vont se perdre, car je suis profondément amoureuse de toi », s’est justifiée Sawsan en espérant gagner son cœur.

Chahinaz Gheith

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